
Le Quotidien de Nouakchott – Il est près de minuit devant le portail de l’ambassade du Royaume du Maroc à Nouakchott. Des dizaines de citoyens mauritaniens, certains arrivés dès l’aube, patientent encore dans une cour où les moustiques ont pris leurs quartiers depuis longtemps. Ils ne sont pas venus déposer une demande : ils attendent, tout simplement, de récupérer leur propre passeport. Cette scène, devenue banale ces dernières semaines, en dit long sur l’état d’un service consulaire censé incarner les relations de bon voisinage entre deux pays frères.
Un durcissement qui frappe d’abord les usagers ordinaires
Depuis plusieurs semaines, la délivrance des visas marocains fait l’objet de critiques croissantes, dans les milieux d’affaires comme sur les réseaux sociaux. Les nouvelles exigences — frais revus à la hausse, assurance voyage obligatoire, réservation d’hôtel confirmée — s’accompagnent d’une organisation qui laisse perplexe : les demandeurs sont priés d’attendre dehors, en plein soleil, selon un système de classement qui tient davantage du tri logistique que de l’accueil consulaire.
Qu’un État souverain fixe librement les conditions d’entrée sur son territoire, personne ne le conteste. Le Maroc est dans son droit. Mais entre voisins et partenaires, la manière compte autant que le droit. Et la manière, ici, pose question.
Des heures d’attente, une administration débordée
Ce que documentent aujourd’hui de nombreux témoignages va au-delà du simple durcissement réglementaire. Des citoyens mauritaniens rapportent des attentes interminables, jusqu’à des heures tardives de la nuit, pour un geste aussi simple que la remise d’un passeport. La cour de l’ambassade, dans ces conditions, devient un lieu d’épreuve plutôt qu’un espace de service public. Tout cela suggère une administration manifestement dépassée par le volume des demandes, incapable — ou peu désireuse — d’adapter ses capacités de traitement à l’ampleur réelle de la fréquentation.
Des soupçons de circuit parallèle
Plus préoccupant encore : selon plusieurs témoignages recueillis auprès d’usagers et d’observateurs, cette lenteur chronique ne serait pas seulement le fruit d’un manque de moyens. D’aucuns évoquent l’existence d’un circuit parallèle, où des intermédiaires — certains soupçonnés d’entretenir des connivences avec des agents du consulat — permettraient, moyennant finances, d’accélérer ou de faciliter l’obtention d’un visa que la voie normale rend délibérément pénible. Il suffit, disent ces mêmes observateurs, de constater la multiplication des bureaux et « facilitateurs » qui ont fleuri aux abords immédiats de l’ambassade pour s’interroger sur la nature exacte de cette économie informelle.
Ces accusations, à ce stade, relèvent du témoignage et de la rumeur publique plus que de la preuve établie. Mais leur persistance, leur cohérence d’un récit à l’autre, et le contraste frappant entre la lenteur du guichet officiel et la fluidité vantée par certains intermédiaires, méritent qu’une lumière soit faite — par les autorités mauritaniennes autant que marocaines — sur ce qui se joue réellement autour de ce dossier.
Une question de réciprocité
Reste la question de fond : pourquoi cette asymétrie perdure-t-elle ? Alors que les visiteurs marocains continuent d’obtenir leurs visas mauritaniens de façon expéditive, aucune mesure équivalente n’a été prise pour rétablir un semblant d’équilibre. Un camionneur marocain se présentant au kilomètre 55 est encore accueilli sans grande formalité, quand un homme d’affaires ou un simple visiteur mauritanien doit, lui, produire assurance, réservation d’hôtel et patience — puis, semble-t-il, parfois davantage.
Il ne s’agit pas ici de prôner des représailles, mais d’exiger de la cohérence et du respect mutuel. La diplomatie ne peut se satisfaire d’un rapport à sens unique : elle s’exerce dans les deux sens, ou elle s’effrite.
Ce que l’on est en droit d’attendre
Les autorités mauritaniennes gagneraient à interpeller formellement leurs homologues marocains sur les conditions d’accueil réservées à leurs ressortissants — la cour insalubre, les horaires interminables, l’absence apparente de dispositif adapté au volume de demandes. Elles gagneraient aussi à faire la lumière, en coordination avec les services compétents, sur les allégations de circuit parallèle qui entourent ce dossier, dans l’intérêt même de l’image du consulat marocain autant que dans celui des usagers mauritaniens.
Un visa n’est pas qu’un tampon sur un passeport. C’est aussi un révélateur : de la considération qu’un État porte aux citoyens d’un pays voisin, et de la capacité d’une administration à servir plutôt qu’à éprouver. Pour l’heure, à en juger par ce qui se passe chaque soir devant ce portail, c’est un révélateur qui n’est guère flatteur — ni pour le respect dû aux Mauritaniens, ni pour la crédibilité d’un service consulaire qui semble avoir perdu le contrôle de son propre guichet.
Source : Le Quotidien de Nouakchott
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