Mauritanie : le Sud face à un État civil devenu machine à exclure

La crise de l’enrôlement dans les régions du sud ne date pas d’aujourd’hui. A Rosso, Boghé, Kaédi, Sélibaby, Maghama c’est un véritable parcours de combattant et au-delà d’humiliation pour les populations contraintes de parcourir souvent plus de 70 km jusqu’à la capitale régionale parce que leurs centres d’État-civil sont fermés.

Et au bout du parcours des populations, leurs problèmes administratifs ne sont pas réglés. Ce n’est pas un dysfonctionnement des centres d’enrôlement, c’est une politique qui trie les citoyens, qui ralentit l’accès aux droits, qui fabrique des invisibles administratifs. Certains dans les villages reculés font face à des interrogatoires humiliants sur l’ascendance dont la plupart des arrière et grands-parents et petits enfants sont sans identité civile. Les témoignages sont poignants. Les personnes âgées et les femmes attendent debout, parfois jusqu’à 10 heures. Les agents arrivent tard, repartent tôt, et ferment le guichet dès qu’un problème technique survient. A force de faire des démarches infructueuses, les demandeurs finissent par se décourager. Cette situation dramatique perdure et fait de milliers de négro-africains des apatrides et des étrangers dans la vallée. Alors que les pays voisins ont achevé leurs campagnes d’état civil, la Mauritanie reste bloquée dans un enrôlement interminable, sélectif, et profondément politisé. Un État qui refuse d’enregistrer tous ses citoyens refuse, en réalité, de les reconnaître.

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 22 août 2026)

 

 

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