Mauritanie – Polémique : quand la SNIM ravit la vedette à la présidentielle

La vente du gisement de fer de F’Dérick à un opérateur australien dans des conditions opaques continue de susciter la désapprobation des Mauritaniens. La polémique gagne du terrain et ravit même la vedette à la campagne présidentielle.

 

A Nouakchott, la conclusion le week-end dernier d’un accord sur la base duquel la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM), fleuron historique de l’industrie minière du pays) cède le gisement de fer de F’Derick (une préfecture située à une trentaine de kilomètres de la cité minière de Zouerate, au nord de la Mauritanie) à l’opérateur australien «BCM International Groupe», basée au Ghana, ravit la vedette à une élection présidentielle dont le scrutin est fixé au 22 juin 2019.

Un constat valable à la fois pour les organes de presse classiques et les réseaux sociaux, tous accaparés par un débat dont la quintessence renvoie à un concert de critiques désapprouvant un «acte contraire à l’éthique» de la part d’un régime dont le chef, le président Mohamed ould Abdel Aziz, passe ses dernières semaines au pouvoir, du fait de la limitation constitutionnelle des mandats et de sa non-candidature au scrutin du 22 juin prochain.


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D’après une étude évoquée par la presse, citant différentes sources, le site de F’Derick «recèle des réserves de 30 millions de tonnes de minerais de fer d’excellente qualité. La SNIM avait déjà réalisé une étude de faisabilité en 2018, pour son exploitation sur une période de 15 ans. Selon les termes de cette étude, l’investissement ne devrait pas excéder les 200 millions de dollars, avec un coût de production proche de 20S/t, une aubaine sur un marché ou le prix de vente dépasse les 100S/t».

Des prévisions combinées à une perspective d’épuisement des mines actuellement exploitées (Mahoudhat et TO 14, à l’horizon des 10 prochaines années), qui confère d’autant plus d’intérêt au site cédé.

Le mode opératoire de l’accord prévoit la création d’une société de droit mauritanien, dont la SNIM garde 20% des parts, BCM Groupe International et des privés nationaux prenant le contrôle de 80% du capital.

L’avis du Pr Mohamed Mahmoud ould Mah

Dans le torrent de réactions notées après l’annonce de cette nouvelle, on note l’avis du Pr Mohamed Mahmoud ould Mah, l’un des premiers économistes du pays, ancien maire de Nouakchott, dans les colonnes de l’hebdomadaire «Le Calame».


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Le Mohamed Mahmoud ould Mah ne mâche pas ses mots. Il parle «de la liquidation du fleuron de l’industrie minière et de l’orgueil du pays, la SNIM dont le dernier gisement, naturellement riche en fer, vient d’être cédé à des intérêts australiens, et des privés nationaux, comme toujours proches du pouvoir. On peut donc considérer sans risque de se tromper, que la SNIM est désormais liquidée, du moins virtuellement. Ses futurs propriétaires seront sans doute les mêmes, avec le même pourcentage: 20% pour la SNIM, et 80% pour les australiens et des privés nationaux proches du pouvoir».

Après ce triste épisode «la Mauritanie, comme un immense incendie, achève de se consumer», ajoute cet économiste, ancien édile de la capitale.

Youssef ould Abdel Jelil: ainsi parlait un ex Directeur général de la SNIM

C’est dans le contexte de la cession annoncée de la mine de F’Derick aux australiens, que le site d’infos en ligne «RMIBILADI» réchauffe une tribune de Youssouf ould Abdel Jelil, fonctionnaire international, ancien Directeur général de la SNIM de septembre 2005 à décembre 2006, publié par l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI-un organe du gouvernement) au début de l’année 2008, sous le titre «contribution au débat sur le thème de l’ouverture accrue du capital de la SNIM».


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Pour ce haut cadre, l’ouverture du capital de la SNIM «devrait, premièrement, s’inscrire dans le cadre d’un programme cohérent et intégré de développement économique et social du pays (et non pour la résorption d’un gap de cash flow au profit du  trésor public), deuxièmement: de la mise en œuvre des études et plans y afférant doit être assurée en toute transparence vis-à-vis de toutes les parties prenantes (les employés, les syndicats, et bien entendus les représentants souverainement élus par le peuple».

Ces conseils ont-ils été suivis dans le cas de la cession des 80% de la mine de F’Derick? Absolument pas.

Cheikh Sidya

correspondant à Nouakchott

Source : Le 360.ma (Maroc)

 

 

 

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