
So Foot – Dix ans déjà et Kylian Mbappé n’a toujours pas remporté la Ligue des champions. On la croyait pourtant promise au Français, on pensait qu’il collectionnerait les coupes aux grandes oreilles et qu’il s’en servirait pour rafler quelques Ballons d’or, mais le sort s’acharne contre lui chaque saison. Dans une compétition où les individualités tordent la majorité des collectifs, celle-ci continue de tomber, année après année.
Les saisons se suivent et se ressemblent et, chaque année, au moment de se réveiller le 2 septembre au matin, Kylian Mbappé a une désagréable impression de déjà vu. Comme Bill Murray aka Phil Connors dans Un jour sans fin, celui que l’on compare à Donatello vit, lui, un jour de la tortue perpétuel. Il a beau se pincer, rêver d’un mois de mai chatoyant, le Français est bloqué dans un schéma aussi incessant qu’infernal qui se termine toujours de la même manière : un échec en Ligue des champions.
Désillusions à la pelle
Ça a commencé en 2018. Début septembre, il avait encore en bouche le goût de l’épopée dingue sous le maillot de l’AS Monaco. Celle-ci en appelait bien d’autres, mais dès son arrivée au PSG, dans la fameuse cour des grands, le gamin s’est heurté au terrible mur du Real Madrid en huitièmes de finale. 2019 : remontada contre Manchester United. 2020 : finale perdue face au Bayern, mais finale quand même dans une année de confinement si particulière en termes spatio-temporels. 2021 : demi-finales contre Manchester City lorsque la grêle perturbait le printemps. S’ensuivent une désillusion en huitièmes face au Real, encore, et une élimination sans saveur contre le Bayern, toujours, avant un petit changement car, en 2024, c’est Dortmund qui brise les espoirs de Kylian Mbappé dans le dernier carré.

Le meilleur joueur français de sa génération, auteur de plusieurs prestations de grande classe sur la scène européenne, aujourd’hui prêt à devenir le cinquième meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des champions (70 pions, soit un de moins que Raúl, mais encore à vingt longueurs de Karim Benzema), avait décidé de briser cette boucle temporelle en quittant la poisse de Paris pour rejoindre la baraka de Madrid. Phil Connors aussi avait tenté de fuir Punxsutawney, en vain. Dans le club aux quinze coupes aux grandes oreilles, Kyks s’est cassé les dents en quarts, par deux fois, et a dû regarder, sur son canapé et les poings serrés, le doublé du PSG.
Impact statistique… et c’est tout
Qu’est-ce qui cloche vraiment dans cette histoire ? Pourquoi diable le meilleur buteur de deux éditions (2023-2024 et 2025-2026) n’arrive-t-il pas à soulever l’un des très rares trophées qui manque à sa collection ? Pire, depuis quelques années, le Français manque de moments mémorables en Europe. Celui qui charmait le Vieux continent par son sourire frais à Monaco, son entente avec Neymar pendant le Final 8 et ses buts en pagaille contre le Barça, n’a pas encore marqué les esprits à Madrid – son triplé face à Manchester City fut éclipsé par la faiblesse de l’équipe de Pep Guardiola et le parcours décevant du Real par la suite – et peine donc à avoir l’étoffe d’un Galactique.

Il en rêve pourtant et c’est bien là que se trouve la cruauté de ce cercle vicieux : le schéma reste le même, mais il n’a aucun impact sur l’évolution du temps. En bref, Mbappé voit son objectif lui filer sous le nez perpétuellement, mais n’est plus le petit jeune avec l’avenir devant lui. À bientôt 28 ans, et après dix ans de carrière derrière lui, le capitaine des Bleus sait que le temps va commencer à être compté, que les critiques seront féroces en cas de palmarès vierge en Europe et que sa légitimité pourrait être remise en cause.
Il répondra que d’autres légendes n’ont pas roulé en C1. Il citera toujours les mêmes exemples, Gianluigi Buffon, Ronaldo et Zlatan Ibrahimović. Pour un joueur qui aspire à être seul sur sa planète, ces comparaisons auront alors le goût de l’échec. Il a récemment balayé d’un revers de main de tels parallèles avec Ousmane Dembélé et Raphinha, s’est mis en avant dans la course au Ballon d’or et répète à qui veut bien l’entendre qu’il n’a pas eu d’amertume devant les sacres parisiens. « Ça m’est égal », a-t-il encore clamé à ce propos, lundi, avant l’entrée en lice contre l’Inter Milan, préférant évoquer son « plaisir » de retrouver la Ligue des champions. Contrairement à la Coupe du monde, malgré de nombreuses similitudes au niveau des individualités et de l’irrationalité, deux domaines dans lesquels Mbappé est au-dessus de la mêlée, cette compétition n’est pas encore la sienne. Ça ne saurait tarder, même Un jour sans fin se termine sur une happy end.
Enzo Leanni
Source : So Foot (France)
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