
Février 2012, Trayvon Martin, un jeune noir américain de 17 ans, est assassiné. Barack Obama s’exprime depuis la Maison-Blanche. Il prononce une phrase qui restera : Trayvon Martin aurait pu être mon fils, alliant ainsi la solennité du lieu à la tonalité personnelle du message. La fonction ne fait pas obstacle à l’empathie. L’assassin du jeune homme sera acquitté. Comme souvent pour des faits similaires, l’institution judiciaire américaine déraille. Obama, lui, aura tenu son office.
Les discours ne ramènent pas les morts. Ils s’adressent aux vivants, aux proches au premier chef, et sont une manière de les considérer. La démarche publique, cela va de soi, ne peut être systématique. Elle est dictée par la nature, les circonstances, le retentissement et l’ombre portée du drame. Ainsi, dans une société où les « violences faites aux femmes » polluent les mentalités au point de devenir « culturelles », le féminicide, s’il est avéré, devrait requérir un supplément de sévérité et d’exemplarité dans la réaction étatique.
Pour les pouvoirs publics, c’est une occasion, certes tragique, de transmettre un message et de prendre date pour un authentique « plus jamais ça ». Outre qu’elle permet à l’Etat, en certaines circonstances, de reprendre la main, la parole publique peut, sous certaines conditions, œuvrer à préserver la cohésion sociale, à réduire les fractures ou à tout le moins à éviter leur amplification, à neutraliser les récurrentes spéculations et dérives malsaines qui sont un second deuil pour les proches tout en faisant office de boucliers scandaleusement commodes. Le silence porte les risques inverses. Sauf dans des cas et circonstances exceptionnels, aucune trajectoire préexistante, surtout si elle est fantasmée, n’a vocation à justifier un meurtre ou un assassinat. Toutes les vies devraient compter. Une fois qu’elle survient hélas, toute mort aussi.
Tijane BAL pour Kassataya.com
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