Lettre de félicitation au président de l’AJD/MR

Étant donné que le nouveau président du parti est un philosophe de formation, nous allons rester fidèles à notre style métaphorique, renforcé par les subtilités du langage soufi et mathématique, afin de lui adresser un message à décortiquer sous l’angle philosophique. Il ne s’agit ici ni d’une lettre destinée à flatter, ni d’une critique adressée à notre grand frère, mais plutôt d’un message de méditation collective. Seuls ceux qui sont doués d’intelligence et de discernement pourront pénétrer et saisir pleinement le sens de cette lettre de félicitation.

Une chose est certaine : il n’aura probablement pas de difficultés à saisir certains concepts. En revanche, pour les aphorismes soufis, il ne faudra pas hésiter à demander des éclaircissements. Certains feront peut-être semblant de comprendre, alors que Rûmî (rta.) nous enseigne : « L’humilité consiste à comprendre que chaque créature est susceptible de nous enseigner ce que nous ignorons. » Par conséquent, nul ne détient une science infuse. C’est la raison pour laquelle nous pensons que l’humilité consiste à savoir être nu sans se dénuder, tout en demeurant noblement vêtu de ses valeurs culturelles.

Ceci étant dit, nous félicitons vivement la nomination d’un fils de Kaédi à la présidence du parti AJD/MR. En ce jour du Mawlid, qui marque la naissance du Bien-Aimé (PsL), nous prions le Seigneur des cieux et de la terre de vous assisté dans votre nouvelle mission, de vous accorder discernement, sagesse et constance dans l’accomplissement de vos responsabilités.

Lorsque la présidence d’un parti politique est incarnée par un certain Bocar Oumar Ba, en tant que disciple soufi, notre pensée se porte naturellement vers la composition de son nom, afin d’en tirer quelques enseignements, sans aucune prétention.

Il nous semble que le nouveau président devrait, ou gagnerait, à graviter autour du cercle qui compose le triangle équilatéral de son propre nom. Qui dit gravitation dit variable dynamique, et non variable constante.

Oui, il doit graviter quotidiennement autour du point (B) de Bocar, afin de puiser son énergie véridique dans la force symbolique d’Abou Bakr al-Siddîq (rta), dont le nom est associé, dans la culture peule, à Bocar. Le nouveau président doit également veiller sur le deuxième point (O) du triangle, qui représente l’énergie provenant du courage et de la fermeté de Oumar ibn al-Khattâb (rta). Enfin, il doit surtout contempler (Muraqabah) le troisième point (B), celui de la lettre , qui symbolise, dans le langage soufi, le point du discernement et de la connaissance (Nuqtat al-‘ilm bil-Ba’i).

Monsieur le Président,

Être Mukallaf, c’est refuser d’être une constante (C) pour demeurer une variable dynamique (Xₙ).

L’être humain n’est pas une forme achevée. Il est un être en devenir, traversé par des états, des dévoilements, des voiles et des transformations successives.

Dans nos sociétés, certains pensent que la constance converge forcément vers la vérité. Pourtant, la constance peut parfois n’être que la répétition d’une forme devenue vide. Être constant n’est donc pas toujours synonyme d’honnêteté, de vertu ou de sagesse.

On peut être constamment attaché à une erreur, constamment prisonnier d’une représentation de soi, constamment fidèle à une image que les autres ont construite de nous. Le chemin intérieur commence précisément lorsque l’homme accepte de ne plus confondre ce qu’il est avec ce qu’il croit être.

La véritable constance n’est donc peut-être pas celle de la forme, mais celle de l’orientation.

Le voyageur peut changer de chemin sans perdre sa destination. Il peut modifier son langage sans trahir sa vérité. Il peut reconnaître une erreur sans devenir infidèle à lui-même. Il peut changer de position sans nécessairement changer de principe. Par conséquent, le plus important n’est pas d’être simplement constant ou dynamique, mais d’être capable de s’adapter aux circonstances sans trahir ses principes moraux et éthiques.

C’est ici que se trouve peut-être une distinction essentielle entre la forme et l’essence : la forme peut évoluer, tandis que l’essence demeure orientée.

Être Mukallaf, c’est aussi comprendre que, dans certaines circonstances, l’énergie de nos incohérences peut contribuer à révéler notre véritable cohérence. Il ne s’agit donc pas de rejeter toute forme de constance, mais de refuser que la constance devienne une rigidité qui nous empêche d’évoluer. Non pas parce que l’incohérence serait une vertu, mais parce que la prise de conscience de nos contradictions peut nous conduire à une connaissance plus profonde de nous-mêmes.

Du savoir au détachement des honneurs

Le grand maître soufi Al-Ghazali disait : « Un maître doit être apte à comprendre que la science est là pour le mépris des honneurs. »

Par conséquent, être Mukallaf, c’est comprendre que l’enseignement, l’engagement militant et le partage du savoir doivent participer à un combat intérieur contre la quête des honneurs.

Car le savoir ou le leadership qui devient un moyen de rechercher le prestige cesse, en quelque sorte, de servir sa véritable finalité.

L’exemple du Sénégal, avec le duo Diomaye/Sonko, constitue à cet égard un cas d’école pour la méditation politique. C’est pourquoi il faut se libérer du conformisme intellectuel afin de résider avec l’œil lumineux de l’intellect, celui qui permet de discerner au-delà des apparences, des habitudes et des opinions reçues.

Al-Ghazali, fils d’un modeste fileur de laine, fut lui-même traversé par une profonde crise intellectuelle, spirituelle et existentielle, qui toucha également sa conception du savoir et du leadership. Son parcours ne fut pas celui d’une simple révolte contre le dogme, mais celui d’une quête de certitude, à travers la confrontation entre le savoir théologique, la raison et le discernement spirituel.

C’est dans cette quête qu’il finit par trouver, dans la voie soufie, non pas l’abandon du savoir, mais son dépassement vers une connaissance plus intérieure du Réel.

Ainsi, le véritable défi qui attend tout responsable n’est peut-être pas seulement de savoir diriger les autres, mais d’apprendre d’abord à se diriger soi-même.

La présidence peut être une position de pouvoir ; elle peut également devenir une station d’épreuve. Tout dépend de l’intention, du discernement et de la capacité à ne pas confondre la fonction avec l’être. Puisse donc votre nouvelle responsabilité être non pas un sommet où l’on contemple les autres, mais une hauteur depuis laquelle on apprend à mieux servir.

Que le Seigneur vous accorde la sagesse dans la décision, la justice dans le jugement, l’humilité dans la connaissance et la fermeté dans l’épreuve.

Bon vent et encore toutes nos félicitations, au nom de toute la jeunesse mauritanienne.

@Yoo Alla Faabo !!!

Abdoul Bocar GUISSE (Informaticien)

 

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