REJET DE LA REQUETE DE L’ETAT TCHADIEN DANS L’AFFAIRE HABRE :Le bon choix des chambres africaines

En juin 2014, l’Etat tchadien avait déposé une demande de constitution de partie civile, auprès des chambres africaines en charge de l’affaire Hissène Habré, au motif que le pays avait été victime de « pillages économiques » perpétrés par l’ancien « homme fort » de N’Djaména, aujourd’hui en détention à Dakar, dans l’attente de son procès. Cette requête avait été rejetée. Le Tchad a ensuite fait appel de cette décision. Mais, le mercredi 24 août dernier, cet appel a été jugé irrecevable par la chambre d’accusation du tribunal spécial qui avait été créé à Dakar, pour connaître de l’affaire Habré.

 

 

L’Etat tchadien était visiblement hors sujet

La raison invoquée par cette juridiction est que « le pillage économique n’est pas une infraction visée par la procédure en cours ». Un responsable des chambres africaines a, à ce propos, apporté la précision que ce tribunal a été mis en place pour juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les actes de torture.

Le moins donc que l’on puisse dire, après cette mise au point, est que l’Etat tchadien était visiblement hors sujet. L’on peut d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi l’Etat tchadien s’obstine tant à se constituer partie civile, pour une infraction qui est certes grave, mais qui pourrait n’être qu’une peccadille, par rapport à la nature des crimes pour lesquels l’ancien « boucher » de N’Djaména est poursuivi. On pourrait y lire la volonté d’Idriss Déby de faire de la diversion, pour finalement amener le tribunal à renvoyer aux calendes grecques, un procès au cours duquel des révélations compromettantes le concernant pourraient être faites. En effet, l’actuel président tchadien, qui était à l’époque de la terreur que Hissène Habré avait érigée en mode de gouvernance, l’un des « hommes forts » du pays, pourrait avoir mis la main dans le cambouis. Par conséquent, il peut avoir intérêt, aujourd’hui, à ce que les choses sérieuses soient indéfiniment repoussées. C’est pourquoi tous les militants des droits humains d’Afrique doivent se féliciter de la décision de la chambre d’accusation de déclarer irrecevable la requête insistante et suspecte de l’Etat tchadien, de se constituer partie civile dans le procès Habré. D’ailleurs, les familles des victimes du régime sanguinaire de Hissène Habré, ont salué cette décision.

La Justice africaine joue sa crédibilité dans ce procès

En effet, le procès Habré que ces derniers attendaient depuis toujours, aurait pu être biaisé si le tribunal avait accédé à la requête formulée par l’Etat tchadien, dont le premier responsable, Idriss Déby, était à l’époque des faits reprochés à Hissène Habré, un des maillons forts de la chaîne de répression et de sécurité du pays. Cela dit, Hissène Habré a endeuillé bien des familles tchadiennes, lorsqu’il était au pouvoir entre 1982 et 1990. Toutes les techniques de tortures ont été expérimentées dans ses geôles, certains de ses compatriotes ont été victimes d’exactions atroces dont seuls les Kmers rouges auraient le secret ; d’autres ont été portés disparus. Le bourreau doit enfin s’expliquer pour permettre aux chambres africaines de rendre justice à toutes les victimes vivantes ou décédées. De ce point de vue, le procès de celui que l’on pourrait appeler le Pinochet d’Afrique, du nom de l’ancien dictateur chilien, est attendu avec beaucoup d’intérêt pour les raisons suivantes : d’abord, c’est la première fois qu’un ancien président africain doit rendre compte, en Afrique, de ses crimes devant une juridiction africaine. Ensuite, la juridiction spéciale mise en place doit apporter la preuve que l’Afrique peut juger ses dictateurs sur son sol, tout en leur garantissant un procès digne d’un Etat de droit. C’est pourquoi l’on peut être tenté de dire que la Justice africaine joue sa crédibilité dans ce procès. Elle n’a pas le droit de décevoir, au risque de donner raison à tous ceux qui pensent, et ils ont raison de le faire, que seule la Cour pénale internationale est l’instrument le plus approprié pour traquer l’impunité sous nos tropiques.

 

Pousdem PICKOU

 

Source : Le Pays (Burkina Faso) le 28 août 2014

 

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