– Des gangs armés ont attaqué deux églises et enlevé plus de 160 fidèles, dimanche, à l’heure de la messe, dans un village isolé de l’État de Kaduna, dans le nord du Nigeria, ont indiqué lundi un membre du clergé chrétien et un rapport de sécurité de l’ONU consulté par l’AFP. Ces attaques interviennent dans un contexte de résurgence des kidnappings et au moment où Washington clame que les chrétiens sont « persécutés » dans le pays.
« Les assaillants sont arrivés en nombre, ont bloqué l’entrée des églises et ont forcé les fidèles à sortir dans la brousse », a déclaré le révérend Joseph Hayab, président de l’Association chrétienne du Nigeria pour le nord du pays. « Ils en ont enlevé 172, mais neuf se sont échappés, donc 163 sont toujours avec eux », a-t-il ajouté, précisant que les attaques ont eu lieu dans le village de Kurmin Wali, situé dans le district à majorité chrétienne de Kajuru. ItIshaku Dan’azumi, un chef traditionnel, a quant à lui affirmé que 166 personnes avaient été enlevées dans trois églises du village pendant la messe.
« Seuls les politiciens nient l’enlèvement »
La police de l’État de Kaduna n’a pas confirmé l’attaque. Mais son chef a déclaré à des journalistes que des agents avaient répondu à l’alerte et s’étaient rendus « sur le lieu de présomption du crime » dimanche. « Jusqu’à présent, il n’y a aucune information faisant état d’une attaque ou d’un enlèvement », a déclaré le commissaire de police Muhammad Rabiu sur une chaîne de télévision locale. Le commissaire d’État à la sécurité intérieure, Sule Shuaibu, a lui aussi rejeté le « récit » d’un enlèvement, le jugeant « totalement faux ». « Nous n’avons aucune preuve en ce sens », a-t-il assuré.
« Seuls les politiciens nient l’enlèvement de nos gens, a rétorqué ItIshaku Dan’azumi, le chef local de Kurmin Wali. Nous avons désormais 166 personnes entre les mains des ravisseurs. Cela a affecté nos activités agricoles, car nous produisons moins de nourriture qu’avant. […] Nous ne nous sommes jamais plaints aux autorités des enlèvements dans notre région, car nous avons contribué à payer pour la liberté des personnes enlevées. Parfois, jusqu’à 20 personnes sont kidnappées, et nous ne nous sommes jamais plaints, nous avons géré le problème nous-mêmes. Cette fois, nous nous sommes adressés aux autorités parce que le nombre de personnes enlevées dépasse notre capacité à faire face. »
« Une industrie structurée et lucrative »
Les enlèvements de masse sont fréquents au Nigeria. La plupart sont perpétrés par des gangs criminels, désignés localement sous le terme de « bandits », en quête de rançons. Même si le paiement de rançons est interdit par la loi, les kidnappings sont devenus « une industrie structurée et lucrative » qui a rapporté quelque 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon un rapport de SBM Intelligence, un cabinet de conseil basé à Lagos.
Cette nouvelle vague d’enlèvements, dont celui de plus de 300 élèves et professeurs d’une école catholique du centre du pays en novembre – qui ont depuis été libérés –, a profondément ébranlé le pays. En réaction, le président nigérian, Bola Tinubu, a déclaré fin novembre l’état d’urgence et lancé le recrutement de militaires et de policiers pour lutter contre l’insécurité qui mine le pays.
Source : Jeune Afrique avec
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