Editorial : Visite du président au Gorgol, une occasion pour sceller l’unité nationale

La visite du président de la République au Gorgol pour donner le coup d’envoi de l’année scolaire 2020-2021 est importante à plus d’un titre. Cette visite au cœur du Fouta, dans la vallée du fleuve, le président devrait en profiter pour entamer un retour à la normale pour cette région et ses habitants qui ont souffert pendant des décennies d’une marginalisation qui ne dit pas son nom.

Et pourtant cette région de la vallée a toujours été aux avant postes dans l’œuvre d’édification de l’Etat mauritanien.

Elle a donné au pays beaucoup de ses meilleurs cadres et quand on fait un retour en arrière nous verrons que les fils de cette région ont à une certaine période cruciale dans l’histoire du pays constitué un rempart contre les agressions extérieures. C’est ainsi que durant la guerre du Sahara, les enfants de la vallée ont payé un lourd tribut et ont constitué de la chaire à canon, un sacrifice au service de la patrie qui n’a jamais été payé à sa juste valeur. Au contraire, les pogroms et autres nettoyages ethniques durant les années de braises, caractérisées par une folie meurtrière inouïe ont mis cette région à genoux, un carnage dont elle ne s’est toujours pas relevée.

Toutes les solutions politiques voire politiciennes employées jusque-là ont lamentablement échoué. Au nom du séduisant euphémisme « Passif humanitaire » les solutions édulcorées et venues d’en haut ont toutes été vouées à l’échec du fait de l’association erronée des victimes à la recherche d’un consensus acceptable.

A Kaédi Ghazwani devrait éviter de tomber dans les travers de son prédécesseur Mohamed Ould Abdel Aziz qui le 25 mars 2009 dans cette même ville de Kaédi avait présidé la prière dite de l’Absent, en mémoire de tous les disparus civils et militaires des douloureux événements qui ont secoué le pays à partir de la fin des années 80 du siècle dernier. Une bonne action certes pour le renforcement de l’unité nationale, mais qui n’avait pas été suivi d’actes concrets.

Et on n’en était resté là, à ces larmes de crocodile. De ce fait, cette décision, pas plus d’ailleurs que celles qui l’avaient précédé et notamment la fameuse loi scélérate d’amnistie votée en 1993 par l’Assemblée Nationale sous les ordres de l’ex président Taya, n’ont pas servi à grand-chose.

Donc le président Ghazwani, actuellement aux commandes doit profiter de l’occasion qui lui est offerte pour proposer mieux aux habitants de la vallée qui ont toujours eu l’impression d’être des citoyens de seconde zone.

Ils ont le droit d’intégrer les postes de commandement de l’armée comme cela avait été toujours le cas quand le pays était dans une situation normale.

Ils ont le droit d’avoir accès à tous les leviers de l’administration et de l’économie : avoir le droit (de fait) de figurer dans toutes les nominations, à toutes les échelles.

Ils ont le droit d’avoir des institutions bancaires, des médias privées ; le tout bien entendu dans le strict respect de la loi.

Ils ont le droit d’être enrôlés et d’avoir tous les papiers d’état civil.

Bref le président Ghazwani a le devoir de mettre fin à ce favoritisme institutionnalisé qui mine notre unité nationale. Les mauritaniens ne sont pas mis sur le même pied d’égalité et le président doit s’employer à mettre fin à cette injustice.

Les beaux discours sont toujours de mise. Les membres du gouvernement rivalisent d’ardeur dans ce domaine. Mais le hic c’est que sur le terrain on ne voit pas grand-chose.

Le président Ghazwani doit changer de stratégie et mener des actions concrètes notamment sur l’un des volets les plus importants de son programme : mettre fin à l’injustice et à l’exclusion.

Bakari Guèye

Source : Initiatives News   (Le 14 novembre 2020)

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