
Les honorables députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour ont gravement fauté en outrageant le Président de la République sur les réseaux sociaux. Un tel comportement ne sied pas à leur statut d’élues du peuple, quelles qu’en soient les motivations. Cela mérite d’être dit sans ambiguïté.
Mais cette faute, aussi condamnable soit-elle, ne saurait en aucun cas servir d’alibi à une injustice plus grave encore — celle qui émanerait de l’institution même chargée de dire le droit.
Car c’est bien là que réside le danger : lorsque l’invective devient le prétexte, et que la justice se mue en instrument.
Aujourd’hui, deux députées sont maintenues en garde à vue pendant plusieurs jours pour des propos offensants. Une situation dont la régularité interroge au regard de leur statut parlementaire. Mais au-delà de la légalité, ce sont surtout les conditions de leur détention qui inquiètent — et qui, dans les deux cas, semblent marquées par une même logique d’isolement et de pression.
Toutefois, l’une d’elles, Mariem Cheikh Dieng, se singularise par la gravité particulière du traitement qui lui est réservé.
Arrêtée avec son nourrisson de trois mois, privée de visites, isolée jusque dans sa vie familiale, elle subit une épreuve qui dépasse manifestement le cadre d’une procédure judiciaire ordinaire. Tout concourt à faire de cette situation non pas un acte de justice, mais une entreprise d’humiliation. Comme si l’objectif n’était plus de sanctionner un écart, mais de briser une personne : dans sa maternité, dans sa dignité conjugale, dans sa qualité d’élue.
Il est inadmissible que l’autorité judiciaire soit mobilisée non pour dire le droit, mais pour régler des comptes, humilier, piétiner et dégrader. Rien n’est plus préoccupant qu’une justice qui abdique sa mission pour se transformer en exercice de domination, où le mépris l’emporte sur le droit, et la force sur la raison.
Et comment ne pas s’interroger sur le contexte ? Des différends antérieurs avec le ministre de la Justice jettent une ombre troublante sur cette affaire. La tentation d’un règlement de comptes, fût-il mené sous couvert d’autorité institutionnelle, ne peut être écartée.
Plus grave encore, cette situation semble révéler une violence symbolique plus profonde — celle qui frappe une femme haratine ayant osé franchir certaines limites implicites. Comme si, au-delà des faits, c’était une audace sociale et politique qui était sanctionnée.
À travers ce traitement, un message inquiétant semble adressé : à celles et ceux que l’histoire a relégués — les “damnés” d’hier — rien n’aurait fondamentalement changé.
La justice ne peut être crédible que si elle est impartiale, mesurée et respectueuse des droits. Lorsqu’elle devient excessive, ciblée et humiliante, elle cesse d’être justice pour devenir démonstration de pouvoir.
Et dans ce glissement, ce n’est pas seulement deux personnes qui sont atteintes. C’est l’idée même de justice qui vacille.
Mohamed Daoud Imagine
Samedi 18 Avril 2026
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