
Le Calame – Deux transformateurs en feu, six communes de Nouakchott plongés dans le noir pendant plusieurs jours. Un immense désastre qui plonge la capitale, entre le 22 et le 26 Août, dans une profonde tourmente, en pleine période de forte canicule. Face à ce terrible impair, la Société Mauritanienne d’Électricité (SOMELEC) explique, après un long silence, qu’un incendie s’est d’abord déclaré sur un transformateur principal, puis un second a lâché en pleine tentative de délestage pour compenser. Les effets sont immédiats : Tevragh Zeïna, Ksar, Sebkha, El Mina, Arafat et Riyadh sont plongés dans les ténèbres… pour nous rétablir tous égaux dans l’inconfort et les désagréments, au sein d’une saison dont le thermomètre est constamment au dessus des 42° pendant la journée !
Sur le plan technique, un communiqué de la société à capitaux publics signale « un important incendie au poste de transformation 33/15 KV de Nouakchott-Ouest, perturbant l’alimentation électrique de la majeure partie de la moughataa de Tevragh Zeïna et d’une grande partie des moughataas du Ksar et de Sebkha, ainsi que les lignes alimentant Aghnoudert, l’Aéroport International de Nouakchott Oum Tounsi et le Port de Tanit. Les équipes techniques de la SOMELEC sont actuellement sur place et attendent que les pompiers maîtrisent complétement l’incendie afin de sécuriser la zone. Elles procéderont immédiatement à l’évaluation des dégâts, à l’identification des défaillances et au lancement des travaux de réparations ». Le document de l’entreprise insiste sur « une situation d’urgence et des défis complexes ».
Zones d’ombre et forêt d’interrogations
Au delà des explications fournies par la SOMELEC, les zones d’ombre et interrogations sur les causes de ce grave incident occupent les conversations dans les salons et les lieux de rencontre. Surcharge du réseau en cette période de forte canicule, climatisation à fond et explosion de la demande ? Mauvaise qualité d’équipements devenus vétustes ? « Certains transformateurs ont été acquis depuis plus de quinze ans, dans un contexte de forte croissance démographique », souffle une source bien informée. Manque d’entretien dénoncé par des techniciens depuis quelques mois ?
Pour répondre à toutes ces questions, le gouvernement a formé une commission d’enquête placée sous la présidence d’Ousmane Kane, l’ancien ministre. Elle comprend un conseiller à la présidence de la République en charge de l’énergie, l’Inspecteur Général d’État (IGE), le président de la Commission de Contrôle des Marchés Publics, le directeur de l’Énergie à la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) et des experts du réseau suisse ECG et du bureau allemand ENTECH. Qualifiée d’indépendante, cette commission est chargée de mener des investigations pour trouver des réponses à toutes les questions relatives à cet événement.
Conséquences désastreuses sur toutes les activités
Cette gigantesque panne d’électricité ayant impacté toutes les communes de Nouakchott à différents degrés a eu des conséquences désastreuses sur toutes les actes de la vie socio-économique, avec d’énormes pertes financières dont le montant global est impossible à chiffrer. Toute une ville bloquée pendant plusieurs jours : forages et stations de pompage à l’arrêt, files interminables devant les bornes-fontaines, hôpitaux et centres de santé sous groupes électrogènes avec parfois des défaillances et des manquements, vaccins, médicaments et sang conservé menacés, commerces fermés, denrées alimentaires pourries dans les frigos, stocks jetés à la poubelle, ateliers, boulangeries, stations-service à l’arrêt, pertes inestimables. Une grosse agglomération plongée dans les ténèbres avec de nombreuses conséquences sur le plan de la sécurité. Cours perturbés, antennes-relais en rade par manque de carburant alimentant les groupes électrogènes, avec des effets sur les réseaux de télécommunications mobiles et la connexion Internet. Autant de préjudices envers les usagers auxquels la SOMELEC oppose l’argument peu convaincant du « cas de force majeure » excluant « toute perspective d’indemnisation »…
BDA réclame
Cette rupture de la fourniture du service vital de l’électricité dans six des neuf communes de Nouakchott a provoqué une tempête de réactions en forme de vive protestation au sein de la classe politique. Parmi celles-ci, la voix de Biram Dah Abeïd, député et leader de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), pointant du doigt un problème « qui va au delà d’une simple crise d’électricité et devient défaillance de gouvernance ».
Sur la base de cette analyse, il réclame « la démission du gouvernement, des sanctions contre tous les responsables de cette affaire et la constitution d’une commission d’enquête parlementaire » en conformité avec les principes de gestion des affaires publiques dans toutes les démocraties qui se respectent. Le député déplore « la [piètre] qualité des infrastructures publiques, de la gestion des marchés, des mécanismes de contrôle de l’exécution des marchés publics, de la capacité du gouvernement à anticiper les risques, de la manière dont l’argent public est géré et l’incapacité des autorités à dire la vérité aux populations ». Et le voici à condamner, dans la foulée, la gestion politique d’une crise plus générale au cours de laquelle le président Mohamed Cheikh El Ghazouani a déroulé un agenda « politiquement suspect » avec la désignation de monsieur Moussa Fall en qualité de président de la Commission chargée de la supervision du dialogue.
Sidi Mohamed Taleb Brahim enfonce le clou avec une tribune parue sur la Toile : « le transformateur n’est pas une simple ampoule qui brûle. C’est un équipement essentiel du réseau soumis à la tension, à la charge, à l’échauffement, à l’isolation, aux protections et à toute une série de contraintes techniques. […] Il faut donc regarder au delà de la fumée ».
AS
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