Deutsche Welle – Toutes les dix secondes, une jeune fille est victime d’excision dans le monde. Les zones où les mutilsations génitales féminines (MGF) sont pratiquées concernent une trentaine de pays, qui se trouvent au Moyen-Orient, dans certaines régions d’Asie et en Afrique. Dans le Focus Sahel Plus, vous nous parlez des personnes qui se mobilisent en Afrique de l’Ouest pour mettre un terme aux mutilations génitales féminines. Et ce n’est pas un sujet marginal puisque dans le monde, plus de 230 millions de femmes sont concernées, selon l’Organisation mondiale de la Santé.
Quatre différents types de MGF
Pour bien comprendre ce dont nous parlons, un rapide coup d’œil, d’abord, sur ce que sont les mutilations génitales féminines, que certaines associations préfèrent désormais appeler « mutilations sexuelles féminines ».
Il existe quatre groupes de MGF.
- Le type 1, c’est la clitoridectomie.
Il s’agit de l’ablation totale ou partielle des parties visibles du clitoris.
- Le type 2, c’est l’excision.
Cette pratique consiste à couper là encore tout ou partie du clitoris, mais aussi des petites, voire des grandes lèvres de la vulve.
- Le type 3, c’est l’infibulation
On coupe des tissus génitaux et puis on coud ou on colle les lèvres ensemble pour réduire l’ouverture vaginale. Cette pratique est particulièrement observée dans la Corne de l’Afrique.
- Le type 4, ce sont toutes les autres formes de mutilations génitales
Sans nécessité médicale, il s’agit de perforation, incision, scarification, cautérisation ou même étirement des organes génitaux féminins.
Ces MGF sont généralement pratiquées à vif, sans le consentement des victimes. Qui sont souvent des petites filles âgées de moins de 15 ans.

Les raisons invoquées peuvent relever de la tradition ou de la coutume. Il peut s’agir d’un rite de passage à l’âge adulte. Mais souvent, ces mutilations sont destinées à préserver la virginité des jeunes filles avant le mariage et à contrôler la sexualité féminine. Mais les risques encourus par les victimes de ces mutilations génitales sont énormes, puisqu’ils peuvent aller de douleurs durant les menstruations ou les rapports sexuels, à des infections, des fistules, des complications lors de l’accouchement et même, parfois, la mort des femmes mutilées.
Au Mali, par exemple, l’excision reste une pratique largement répandue, malgré ses nombreuses conséquences sur la santé des femmes.
70 % des filles de 0 à 14 ans auraient déjà été excisées, selon l’Enquête démographique et de Santé du Mali pour les années 2023-2024, et citée comme référence cette année encore par les autorités du pays. Quant aux femmes maliennes, âgées de 15 à 49 ans, elles sont 89 % à avoir subi une mutilation génitale féminine – des données reprises par l’Unicef et confirmées par les statistiques officielles citées par Onu Femmes.

Mais depuis quelques semaines, une nouvelle génération de jeunes Maliens s’élève pour demander l’interdiction de l’excision. Ils ont lancé une campagne pour inciter les femmes à briser le silence et à témoigner de leurs souffrances.
Une mobilisation a d’ailleurs été organisée samedi dernier. Elle a réuni différents acteurs engagés contre les mutilations génitales féminines.
Le Mali n’a pas de législations spécifiques contre l’excision malgré un taux de prévalence très élevé. Les législations diffèrent, par définition, d’un pays à l’autre. Mais même quand des lois existent pour punir les mutilations génitales féminines, le chemin est long avant d’éradiquer la pratique.
Convaincre les communautés d’abandonner l’excision
Beaucoup d’associations font de la sensibilisation sur le terrain. C’est le cas par exemple du Casades, le Comité d’appui et de soutien au développement économique et Social en Casamance, dans le sud du Sénégal.
Avec l’aide de l’Amref Health Africa, cette structure organise des ateliers de discussion, montre des vidéos aux femmes, aux jeunes filles, fait du porte-à-porte pour atteindre les familles et les leaders communautaires dans les villages et les quartiers. Khadidiatou Bodian est agent communautaire de santé dans la région de Sedhiou. Elle a déjà enregistré plusieurs succès.
« Donc ils ont fini par accepter l’idée et ils nous ont dit qu’elles vont arrêter de pratiquer l’excision, explique Khadiaditou Bodian. Après cette sensibilisation, nous faisons des descentes sur le terrain pour contrôler, pour voir si réellement ces gens-là ont arrêté de pratiquer l’excision. Ce n’est pas seulement par les menaces de la justice, même si peut-être que ça joue, oui, mais ils ont aussi compris. Parce que la jeunesse, même la population, a compris que cela n’est pas bon. Donc les filles refusent. Et on sensibilise aussi les ados. Si les parents insistent, ils doivent les signaler secrètement et nous, on va essayer de [les]signaler [aux autorités], car c’est quelque chose de néfaste pour les femmes. »
Le Sénégal a adopté une loi d’interdiction dès 1999 (article 299 bis du Code pénal). Elle punit de six mois à cinq ans de prison les personnes qui incitent, organisent ou facilitent l’excision. Mais l’ONG Amref Health Africa constate que « 14 % des filles restent excisées dans le pays. À Sédhiou, ce taux atteint 43 % ». Il est facile dans les régions frontalières de contourner les interdictions. La loi ne suffit pas, il faut que les gens comprennent que toute excision signifie beaucoup de souffrances au quotidien. Et Khadidiatou Bodian sait de quoi elle parle : « Moi-même je suis victime de cela. Donc je sais la douleur qui se présente. Donc je n’accepterais pas qu’une personne, une femme, puisse subir la même chose que moi parce que je suis victime de cela. Je suis victime de l’excision. J’ai été excisée. C’est dur. Il faut sauver les autres. En même temps, je suis agent de santé communautaire. Je dois tout faire pour protéger la population. Je dois tout faire pour protéger les autres filles. »
Sandrine Blanchard Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle
Source : Deutsche Welle (Allemagne)
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