Plan américain, veto russe : surprise à l’ONU où la mission au Sahara n’est pas reconduite

AFP – Critiquant une « approche unilatérale », la Russie a, dans un revirement inattendu, bloqué le projet de résolution porté par les États-Unis et favorable au Maroc. Pour la première fois, le mandat de la Minurso n’est pas reconduit.

Le mandat de la mission de maintien de la paix de l’ONU au Sahara occidental (Minurso), qui expire ce samedi 31 octobre, n’a pas été renouvelé. Vendredi 30 octobre, les membres du Conseil de sécurité ont appelé à poursuivre les négociations pour assurer l’avenir de cette force mise en place en 1991 et qui comptait 359 personnels civils et militaires en juin 2026, selon son site internet.

Les États-Unis portaient un texte, soutenu par onze membres du Conseil sur quinze, prolongeant la mission pour un an et plaçant le plan d’autonomie marocain au centre du règlement du conflit au Sahara occidental. Depuis cinquante ans, celui-ci oppose Rabat aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie.

Bras de fer entre Moscou et Washington

Ce changement d’approche se serait traduit par la modification du nom de cette force en « Minuso », sans mention d’un référendum sur l’autodétermination de ce territoire, colonie espagnole jusqu’en 1975 puis contrôlé en majeure partie par le Maroc, mais considéré comme un territoire non autonome par l’ONU.

C’était sans compter les rebondissements dont le Conseil de sécurité peut parfois être le théâtre. Critiquant une « approche unilatérale », la Russie – soutenue par la Chine et la Somalie – a finalement bloqué ce projet de résolution et proposé une reconduction du mandat de la mission dans les mêmes termes que précédemment. Les États-Unis ont voté contre et les pays qui soutenaient la résolution américaine se sont abstenus.

Ce veto russe a surpris. Plus tôt cette semaine, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita rencontrait son homologue Sergueï Lavrov, et la cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri était venue représenter le Roi au sommet Russie-Afrique. En 2025, on se souvient aussi que Moscou, qui soutenait traditionnellement Alger, s’était abstenue sur la résolution 2797, qui avait retenu le plan d’autonomie marocain comme base des négociations.

Comment expliquer le durcissement de Moscou ? La relation algéro-russe pèse dans l’équation. Le 28 octobre, Maria Zakharova, la direcrice de l’information du ministère russe des Affaires étrangères, qualifiait l’Algérie de « partenaire majeur en Afrique » et saluait la coordination diplomatique et la coopération militaro-technique. Les échanges bilatéraux ont atteint 3,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 56 %. Le Sahara était par ailleurs au menu des derniers échanges entre Sergueï Lavrov et le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, et, si rien ne permet d’affirmer que le veto ait pu être dicté par Alger, Moscou entend clairement préserver un partenaire stratégique, ses intérêts militaires et énergétiques, et sa capacité à peser face à Washington sur les paramètres du règlement.

Cette posture s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie plus large. Depuis la guerre en Ukraine, la Russie consolide ses positions dans les pays du Sud. Le sommet de Moscou, avec des représentants de 48 pays africains, l’a illustré. L’Afrique est un terrain de compétition pour les ressources, les marchés et l’influence. Moscou défend ainsi sa vision multipolaire et rappelle que Washington ne peut imposer seul les termes d’un règlement.

Déception américaine, satisfaction algérienne, sérénité marocaine

Porteur du projet de résolution, l’ambassadeur américain Mike Waltz a vivement réagi à la décision russe. « Malheureusement […], a-t-il déploré, certains membres de ce Conseil ont utilisé leur veto pour préserver la lettre R – pour le référendum […] que les Nations unies ne se préparent même plus à organiser depuis des décennies ».

Le cabinet royal du Maroc s’est, de son côté, félicité dans un communiqué de la non-reconduction du mandat de la Minurso, y voyant « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations unies », annonce la fin prochaine de la présence de la Minurso sur le terrain et considère que les réunions périodiques du Conseil et les rapports du Secrétaire général n’auront plus lieu d’être. Rabat affirme aussi que plus des deux tiers des États membres soutiennent l’autonomie sous souveraineté marocaine et annonce la poursuite de la dynamique aux niveaux bilatéral et régional, entendant passer de la gestion du différend à un règlement fondé sur l’autonomie.

De son côté, le représentant de l’Algérie à l’ONU, Amar Bendjama, a remercié la Russie « ainsi que tous les pays qui ont choisi de ne pas s’associer à une injustice aussi manifeste ». Il a assuré que l’Algérie continuerait à promouvoir « une solution qui garantisse le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Le représentant du Front Polisario à New York, Sidi Omar, a également exprimé sa « satisfaction » après le rejet du texte américain.

L’an dernier, le Conseil de sécurité avait apporté, sous l’impulsion des États-Unis de Donald Trump, un soutien inédit au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, l’estimant la solution « la plus réalisable », malgré l’hostilité de l’Algérie. Présenté par Rabat en 2007, ce plan prévoit une autonomie sous souveraineté marocaine pour ce vaste territoire désertique, riche en phosphate et aux eaux poissonneuses.

Que peut-il advenir après la décision du 30 octobre ? L’absence de renouvellement de la Minurso ouvre une période d’incertitude institutionnelle. Les suites à donner à la mission et les mécanismes de désescalade devront être clarifiés, alors que la situation sur le terrain reste sensible. Le processus ne disparaît pas pour autant : la bataille diplomatique se déplace davantage vers les capitales, les alliances et la capacité des parties à transformer leurs positions en compromis politique.

Dans ce contexte, Rabat fera plus que jamais valoir la transformation entreprise sur le terrain. Le modèle de développement de ce que les Marocains appellent depuis longtemps les provinces du Sud, lancé en 2015, mobilise actuellement plus de 77 milliards de dirhams pour plus de 600 projets. Le port Dakhla Atlantique, investissement de plus de 15 milliards, était déjà réalisé à 70 % à la mi-septembre 2026, tandis que la route Tiznit-Dakhla, les énergies renouvelables, le dessalement et les infrastructures logistiques doivent connecter le Sud à l’Afrique de l’Ouest et au Sahel. C’est cela que le Maroc va maintenant mettre en avant pour faire évoluer la situation.

 

 

Source : Jeune Afrique avec AFP

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page