Maghama sur les dents Qu’est-ce qui fait courir le président du Sénat ?

Bâ Mamadou dit MBaré, président du Sénat est en séjour dans le département de Maghama pour une visite de quelques jours.

Il est accompagné dans son déplacement par son directeur de Cabinet et ancien maire de Toulel, M. Demba Soumaré et Diallo Daouda directeur adjoint de l’Etablissement National d’Entretien Routier (ENER).

Cette délégation est arrivée lundi 19 décembre peu après 13 heures à Dolol chez Kane Amadou Tijane maire de la commune. Selon nos informations, le président du Sénat est resté moins de 20 minutes après qu’il ait été informé par Mamadou Bass, un proche de Diallo Abou Moussa, Président du Conseil d’Administration de l’Agence Nationale d’Accueil et d’Insertion des Réfugiés (ANAIR), venu de Maghama le rencontrer, du climat tendu qui règne dans la ville, surtout de la furie des jeunes révolutionnaires de la ville qui comptaient afficher à leur manière, leur attitude d’hostilité à son égard. Suite à cette réunion de concertation en catimini, le président du Sénat a mis le cap sur Daw où il serait resté moins de 15 minutes au domicile d’un ancien douanier, M. Brahim Saadou, d’autant que l’accueil aurait été froid et n’aurait pas mobilisé du monde. Moins de 20 personnes auraient été à l’accueil. Après Dolol, la délégation s’est rendue à Taaga où elle a marqué une pause chez le chef du village, Souleymane Boulo son beau-frère. Là aussi, l’accueil n’a pas été des plus joviaux. Il aurait été hué par la masse qui scandait le nom du député à l’Assemblée nationale Niang Mamoudou. Visiblement, ces trois étapes ont annoncé la couleur de ce qui attendait dans la capitale départementale, la deuxième personnalité de l’Etat mauritanien. Toujours est-il que de Taaga, le Président du Sénat s’en est allé à Wali son village natal. A t-il évité d’aller à Maghama ou les informations reçues dès son entrée à Dolol sur le climat qui règne dans cette ville l’ont dissuadé de s’y rendre ? En tout cas Taaga n’est distant de Maghama que de 14 kilomètres environs. Aux dernières nouvelles, Bâ Mamadou dit MBaré est à Wali dans son domicile où il reçoit essentiellement, semble t-il, des notables de la localité. D’aucuns pensent qu’il va profiter de sa retraite de quelques jours pour tenter de négocier une visite apaisée à Maghama. A noter que le programme initial de la visite devait le conduire à Dolol, Daw, Taaga et Maghama avant de se poursuivre à Beylougué et Sanghé.

Courte queue se paie avec courte queue
Les rancœurs des populations du département de Maghama contre le président du Sénat sont nombreuses. La plus grave reste, les manifestations violentes de jeunes qui ont eu lieu le 27 septembre dernier et qui se sont soldés par la mort du jeune Lamine Mangane fauché par une balle. La Mauritanie entière fut secouée par cette affaire. L’Etat, les partis politiques, la société civile, personnes anonymes, n’ont pas hésité à faire le déplacement de Maghama pour compatir avec la famille éplorée. Le pouvoir lui-même y a envoyé une délégation ministérielle conduite par Mohamed Ould Khouna ministre de l’emploi, de la formation professionnelle et des NTICS accompagné de Sy Adama ministre secrétaire général de la présidence de la République pour y présenter ses condoléances. Pendant ce temps, la deuxième personnalité de l’Etat est restée muette préférant dépêcher sur place un proche qui a failli se faire lyncher par la foule, n’eût été l’intervention de sages personnes qui ont su contenir leurs douleurs. A cela s’ajoute des règlements de comptes contre des fonctionnaires de l’administration territoriale (Hakem, commandant de brigade de la gendarmerie, commissaire) pour des motifs contestables quand ce ne sont pas des fonctionnaires de l’Etat dont le seul tord est de pas être du même bord politique que le président du Sénat. Bâ Sidi Tenguella maire de la commune de Sanghé a manqué de peu de se retrouver en taule pour faux et usage de faux alors qu’il n’était en rien mêlé à cette histoire d’état civile qui a eu lieu dans sa commune. Dans les milieux de la justice à Nouakchott, on n’hésitait pas en privé à indexer le président du Sénat d’être derrière cette affaire pour régler le compte d’un maire avec lequel il n’entretient pas de bons rapports. Vrai ou faux, tous ces faits ont fini par ternir son image auprès des siens. Tant et si bien qu’il lui est trouvé un surnom « Gbagbo ». Manière de le caricaturer comme un dictateur qui use et abuse de son pouvoir. Cela est d’autant plus vrai, que l’UPR même en souffre à Maghama. C’est le seul département du pays où le parti n’a pas de structures de base locale. L’implantation y pose problème opposant deux tendances : la sienne et celle dirigée par le Colonel Sogho Alassane qui a remporté la manche de l’implantation et que la tendance adverse conteste. Ould Abdel Aziz refuse de trancher, sans doute pour ne pas contrarier son allié des moments difficiles consécutifs au coup d’état du 6 août 2008. C’est ce qu’on appelle le renvoi de l’ascenseur quitte à mécontenter d’autres soutiens non moins importants dans le département. En tout cas l’image de l’UPR en a pris un sérieux coup ainsi que celui du président de la République. Dès lors, la visite de la seconde personnalité de l’Etat et sénateur du département, ne produira qu’une réaction hostile des populations partout dans le département. Il fallait s’y attendre et c’est ce qui est entrain de se passer. Cette hostilité ne s’adresse pas qu’au président du Sénat, elle s’adresse aussi au président de la République et au pouvoir qu’il incarne.

Moussa Diop

Source  :  Le Quotidien de Nouakchott le 21/12/2011

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