Mauritanie : l’opposition face au miroir de ses propres échecs

Trente-quatre ans après les premières élections pluralistes de 1992, l’espoir d’une alternance politique véritable en Mauritanie semble plus lointain que jamais. Ce qui devait être le point de départ d’une démocratie solide s’est progressivement transformé en une succession d’occasions manquées, de divisions internes et de rapprochements avec le pouvoir.

Aujourd’hui, l’opposition mauritanienne traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Incapable de s’accorder sur une vision commune ou de désigner un candidat unique capable de rassembler toutes les composantes du pays, elle offre l’image d’un camp fragmenté, davantage occupé par ses rivalités que par la construction d’une alternative crédible.

Pendant ce temps, le pouvoir continue de consolider ses positions. Malgré les discours officiels sur l’unité nationale, une partie de l’opinion estime que les centres de décision restent concentrés entre les mains d’une même élite. Cette perception nourrit un sentiment d’exclusion chez de nombreux citoyens qui attendent toujours une gouvernance plus représentative.

Les coalitions de l’opposition se sont multipliées au fil des années. Pourtant, elles ont rarement résisté à l’épreuve du temps. Beaucoup se sont dissoutes après des compromis politiques ou des ralliements au pouvoir, renforçant la défiance des électeurs. Aux yeux de nombreux observateurs, ces alliances ont davantage servi de passerelles vers les cercles du pouvoir que de véritables instruments de changement.

Le parcours du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), autrefois considéré comme le principal parti d’opposition, illustre cette désillusion. Son soutien au coup d’État de 2008 a marqué, pour beaucoup, une rupture avec les idéaux qu’il défendait auparavant. Depuis, plusieurs formations politiques se réclamant de l’opposition sont accusées de reproduire les pratiques du système qu’elles prétendent combattre.

À cette fragilité politique s’ajoute une société civile qui peine à jouer pleinement son rôle. Les mouvements de jeunesse restent insuffisamment organisés pour peser sur le débat public, tandis que nombre d’organisations de la société civile sont perçues comme trop proches des acteurs politiques. Quant aux intellectuels, journalistes et artistes, beaucoup choisissent la prudence ou le silence afin de préserver leur espace d’expression et leurs conditions de vie.

L’alternance démocratique ne se décrète pas. Elle se construit autour d’institutions solides, d’une opposition crédible et d’une mobilisation citoyenne capable d’exiger la transparence et la responsabilité. En l’absence de ces conditions, le risque est grand de voir perdurer un système où les changements de discours ne s’accompagnent pas de changements profonds dans l’exercice du pouvoir.

La Mauritanie dispose pourtant des ressources humaines et des compétences nécessaires pour ouvrir une nouvelle page de son histoire politique. Mais tant que l’opposition restera divisée, que la société civile demeurera fragilisée et que les intérêts particuliers primeront sur l’intérêt général, l’alternance continuera d’être un horizon plus qu’une réalité.

 

 

MBG dit Alia Gaye

 

 

 

 

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