FORUM SUR LA PAIX ET LA SECURITE : Une liberté de ton qui tranche avec le passé

Prévenir les crises est une priorité, certes. Mais, il faut parvenir à s’entendre sur la manière de conjuguer les efforts, le terrorisme n’ayant pas de frontières et ayant la peau dure.

 

Pour la plupart, les gouvernements africains privilégient l’approche bilatérale avec les Etats-Unis et la France, face au fléau. Et Paris a toujours voulu jouer le rôle de catalyseur de la coopération inter-africaine. Rien d’étonnant donc si les autorités françaises ont fait l’objet de critiques parfois acerbes à ce sommet de Dakar. La France aura, en tout cas, été une cible de choix au cours de ce forum où l’essentiel a été dit par des chefs d’Etat africains. A l’unanimité, l’on ne s’est pas privé de souligner que l’Occident s’est fourvoyé en se contentant d’expédier le Colonel Kadhafi dans l’au-delà, et en abandonnant la Libye devenue, depuis, un sanctuaire pour les groupuscules terroristes. Les dirigeants ouest-africains dont certains avaient naguère bénéficié des subsides du défunt leader libyen, ont cru l’heure venue de régler leurs comptes avec ceux qui, dans l’Hexagone, auront tout fait pour enlever le fromage de Kadhafi de leur bouche. Pour eux, l’Occident doit achever le travail commencé.

Les Africains sont mal armés pour relever les défis de la lutte anti-terroriste

C’est un fait que la bande sahélo-saharienne est parcourue dans tous les sens par les terroristes qui se croient dans un « no man’s land ». Plus que jamais, le sud-Libye demeure sous l’emprise des milices et autres groupes semant la terreur, et qui se livrent à des actes de pillages, de violence et à des rapts. Les otages occidentaux sont les plus prisés. Ils rapportent des rançons qui permettent aux terroristes de se ravitailler et donc de se refaire des forces. Pour les groupuscules « djihadistes » en particulier, le sud de la Libye incontrôlable, est surtout devenu un dépôt de munitions. A partir de cette base, on opère tranquillement et on disparaît dans la nature. Il y a donc fort à faire, pour parvenir à neutraliser ces bandes armées.

Malheureusement, les armées africaines brillent par leur inefficacité face aux groupuscules terroristes. Ceci, en raison de la mal gouvernance qui caractérise plusieurs Etats. Le plus souvent, en effet, on découvre sur le terrain, des armées mal préparées à défendre l’intégrité territoriale et le peuple en détresse. Elles sont plutôt forgées à l’image du prince, qui en dispose comme il l’entend, principalement pour réprimer des opposants, des défenseurs des droits humains, des journalistes, des élèves et des démocrates anonymes. Ce type d’armées est davantage destiné à protéger les dirigeants et à pérenniser leur pouvoir. Du reste, comme on l’a vu dans la crise survenue au Mali, dans la plupart des cas, les armées ouest-africaines sont loin d’être conformes à l’idéal républicain. C’est bien pour cette raison que l’on aime à lancer fréquemment des appels au secours en direction des « amis occidentaux ». Mais on leur donne le coup de pied de l’âne, sitôt un semblant de paix revenu, au nom d’une souveraineté factice.

Le forum de Dakar en est une triste illustration. Certains des chefs d’Etat qui y siégeaient, n’ont pas hésité à donner des leçons de morale. Ils sont disqualifiés pour le faire. Les uns sont en effet empêtrés dans la mal gouvernance chez eux. Les autres, du haut de leur trop plein de suffisance, cherchent encore leurs repères, se soucient comme d’une guigne de leur peuple.

Force est de reconnaître que les Africains sont sérieusement mal armés pour relever les défis de la lutte anti-terroriste.

Il y a nécessité de s’adapter à une menace terroriste en pleine évolution

Que ce soit au Nigeria, au Kenya, en Somalie, au Mali ou en Libye, les dirigeants africains ne semblent toujours pas comprendre et admettre que seule la bonne gouvernance conditionne le succès de toute entreprise au niveau de l’Etat. Non seulement, ils rechignent à s’y résoudre, mais ils se montrent incapables de réinventer l’Etat, pour satisfaire les besoins élémentaires de ceux au nom desquels ils prétendent gouverner.

Certes, à Dakar, on a parlé avec franchise. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. La France a été indexée et se trouve interpellée. Le président François Hollande qui a hérité de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, le dossier libyen, se doit de relever les défis avec les dirigeants africains. Il faut à nouveau se réorganiser et empêcher les terroristes de faire ce qu’ils veulent. Selon Francesco Madeira, envoyé spécial du président de la Commission de l’UA  pour la coopération anti-terroriste : « l’Afrique est sur le point de devenir un lieu de transit du terrorisme. En Libye, des territoires sont occupés, des combattants de l’Etat islamique s’implantent et  forment des cellules de recrutement ».

Si la menace évolue rapidement, les moyens de la combattre ne se sont pas vraiment renouvelés, ces dix dernières années. Les vœux exprimés -régionalisation et mutualisation- restent pieux. Les deux jours d’échanges auront eu « le mérite de montrer le chemin qui reste à parcourir ». On admet par exemple, qu’il y a vraiment nécessité de s’adapter à une menace terroriste en pleine évolution. Aux chefs d’Etat africains de s’assumer avec plus de responsabilités.

 

"Le Pays"

 

Source : Le Pays (Burkina Faso)

 

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