Le Président Aziz, les théories « dites universelles » et la pauvreté

Toute théorie, norme ou valeur s’élabore toujours par opposition à un paradigme dominant antérieur. Pour évoluer il faut mettre le doigt sur les vrais maux de nos sociétés,

 

 

il faut toucher les réalités qui amèneront, d’une manière particulière tout un chacun de nos intellectuels et d’une manière générale tous nos citoyens à réinterroger et à remettre en cause notre culture, notre histoire, mieux, à revoir les fondements de la structure de notre société pour mieux préserver l’intérêt général.

L’intérêt général étant un principe supérieur commun, l’état omniscient, omniprésent et omni puissant est sensé le défendre, en garantir et en exiger le respect. Ce que l’état et les institutions étatiques défendent et appellent intérêt général c’est je cite Michel Capron « l’intérêt général c’est le plus petit dénominateur commun entre des intérêts qui sont divergents et contradictoires, c’est le résultat de compromis entre des forces plus ou moins dominantes qui s’affrontent et trouvent un terrain de consensus» ; En effet l’état étant balancé entre des forces politiques antagonistes se trouve par la force des choses au service de l’intérêt des forces dominantes et non de l’intérêt général.

Les grandes théories économiques dites universelles ont constitué pendant des siècles un grand espoir pour l’humanité, elles nous faisaient rêver. Les dirigeants du monde avaient quasiment la certitude qu’avec l’une ou l’autre de ces théories les problèmes économiques, politiques et sociaux seraient définitivement réglés. Les régimes appartenaient fièrement soit au modèle capitaliste soit au modèle socialiste ou communiste ou étaient diriger par un dictateur (Tiers-monde). La chute du mur de Berlin qui marque la fin du rêve communiste, les crises financières des deux dernières décennies qui jette une lumière crue sur l’incohérence du rêve capitaliste, les révolutions du monde arabe qui marquent la fin du règne des dictateurs et en fin l’émergence de nouvelles puissances économiques (Chine, Corée, Brésil.) qui viennent bousculer l’ordre international avec des croissances économiques qui ont dépass
é toutes les prévisions imaginables et viennent illustrer de la meilleure manière l’échec de ces systèmes. Les diagnostics et autres analyses euphoriques qui prédisaient la victoire définitive de la mondialisation libérale se sont révélés erronés. Ces lendemains de plus en plus incertains qui se profilent à l’horizon des anciennes économies capitalistes qui, se débattent actuellement dans des difficultés de tout ordre auxquelles ils cherchent vainement des solutions miraculeuses, que, l’imbrication de processus économiques et politiques complexes et hasardeux rend impossible. Le monde moderne n’a plus confiance aux recommandations de ses « brillants consultants en économie » et cette époque qui était sensée etre l’âge d’or des économies capitalistes est en train de devenir le début de la fin de ces systèmes. L’échec de ces théories n’est-il pas en réalité une grande victoire ? En ce sens qu’avec la désillusion qu’il a produ
it, il obligera le monde « dit moderne » a une plus grande prise de conscience de la relativité de leurs approches et le reste du monde à ne plus continuer à « singer » indéfiniment les autres même s’ils sont dans l’erreur la plus flagrante. Il obligera les hommes d’une manière générale à revoir ces « valeurs » pour lesquelles durant des siècles ils se sont déchiré, entretué ; alors que les aspirations les plus légitimes des populations du monde quelques soient leurs appartenances (religieuses, raciales, politiques etc.) sont tout simplement l’élévation de leur niveau de vie, l’égalité et la justice en d’autres termes le respect de leurs droits les plus élémentaires. Comment alors atteindre un développement durable dans ces conditions.

