Bamako poussé au dialogue : Le président IBK dos au mur

Le Mali est forcé de nouer le dialogue avec les rebelles touareg après le raid de ces derniers à Kidal. Le président Ibrahim Boubacar Keïta en sort affaibli…

Les dangereux développements survenus la semaine dernière dans le nord du Mali où rebelles touareg et soldats maliens se sont affrontés pour le contrôle de la localité de Kidal ont sonné l’alerte rouge dans de nombreuses capitales du Sahel, qui craignent un retour à la case départ dans le septentrion malien.

 

La dégradation inattendue de la situation a déjà poussé le chef de l’Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, président de l’Union africaine (UA), à écourter une visite en Afrique de l’Ouest pour se rendre jeudi à Bamako, puis à Kidal. Sur place, il a exhorté au dialogue pour résoudre la crise.

Le déplacement du président de l’UA n’aura pas été vain puisque finalement, Mohamed Ould Abdel Aziz a obtenu un cessez-le-feu et la promesse de Bamako de (re)lancer les pourparlers avec les rebelles touareg.

En attendant l’amorce de ce dialogue que tout le monde attend avec impatience, le président Ibrahim Boubacar Keïta, qui avait promis au lendemain de son élection de réconcilier au plus vite les Maliens entre eux, sort de cette «campagne de Kidal» encore plus affaibli politiquement. Il paye pour ainsi dire cash le prix de son immobilisme dans le dossier touareg. Après la défaite de son armée – qui a essuyé de lourdes pertes face aux groupes armés touareg qui auraient aussi pris la ville de Ménaka – il est certain que son gouvernement sera, à l’avenir, plus vulnérable aux injonctions extérieures. Cela, s’il n’a pas déjà perdu la main.

La preuve : il est actuellement sous pression internationale pour relancer le dialogue. En réalité, les appels à l’ouverture de discussions se sont multipliés au lendemain même du déclenchement des hostilités à Kidal. Le président Ibrahim Boubacar Keïta s’est entretenu avec plusieurs de ses homologues, «notamment Alassane Ouattara et François Hollande», a indiqué à la presse une source à la présidence malienne. La même source a souligné qu’IBK, visiblement dos au mur, a assuré à ses interlocuteurs qu’il était «irréversiblement pour le dialogue». Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous, a aussi appelé à «un cessez-le-feu» et au «retour à la situation antérieure».

Le président de la commission de la Cédéao, Kadré Désiré Ouédraogo, a exhorté, quant à lui, toutes les parties prenantes maliennes à «revenir à l’esprit de l’accord de Ouagadougou et à travailler à la mise en œuvre immédiate des directives récemment définies par le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, pour assurer véritablement le début du dialogue inclusif avec les groupes armés».Les combats entre soldats maliens et groupes touareg ont, rappelle-t-on, éclaté le 17 mai à Kidal à l’occasion d’une visite du Premier ministre Moussa Mara. Fief du MNLA, Kidal représente un important défi pour l’Etat malien dans la mesure où il n’a jamais réussi à y reprendre pied complètement. Pour Bamako, des «groupes rebelles» touareg sont responsables de l’attaque, mais avaient reçu le soutien de «terroristes d’AQMI et de narcotrafiquants». 

De son côté, le MNLA – qui reproche à Bamako de n’avoir pas appliqué les termes de l’accord de Ouagadougou – a présenté cette violence comme un acte d’«autodéfense» et de «résistance». Voulant mettre fin à ces échanges d’accusations, le chef de la Minusma, Albert Koenders, a souhaité qu’«une enquête soit ouverte rapidement afin de vérifier les faits et d’amener les parties responsables devant la justice». Une chose est sûre : la nouvelle gifle essuyée par l’armée malienne à Kidal a suscité, à Bamako et dans plusieurs villes, des réactions d’hostilité envers les soldats français et onusiens déployés dans le Nord.

Ceux-ci sont accusés de passivité vis-à-vis du MNLA et, plus généralement, des groupes armés touareg. Les autorités ont multiplié les appels au calme et à la retenue : «La Minusma, la force Serval et les représentants de la communauté internationale (…) ne sont pas nos ennemis», ont-elles souligné. Le gouvernement de Moussa Mara a bien raison de tempérer les ardeurs de la population car les événements ont montré, à de nombreuses reprises, qu’il ne résisterait pas longtemps si la communauté internationale venait à décider de se désengager du dossier malien. C’est justement l’élément central que le président IBK semble avoir oublié.

 

Zine Cherfaoui

 

Source : El Watan (Algérie)

 

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