Mauritanie : l’unité nationale, priorité du second quinquennat de Ould Aziz

Après son investiture le 2 août prochain à Nouakchott, le président mauritanien se trouvera à la croisée d’un second mandat d’au moins cinq logiques incontournables. La première est relative à la souffrance des rapatriés du Sénégal dans les camps de fortune depuis 2008 disséminés dans les régions du Sud du pays.

En second lieu, face à l’impunité Ould Aziz devra donner un signal avec des mesures concrètes pour la réconciliation nationale. Troisièmement tourner la page définitive avec les séquelles de l’esclavage. Quatrièmement renouer sans ambages avec le dialogue inclusif avec l’opposition pour résorber la crise politique et sociale qui secoue le pays depuis 2009. Pour les observateurs la priorité  à la cohésion sociale et à l’unité nationale semble suffire à panser les maux dont souffre la Mauritanie depuis l’aube des indépendances en 1960.Enfin l’urgence est de faire face à  la catastrophe écologique à l’assainissement et aux inondations de la capitale. 

Un quinquennat s’est achevé .Un autre prendra officiellement la relève le 2 août prochain à Nouakchott à l’occasion de l’investiture du président Ould Aziz. Malgré une réélection contestée et contestable ce second mandat suscite d’abord des espoirs pour les plus de 24000 rapatriés du Sénégal qui continuent de vivre des conditions exécrables  dans leurs camps de fortune répartis dans le Sud du pays. Pour la première fois depuis 2008  ces oubliés de la République ont pris leur destin en main pour protester contre cet internement forcé en marchant de Boghé à Nouakchott en mai dernier bravant ainsi chaleur, soif et faim avant de boucler plus de 300 kilomètres.

L’ampleur de ce mouvement de révolte n’a pas été du tout apprécié par les autorités de Nouakchott qui ont répondu dès l’arrivée  des marcheurs par une répression aveugle des forces de l’ordre. Une première bataille est gagnée même si les représentants des rapatriés n’ont été finalement reçus par le chef de l’Etat mauritanien que dans l’un de leur fief à Aleg et non à la Maison brune. Qu’importe la manière les ex-déportés ont été entendus avec des promesses de résoudre l’épineux règlement du passif humanitaire mais pas encore écoutés. Ce sera la première logique incontournable à laquelle devra faire face Ould Aziz après sa prise de fonction pour le second quinquennat.

Plus dure à résoudre ce sera de faire face l’impunité jusqu’ici des crimes commis par le régime de Ould Taya de 89 à 91 longues années de braise où plus de 80 000 négro mauritaniens ont été  spoliés de leur terre et de leurs biens avant d’être déportés au Sénégal et au Mali  et plus d’une centaine de villageois ont été enterrés dans des fosses communes à Sori Malé  et 24 soldats toujours des négro mauritaniens ont été assassinés lâchement à Inal. L’Etat mauritanien ne saurait continuer à renier ces pires exactions pour dédouaner les criminels, condition sine qua non de la réconciliation nationale. C’est un lourd dossier dont les solutions constructives relèvent d’une réelle volonté politique. C’est une œuvre de longue haleine tout comme l’éradication de l’esclavage.

Les dernières lois criminalisant ce fléau devront être appliquées pour punir les esclavagistes d’où qu’ils viennent. La création de Tadamoun pour lutter contre la pauvreté des Hratins ne peut être qu’une avancée  que si les victimes sont protégées juridiquement tout en bénéficiant un vaste programme d’éducation. Le second quinquennat devra aller dans le sens de tourner définitivement ces séquelles de l’esclavage.

Au plan politique la quatrième logique est relative à la paix sociale. La crise politique qui secoue le pays depuis 2009  résulte des accords de Dakar entre le pouvoir et l’opposition. Le second mandat devra panser les plaies pour renouer le dialogue avec toute l’opposition et tous les syndicats et mouvements sociaux.

En attendant, l’urgence pour le nouveau gouvernement qui sera formé après le 2 août prochain c’est de faire face à la catastrophe écologique qui inquiète les Nouakchottois  depuis des mois envahis de tous les côtés par des poubelles faute d’une politique cohérente de la communauté urbaine de Nouakchott .Les inondations déjà à Mbout et à Sélibaby qui ont fait des milliers de sinistrés et des dégâts matériels énormes et des pluies qui sont attendues dans la capitale sans oublier la montée du niveau de la mer constituent sans aucun doute des priorités pour la nouvelle équipe gouvernementale.

Bakala KANE

(Reçu à Kassataya le 24 juillet 2014)

 

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