Des singuliers au pluriel
Que la démocratie s’envole ou qu’elle s’enlise. Qu’il y est ou pas de liberté d’expression. Que le pays soit dirigé par un dictateur ou qu’il soit un modèle de démocratie. Les intellectuels du monde entier ont toujours défendu leurs idées. C’est une question de conviction, de principe, c’est pire qu’un virus. Défendre ses idées n’a jamais été c’est vrai une sinécure ; c’est au contraire un rude défi à relever, une très rude épreuve à supporter. Si en plus nos idées ont la relativité et la singularité inhérentes à toute réflexion humaine, alors bonjour les dégâts. Pour préserver notre « dignité » nous sommes tenus somme toute d’assumer notre identité, notre réalité, mieux d’en etre même fier quelle qu’elle soit. Dans certaines circonstances c’est vrai et bon dans d’autres c’est faux et mauvais. Dans tous les cas socialisation oblige. Les dénominateurs communs d’une identité psychique et sociale sont néc
essairement les fruits d’une socialisation qui est elle-même le processus qui abouti à l’influence qu’exerce naturellement une société sur un individu et commence à sa naissance pour finir à sa mort et lui permet d’etre ce qu’elle est, c\’est-à-dire d’apprendre et d’intérioriser au cours de sa vie, les éléments socioculturels (valeurs et normes) de son milieu, et de les intégrer à la structure de sa personnalité. L’intégration des éléments socioculturels d’un milieu dans la personnalité permettront à la personne de s’adapter « normalement » à son environnement, d’etre du milieu, d’appartenir à la religion, au groupe, à l’entreprise, à la nation en ce sens qu’elle en fait partie, qu’elle y a sa place. Ceci permettra de privilégier l’émergence des « nous » ; ainsi naissent les identités collectives qui sont parfois religieuses (nous les musulmans, nous les chrétiens), parfois nationales (nous les Mauritaniens, nous les sénégalais) parfois tribales (nous les idowichs, nous les laghlals) et parfois politiques (nous de l’UPR, nous de l’UFD).

Au lieu de privilégier l’esprit de tolérance, d’éviter les déchirures morales ; chaque groupe social a ses propres valeurs souvent sacralisées, sa propre identité culturelle immuable qui accentue davantage sa différence avec les autres, perpétue les conflits existants et fragilise l’équilibre social. Même la mondialisation malgré son grand nom reste toujours au service des forces occidentales dominantes.

Après ce bilan franchement négatif des théories, des valeurs et des normes dites « universelles » ; Nous allons essayer de jeter un coup d’œil ne serais-ce que furtif à ce qui se passe en Mauritanie. Qu’est ce qui se passe chez nous ? Qu’est ce qui nous empêche d’aller normalement de l’avant ? Le régime qui dirige notre pays est-il de gauche, de droite ou sommes-nous dirigés par un dictateur entouré de laudateurs véreux ? Les forces politiques, les syndicats et la société civile sont-ils majoritairement satisfaits de ce régime ? Ou au contraire elles revendiquent le changement ? Avant tout cela est-on nous capables de définir les forces politiques en place ? Existe-il des forces politiques au sens idéologique et étymologique du terme ? Ou bien sommes-nous devant des groupes de pressions, des lobbys qui défendent un capitalisme néolibéral de copains ? Les partis politiques, les syndicats, la société civile, les intellectuels de tout bord, l’armée et les simples citoyens jouent-ils parfaitement leurs rôles ? Ou bien les règles du jeu démocratique sont-ils verrouillés et empêchent le concert de s’effectuer correctement ? Jusqu’à quand la logique de l’échec ou de la bêtise continueront-elles à prévaloir ?
Devons-nous nous enthousiasmer et adhérer sans conditions à la façon dont le président Aziz et ses thuriféraires présentent les choses ou il est plus prudent d’attendre la suite des événements et d’éviter les querelles sur les héritages qui suivent chaque changement de majorité.

