Sira Sylla, discrète députée des diasporas africaines

La parlementaire travaille à redessiner le lien entre la France et l’Afrique, en parallèle à son travail de circonscription en Seine-Maritime. Elle était l’invitée d’« Internationales » sur TV5 Monde.

Pas son habitude de se mettre en avant et de chercher la lumière. Mais en acceptant l’invitation d’« Internationales » (TV5 Monde, Le Monde), Sira Sylla, 39 ans, a pour la première fois depuis son élection, en avril 2017, exposé longuement son rôle de députée des diasporas africaines.

Une responsabilité de taille pour cette avocate dont le père est arrivé en France dans les années 1960 et la mère une décennie plus tard… Cette lourde mission, qu’elle endosse de fait, par intérêt pour son continent d’origine, elle l’ajoute à son classique travail de circonscription dans la banlieue de Rouen. Un double positionnement qui l’autorise à rappeler en ouverture de l’entretien télévisé d’« Internationales », dimanche 13 octobre, un puissant : « Je suis une femme noire ».

 

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Cette définition d’elle-même, Sira Sylla l’a construite au cours de son parcours de fille d’immigré sénégalais élevée dans la banlieue de Rouen au sein d’une large fratrie, sans doute, mais aussi en référence à ses héroïnes, au rang desquelles Rosa Parks tient une place toute particulière. « Est-ce que j’aurais eu le courage de faire ce qu’elle a fait ? Je ne sais pas », s’interroge l’élue à voix haute avant d’ajouter qu’« il faut des personnalités comme celle-ci pour que les choses avancent », car « elle a permis aux Américains noirs d’avoir les mêmes droits que les blancs ».

Pas un hasard si Rosa Parks est aussi présente dans l’imaginaire de la Rouennaise. Depuis son installation dans l’Hémicycle, elle travaille à rendre concret le discours prononcé par Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembre 2017. Il y était question d’écrire une nouvelle page d’histoire entre la France et l’Afrique ; volonté que la députée traduit par « un changement de paradigme » avec une montée en puissance de la place des diasporas.

« Pas le continent de tous les maux »

 

Si vu de l’extérieur, les actes scellant ce changement se font un peu attendre, Mme Sylla veut croire, elle, que la dynamique est déjà à l’œuvre depuis deux ans et qu’elle ne demande qu’à s’accélérer pour que demain plus qu’hier « les Africains prennent leur destin en main avec les diasporas africaines ». C’est le credo qu’elle martèle, elle qui observe « que parfois l’argent de la diaspora se substitue aux Etats » et qui se félicite de servir de facilitatrice dans une circulation plus fluide entre ces deux mondes. Ces envois d’argent vers les pays africains représentent en effet près de 500 milliards d’euros. Soit trois fois le montant de l’aide publique au développement et presque autant que les investissements directs dans les pays en développement.

Mais plus que parler chiffres, Sira Sylla veut changer l’image de son continent de cœur. « L’Afrique, ce n’est pas le continent de tous les maux, insiste-t-elle. Ce n’est pas l’enfer. Beaucoup de personnes issues de l’immigration en France veulent retravailler avec l’Afrique », ajoute celle qui dit aussi croiser chaque jour des porteurs de projets souhaitant développer une affaire sur le plus jeune continent de la planète.

Le salon Choose Africa, qui se déroulera à Bercy les 30 et 31 octobre sous l’égide des pouvoirs publics, se veut d’ailleurs un moment de cristallisation de ces relations économiques, comme le Sommet Afrique-France de juin 2020 à Bordeaux autour de la « ville durable ». Mais par-delà l’économie, Sira Sylla croit aussi à la saison culturelle Africa 2020 (de juin à décembre 2020), durant laquelle l’Afrique doit se raconter au public français à travers six mois de spectacles. Ce sera l’un des temps forts de l’écriture de la nouvelle relation voulue par le chef de l’Etat.

« Bébé Macron »

 

Même si l’élue ne regrette rien, elle savait qu’en entrant en politique, elle devrait jouer collectif et que « l’aventure solitaire » de son métier d’avocate était pour l’heure entre parenthèses. En gagnant la circonscription tenue durant de longues années durant par Laurent Fabius, ce « bébé Macron » savait qu’elle devrait parfois faire contre mauvaise fortune bon cœur.

« Je ne suis pas toujours d’accord avec des décisions, objecte-t-elle d’ailleurs, mais il faut se dire qu’on n’est pas dans une aventure personnelle. Et si l’on est parfois déçu, il faut savoir passer outre et avancer. » Lors de son entretien avec TV5Monde et Le Monde, elle a ainsi reconnu être favorable à un rapatriement en France des enfants nés de parents ayant fait allégeance à l’organisation Etat islamique, « parce que ce sont des personnes vulnérables, qu’elles n’ont rien demandé à personne et qu’elles subissent », observe-t-elle avant d’ajouter : « C’est ma position personnelle. » Un point important pour cette avocate qui rappelle volontiers que « le principal, c’est de garder mes valeurs ».

 

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Valeur encore, lorsqu’elle se positionne sur l’élu du Rassemblement national qui demande le 11 octobre à une mère accompagnatrice d’une classe de quitter l’hémicycle du conseil régional de Bourgogne parce qu’elle est voilée. « C’est de la politique politicienne. C’est fait pour attiser le débat… Mais ne faudrait-il pas créer un statut de collaborateur occasionnel pour les mamans qui accompagnent les sorties scolaires ? », interroge-t-elle.

Autant de sujets qui la passionnent, certes, mais moins que l’Afrique. « Je suis française de parents issus du Sénégal et ce continent, je le regarde avec amour. Il y a de telles forces vives au Sénégal. Il y a un tel potentiel en Afrique en général qu’on ne peut pas se permettre de laisser un continent mourir. Parce que si l’Afrique meurt, c’est l’Europe et le monde qui meurent. Parce que tout se joue en Afrique. » De la politique à la plaidoirie, le chemin est parfois très court.

Maryline Baumard

Source : Le Monde

 

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