
So Foot – Ce samedi, le Bayern Munich va défier le Borussia Dortmund sans Vincent Kompany, couché par une méningite et un travail trop intense. Le cas de l’entraîneur belge n’est pas isolé, le risque est connu et de plus en plus présent chez des coachs toujours plus sollicités et incapables de couper.
La scène a de quoi faire peur : Vincent Kompany, déjà touché par un virus, fait un malaise en assistant à un entraînement de l’équipe réserve du Bayern Munich. Depuis, l’entraîneur belge est passé par la case hôpital et a pris du recul sur son activité. S’il ne retrouvera pas les terrains avant fin novembre, c’est sans aucun doute pour le mieux au vu du diagnostic : une méningite. Sur tous les fronts, l’ex-Diable rouge a laissé sa santé se dégrader au profit de son devoir, celui d’entraîner l’une des meilleures équipes du monde. Pour l’ancien roc de Manchester City comme pour les autres, le métier dépasse le cadre du terrain et la quête d’un progrès parfait. Dans un club moins médiatisé, en Ligue 2 à Rodez, Didier Santini doit aussi rester éloigné de son banc après une opération des cervicales. Donnant leur corps et leur tête au football, les voilà qui jouent parfois avec le feu, quitte à frôler le burn-out.
« Les 24 heures d’une journée ne suffisent pas »
La réponse classique sera de dire que les coachs professionnels sont très bien payés, surtout quand c’est dans un club de la trempe du Bayern Munich, mais ce n’est pas une raison pour oublier les jours de repos. Les 35 heures ? Cela n’existe pas. « Il n’y a aucun horaire, confirme l’ancien entraîneur du Toulouse FC Alain Casanova. Les 24 heures, souvent, ne suffisent pas. Ce ne sont pas les trois semaines de repos qu’on a entre deux saisons qui vont changer les choses. »
Un bon dodo et ça repart ? Pas vraiment. « Il y a un manque de sommeil parce qu’il y a des horaires qui ne sont pas réguliers, donc une fatigue chronique », décrit l’ancien du Téfécé. Pour Olivier Dall’Oglio, technicien du Stade brestois entre 2019 et 2021, des solutions sont tout de même envisageables pour protéger la récupération : « Ce n’est pas facile à faire, mais il faudrait certainement avoir un rituel pour passer la meilleure nuit possible : pouvoir s’endormir à heure fixe, être au calme avant d’aller se coucher. »

Si le problème venait simplement de compter les moutons, ce n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. L’un des grands risques auxquels sont exposés les coachs est la charge allostatique, comprenez l’usure biologique du corps. Entre l’enchaînement des matchs, les problèmes relationnels à gérer avec les joueurs ou/et les dirigeants ou encore la constante pression médiatique, les organismes sont mis à rude épreuve. Épreuves qui sont souvent affrontées seul malgré la présence du staff : il est celui qui prend les décisions et qui en assume les conséquences tout en devant garder ses doutes pour lui, c’est ce qu’on appelle « la solitude du pouvoir » d’après l’étude de Jocelyne Fanon. Sans oublier que, peut-être encore plus que pour les joueurs, l’entraîneur doit être bien entouré. « L’entourage, c’est le pilier. C’est quelque chose qui ne doit pas bouger, qui doit être solide. C’est le seul pilier auquel on peut se raccrocher, affirme l’entraîneur notamment passé par la Côte-d’Or. Il faut aussi que cet entourage-là soit sain, que ce soit des personnes qui soient capables de prendre du recul et qui soient de bons conseillers aussi. »
Seul avec trop de monde autour
Les responsabilités ne cessant de s’accumuler, l’entraîneur est contraint de s’isoler à force de dévouer ses heures au football. Franck Haise témoigne dans le prochain numéro de So Foot, à paraître la semaine prochaine : « On est habités, quand même. Il y a plein de moments où ma femme me dit: “Franck, je te parle…” Je sais qu’elle me parle, mais ma tête est parfois ailleurs, dans d’autres pensées, et dans une année de compétition, une réelle coupure est rare. »
Dans les clubs, il faut mettre en place quelque chose, notamment une cellule de décision où on se partage les responsabilités pour alléger un petit peu la surcharge mentale que peut avoir l’entraîneur.
Esseulé par ses responsabilités, l’entraîneur doit faire face à une importante charge mentale. Olivier Dall’Oglio souligne : « Dans les clubs, il faut mettre en place quelque chose, notamment une cellule de décision où on se partage les responsabilités pour alléger un petit peu la surcharge mentale que peut avoir l’entraîneur. Aujourd’hui, c’est lui qui, dès qu’il n’y a pas de résultat, est limogé alors qu’il n’est pas toujours responsable de son effectif avec la multiplication des postes de directeur sportif. Un limogeage reste quand même, quoi qu’il en soit, violent. Ça peut freiner aussi des carrières. On sait pertinemment que l’entraîneur a ses responsabilités, mais il n’a pas toutes les responsabilités des défaites. »
Même José Mourinho semble avoir compris qu’une carrière entière à bouillir au bord de la pelouse pouvait finir par coûter davantage qu’une suspension, comme l’observe Alain Casanova : « Mourinho est plus calme qu’il ne l’a été parce qu’on ne peut pas être tout le temps dans l’exagération et dans la visibilité sur le plan nerveux. Son management doit être différent, les relations avec le club le sont sûrement aussi. »
Apprendre à encaisser sans exploser, déléguer sans avoir l’impression d’abandonner son équipe : voilà peut-être un autre chantier pour ces tacticiens habitués à chercher la faille chez l’adversaire bien plus qu’à reconnaître leurs propres limites. Sauf qu’entre une séance à préparer, un vestiaire à ménager et un prochain match qui arrive toujours trop vite, impossible de trouver le bouton d’arrêt, à écouter l’ancien entraîneur toulousain : « Il y a tellement de passion, on a tellement peur de manquer de temps. On a peur de ne pas être totalement disponible. Un entraîneur a tellement de choses à gérer, 24 heures ne suffisent pas : il est toujours à la limite. » Celle de Vincent Kompany a été dépassée et il faut peut-être le voir comme un nouveau signal d’alerte plutôt qu’une petite méforme passagère.
Loriane Pereira et Suzanne Wanègue
Source : So Foot (France)
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