– Quarante-huit équipes participantes, trois pays organisateurs, 104 matchs : la Coupe du monde masculine de football 2026, qui se tiendra du 11 juin au 19 juillet en Amérique du Nord, est la plus grande compétition de football jamais organisée. Un tournoi hors norme sur lequel pèsent plusieurs questions et incertitudes.
La sélection iranienne sous haute surveillance
Alors que la guerre au Moyen-Orient ne trouve pas d’issue, l’Iran sera bel et bien au rendez-vous de la Coupe du monde, mettant un terme aux nombreuses spéculations et déclarations contradictoires aussi bien côté américain qu’iranien. La « team Melli », qui doit disputer ses trois rencontres de phase de groupes aux Etats-Unis – à Los Angeles contre la Nouvelle-Zélande le 16 juin, puis la Belgique le 21 juin, avant un déplacement à Seattle le 27 juin pour affronter l’Egypte –, s’entraînera néanmoins au Mexique, son camp de base ayant été déplacé de Tucson (Arizona) à Tijuana.
Si les joueurs ainsi que le « personnel d’encadrement nécessaire » ont obtenu leurs autorisations d’accès au territoire américain, plusieurs membres de la délégation, dont le président de la fédération, Mehdi Taj, ancien commandant des gardiens de la révolution, n’ont pas reçu de visa, ont fait savoir les médias iraniens.
La sécurisation des rencontres de l’Iran est un autre enjeu majeur, notamment à Los Angeles où vit une diaspora nombreuse et opposée au régime. Lors d’une conférence de presse tenue le 1er juin, Robert Luna, le shérif du comté de Los Angeles, a fait savoir que les effectifs des forces de l’ordre seraient renforcés. Il a invoqué le risque de manifestations ou autres activités à proximité du stade et des zones réservées aux supporteurs.
Restrictions de visas et politique anti-immigration
Loin de sa promesse faite en mai 2025 d’accueillir « les fans du monde entier » à l’occasion du Mondial, le président américain, Donald Trump, a depuis pris une série de mesures qui empêchent de nombreux supporteurs de se rendre aux Etats-Unis pour assister au tournoi. Ainsi les ressortissants d’Haïti et d’Iran sont-ils soumis à des interdictions d’entrée sur le territoire américain quasi totales.
Les pays africains sont également dans le viseur des autorités américaines. Depuis l’été 2025, les citoyens de nombreux pays, dont l’Algérie, le Cap-Vert ou encore la Tunisie, devaient s’acquitter d’une caution de 5 000 à 15 000 dollars (de 4 250 à 12 800 euros) pour obtenir une autorisation d’accès au territoire. Un dispositif qui a finalement été assoupli le 13 mai, trop tard pour de nombreux supporteurs.
L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan a d’ailleurs été refoulé, samedi 6 juin, à son entrée aux Etats-Unis. « La FIFA [Fédération internationale de football association] confirme [qu’il] ne pourra ni s’entraîner ni officier » lors du tournoi, a indiqué l’instance. Et cette dernière de rappeler : « C’est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire. »
La peur des raids de l’ICE aux abords des stades
La grande fermeté affichée par Donald Trump en matière d’immigration a aussi des conséquences directes dans son pays, où l’ICE, la police de l’immigration, suscite l’inquiétude. Ses agents, chargés d’arrêter et d’expulser les ressortissants étrangers en situation irrégulière, ont provoqué l’indignation en janvier après la mort de deux civils américains à Minneapolis (Minnesota).
Le département de la sécurité intérieure a informé que l’ICE serait bien déployée lors du Mondial, dans le cadre de la lutte contre la drogue, la contrefaçon et les faux billets. Face à la crainte suscitée par ces agents critiqués pour leur brutalité, plusieurs villes hôtes ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne feraient pas partie de leur dispositif de sécurité. C’est notamment le cas à Los Angeles ou à New York.