Le Président Aziz qui s’est engagé devant dieu et devant les hommes à alléger la dure grisaille de la vie quotidienne de ses concitoyens pauvres et à les aider à mieux gérer leur frustration en réduisant les disparités sociales et spatiales ; Considère que la gabegie et la mauvaise gouvernance sont les principales causes de l’extrême pauvreté que sont en train de subir plus de quatre vingt pour cent des mauritaniens. Cet honnête patriote devenu président de la république, dans un sursaut d’orgueil nationaliste en a fait son cheval de bataille. Y a-t-il compatibilité entre le message et le messager ? En tout cas il sera difficile d’égaler en ampleur, les coups portés par Aziz à l’ancien système, ainsi que la volonté qu’il a à l’égard de tout ce qui peut amélioré la vie des pauvres. Le vendredi 25mars 2011a été tenue à Blekhtayer un village situé à une quinzaine de kilomètres de Male dans le départe
ment d’Aleg une réunion politique du groupe UPR dominant qui se fait appeler « Alliance de Male pour le changement et l’association des démunis ». Lors de ce rendez-vous politique au « beau » milieu du tristement célèbre triangle de la pauvreté; J’ai été fortement impressionné par le niveau de prise de conscience de ces populations auxquelles j’ai posé la question y a t-il Compatibilité entre le message et le messager ? Je vous livre ici en substances leurs réponses.
N’est-il pas m’ont-ils dit le seul chef d’état qui a pensé aux populations « oubliés » du triangle de la pauvreté en Aftout en instituant un projet le P.E.S.E (projet d’éradication des séquelles de l’esclavage) qui investi entre 700 millions et 1milliard d’ouguiyas par année dans ces contrées ou l’extrême pauvreté est la répercussion directe des politiques discriminatoires et ségrégationnistes en matière d’aménagement du territoire pratiqué par les différents régimes depuis l’indépendance. Les Borattes (Brakna), Les Moytattes (Gorgol) sont des Edebays ( petits villages) habités par des haratines qui ont toujours été de farouches opposants à tous les régimes qui ont dirigés ce pays. Ces villages n’ont jamais bénéficiaient d’aucune infrastructure de base de la part de l’état mauritanien. Les rares points d’eau, centres de sante, ou écoles dont ils disposent proviennent de l’assistance étrangère. Depuis l’avènement en 1991 du multipartisme dans notre pays ils sont devenus le fief de l’un des plus virulents partis d’opposition l’UFP. N’est-il pas ont-ils insisté celui qui est en train d’exécuter le projet Aftout echarghy qui, à partir du barrage de Foum gleita va alimenter en eau potable tous les villages du triangle de la pauvreté. N’est-il pas concluent-ils en fin celui qui a décidé la réalisation de la fameuse route de l’Aftout qui permettra le désenclavement de la quasi-totalité des villages de la zone la plus pauvre de la Mauritanie.

Toujours est-il que l’on ne voit pas encore d’une manière claire avec quels hommes les réformes ambitieuses présentés dans les discours d’Aziz prendront-ils corps si l’opposition dans sa grande majorité continue à boycotter tous les programmes. Vous conviendrez avec moi qu’il ne suffit pas d’un coup de baguette magique pour transformer, des hordes de fonctionnaires véreux et timorés, une société civile aveuglée dés sa naissance par la grisaille et la rancœur et une population hétéroclite victime d’une xénophobie teintée de racisme et nourri par une conjoncture économique défavorable en citoyens honnêtes et vertueux, prêts à se transcender au service supérieur de la nation.

En ce tumultueux printemps arabe, la seule bonne volonté du rais ne suffit plus, la problématique de la pauvreté dans notre pays est beaucoup plus complexe que ce qui se passe dans les zones paysannes de l’Aftout. Des poches de pauvreté citadines beaucoup plus sévères existent à Nouakchott, à Nouadhibou et dans presque toutes les capitales régionales. La situation exige l’implication de toutes les bonnes volontés nationales et internationales (Partenaires au développement). L’improvisation, les solutions à court terme (budget annuel) ou à moyen terme (plan biennal ou triennal) ne suffisent plus vu le caractère multidimensionnel du phénomène. Il faut asseoir une vision stratégique à long terme, il faut et d’urgence mettre en place une politique intégrée qui s’attaque à tous les déterminants du problème pour avoir un impact rapide et durable sur ce fléau. Il faut en fin élaborer de propositions stratégiques à long terme genre cadre stratégique de lutte contre la pauvreté de 2001.

L’épreuve dit-on est la meilleure occasion de se dépasser, le peuple mauritanien est assurément devant l’un des plus dangereux virages de son histoire, nous aurons besoin de nous dépasser.

Pour le rappel, le cadre stratégique national de lutte contre la pauvreté dont le processus d’élaboration, de préparation, de mise en œuvre et d’exécution a été un dialogue permanent et une action concertée du gouvernement, des collectivités locales, des opérateurs économiques et de la société civile. Cet outil économico politique a été élaboré pour une période d’une dizaine d’années qui s’est achevée. Il est urgent d’organiser des journées de réflexions et de concertation sur la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et de commencer le processus de préparation d’un nouveau cadre stratégique pour les dix ou quinze prochaines années. Il faut cependant prendre garde à ne pas céder aux illusions, en passant, d’un extrême à l’autre ou en jetant l’huile sur le feu comme sont en train vouloir le faire certains de nos extrémistes.

Mohamed Abderrahmane ould Leimani

Source  :  Mauritanie-Web via El Mejlisse le 13/04/2011

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