« Personne ne veut être détenu ou abattu par un agent de l’ICE, et c’est malheureusement une préoccupation très réelle pour les voyageurs », estime Thomas Kennedy, analyste politique à la Florida Immigrant Coalition, qui regroupe plus de 65 associations de défense des immigrés. Selon Thomas Kennedy, leurs pratiques ne donnent pas une image accueillante des Etats-Unis et « évidemment [cela a] un effet sur le tourisme » dans le cadre du Mondial.
Un événement hors de prix pour les supporteurs
La Coupe du monde 2026 s’annonce particulièrement coûteuse pour les supporteurs, à commencer par le prix des billets pour les matchs. Donald Trump a lui-même fait part de sa surprise en apprenant le montant d’une place pour le premier match de la Team USA, au minimum 1 000 dollars : « Je ne paierais pas ça, pour être honnête. »
Si de nombreux fans dénoncent une « arnaque » – des associations ont même porté plainte –, le président de la FIFA, Gianni Infantino, défend bec et ongles une tarification qui reflète, selon lui, la réalité du « marché ».
Plusieurs villes hôtes aux Etats-Unis ont aussi décidé d’augmenter considérablement le prix des tickets pour les transports en commun pour rallier les stades depuis le centre-ville. Des coûts auxquels il faut ajouter ceux des liaisons aériennes, des hébergements et des autres dépenses sur place. De quoi rendre le tournoi inaccessible pour beaucoup de personnes. « Avec les tensions diplomatiques, les restrictions sur les visas, les tarifs super élevés, les agents de l’ICE sur place… La question, c’est comment faire de cet événement une fête ? », s’interroge Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport et enseignant à Sciences Po Paris.
Le défi sécuritaire au Mexique
En accueillant 78 des 104 matchs du Mondial, les services de sécurité américains devront notamment gérer les mouvements de foule et le risque terroriste.
Mais c’est au Mexique que cet enjeu paraît le plus ardu. Alors que le pays n’accueille « que » treize matchs (cinq à Mexico, quatre à Guadalajara et autant à Monterrey), les autorités locales devront assurer la bonne tenue de l’événement dans un contexte très tendu après une flambée de violences ayant suivi la mort du baron de la drogue « El Mencho » lors d’une opération des forces fédérales menée le 22 février.
Les risques climatiques et sanitaires
Autre sujet d’inquiétude : la chaleur. Une étude de l’ONG Climate Central, publiée le 3 juin, estime que 97 des 104 matchs présentent un risque important de se dérouler sous des températures supérieures à 28 °C, « un seuil associé (…) à des risques accrus pour la santé des athlètes ». Ce problème avait déjà été identifié à l’été 2025 lors de la Coupe du monde des clubs, aux Etats-Unis.
Sur le plan sanitaire, la résurgence de cas de rougeole, une maladie particulièrement contagieuse présente dans les trois pays hôtes, depuis 2025, est surveillée. A la fin du mois d’avril, l’Organisation panaméricaine de la santé a indiqué que « cette tendance se poursuit en 2026 et s’accélère ».
La compétition avant tout ?
La FIFA est « prête » pour « accueillir le monde », assure Gianni Infantino. Si des obstacles potentiels subsistent, ils ne sont pas encore décisifs, juge Pim Verschuuren, chercheur et maître de conférences à l’université Rennes-II, spécialiste en géopolitique du sport. « Il y a beaucoup de polémiques, notamment sur des questions logistiques, mais cela apparaît comme des problèmes mineurs au regard de l’ensemble de la Coupe du monde. Il y avait déjà eu plusieurs controverses avant l’édition au Qatar en 2022 sans que cela nuise finalement au bon déroulement de l’événement », relativise-t-il.
« Que ce soient les sélections qui participent ou les sponsors, tout le monde a intérêt que ce tournoi réussisse. Cela concourt à une forme d’aveuglement sur ses conséquences politiques, sociales, culturelles, ou économiques », poursuit l’expert. Une fois le coup d’envoi donné, les enjeux sportifs risquent de prendre le dessus. C’est l’espoir de Gianni Infantino. « Il est temps que ça commence », déclarait-il ainsi le 13 mai, trahissant son impatience de tourner la page des sujets qui fâchent.
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