Sur les traces de Seydi Hadji Malick Sy en dix lieux marquants

Agence de Presse SénégalaiseLe vénéré El Hadj Malick  Sy, considéré comme un grand diffuseur de l’islam et de la tijaniyya, avait conquis son monde du Waalo à Tivaouane en passant par Saint-Louis, la Mauritanie et les lieux saints de l’islam que sont La Mecque et Médine. Même à Fès (Maroc) où il n’a pourtant jamais mis les pieds, il a laissé une marque indélébile.

En perspective du Mawlid (Gamou) célébrant la naissance du Prophète Mohamed (PSL) prévu le 25 août prochain, l’APS retrace l’itinéraire de Maodo à travers dix grands lieux où il a propagé l’islam et la tjaniyya.

1- Waalo : les premiers pas de Maodo

Le Walo est la première étape de l’itinéraire de Seydi El Hadj Malick Sy. Il a vu le jour dans cette contrée du nord du Sénégal, vers 1855, précisément à Gaé, appelé autrement Gaya, ou  Ndeuw Fall, près de Dagana.

Son père, Thierno Ousmane Sy, de retour de la Mauritanie, a séjourné à Gaya pour poursuivre ses études islamiques auprès d’un érudit du nom de Malick Sow. Il y épousa Sokhna Fawade Wéllé, qui portera l’enfant qu’il ne verra jamais. Mais avant son rappel à Dieu, Thierno Ousmane Sy avait souhaité que le futur garçon porte le nom de Malick Sow.

Orphelin, Maodo, le sage en pulaar, surnom que lui ont donné ses inconditionnels, sera éduqué et élevé par Thierno Malick Sow et son oncle Alpha Mayoro Wellé qui l’a initié à la Tidianiyya.

Plus tard, il grandit et s’installe à Ngambou-Tille, localité située à 14 km de Gaé, son village natal et à 9 km de la ville de Dagana, puis à Ndombo Alarba, village situé à 10 km à l’est de Richard Toll, rapporte Babacar Fall dans son ouvrage “Le travail au Sénégal au XXe siècle”, publié aux éditions Karthala.

Dans “Islam et travail : les marabouts laboureurs et la réhabilitation du travail”, l’auteur rapporte que Seydi El Hadj Malick Sy s’est tourné vers l’exploitation de la terre, entre 1883 et 1888, afin ”d’assurer la prise en charge de sa famille et de sa communauté religieuse organisée en daaras”. C’est avec ses ressources que Maodo a payé son pèlerinage à La Mecque, lit-on dans le chapitre de cet ouvrage intitulé ”Economie de l’arachide et naissance d’un marché du travail”.

2- La Mecque : l’exaucement suprême de ses vœux

Vers 1888, à 33 ans, Celui que l’on appelait jusqu’ici Malick Fawad a effectué le hajj à La Mecque. Son pèlerinage fut une expérience extraordinaire, puisqu’il est intervenu à la suite de récoltes agricoles particulièrement abondantes, et couronna l’un de ses souhaits les plus ardents.

Après être passé par plusieurs étapes et villes, notamment, Alexandrie en Egypte, il est arrivé aux Lieux saints de l’islam où il a séjourné plus d’une année.

Durant son pèlerinage, confie Mansour Diagne, membre du Comité d’organisation au service de Khalifa Ababacar Sy (COSKAS) et responsable de la commission ”Duruus Malikia”, Mame Maodo a formulé trois prières majeures.

Il a d’abord souhaité la préservation de sa descendance et de ses disciples en priant Dieu qu’aucun de ses enfants ou de ses disciples ne soit éprouvé ou rabaissé par la pauvreté ou le besoin, et qu’il n’y ait aucune différence entre ceux-ci. Ensuite, il a prié pour qu’Allah lui accorde une terre bénie et licite où il pourrait s’établir, vivre du fruit de son propre travail et accueillir ses disciples. Enfin, il a demandé que tous les grâces, honneurs et bénédictions qu’Allah lui accorderait soient remis directement entre les mains du Prophète Mouhammad (PSL) afin que ce soit lui qui les lui transmette.

L’on rapporte que ces trois prières ont été ”pleinement exaucées par Allah”, affirme Mansour Diagne.

3- Médine : là où s’est produit un miracle

Lorsqu’il a décidé d’effectuer le pèlerinage aux Lieux saints de l’islam, renseigne Mansour Diagne, Mame Maodo nourrissait l’intention de ne plus retourner au Sénégal et de passer le reste de sa vie entre La Mecque et Médine, afin d’y être enterré aux côtés du Prophète Mouhamed (PSL).Ce désir appelé Al mujâwara ou le voisinage spirituel a animé plusieurs musulmans de cette époque, essentiellement des savants mauritaniens, maliens et sénégalais, qui choisissaient après l’accomplissement du pèlerinage de quitter les siens pour rester à Médine, auprès du mausolée du prophète  pour enseigner ou approfondir leurs connaissances islamiques, donnant naissance plus tard à une importante diaspora subsaharienne entre Mecque et Médine. La littérature évoque notamment la forte personnalité  de Alpha Hachimiyyou Tall, un descendant d’El Hadji Oumar Tall qui a longtemps enseigné à la mosquée de Médine en y laissant une influence intellectuelle durable.

”Cependant, en ce qui concerne El Hadji Malick Sy, un événement marquant s’est produit à Médine. Alors qu’il assistait assidûment aux prières du matin à la mosquée du Prophète, un vénérable vieillard s’est approché de lui en lui disant : ‘En te voyant, je perçois que tu n’as pas l’intention de retourner dans ton pays d’origine. Pourtant, au vu de la clarté de ton savoir, de ta pureté, de ton honnêteté et de ta capacité à guider les gens, sache que si tu retournes chez toi et que tu parviennes à guider ne serait-ce qu’une seule personne vers le droit chemin, cela aura une valeur bien plus immense auprès d’Allah que de rester ici à Médine.”

Comprenant à travers les paroles de ce sage un message et un ordre spirituel du Prophète, El Hadji Malick Sy a décidé de revenir au Sénégal vers la période 1890-1892 afin de se consacrer à l’enseignement, à la guidance et à la transmission de l’islam.

En outre, El Hadji Malick Sy a composé, durant son séjour en Arabie Saoudite, un célèbre poème (Qasida) dédié à La Mecque et à Médine.

4- Mauritanie : à la quête de la formation islamique et spirituelle

Il est impossible de parler de la vie et de l’œuvre de Cheikh Seydi El Hadj Malick sans évoquer son séjour en Mauritanie, communément appelée “Ganar”.

Il s’y est rendu, en effet, pour étudier le Coran, parfaire ses connaissances islamiques et renforcer sa formation spirituelle (tarbiyya).

Autrement dit, son séjour mauritanien avait une motivation exclusivement religieuse.

A cette occasion, il a noué des relations très solides avec d’éminentes personnalités spirituelles avec la descendance de Seydi Muhammad Al-Hafiz Al-Shinqiti et Seydi Muhammad Al-Yaqoubi. Ce dernier, dit-on, détenait des secrets qu’El Hadj Malick sollicitait dans le cadre de sa formation spirituelle.

”Mais par la volonté divine, alors que Mame Maodo les lui demandait, Seydina Cheikh Ahmed Tidjani Chérif est apparu à Seydi Muhammad Al-Yaqoub pour lui dire de lui accorder ce qu’il recherchait”, explique Mansour Diagne.

A son retour au Sénégal, de nombreux dignitaires quittaient la Mauritanie pour venir auprès de Seydi El Hadj Malick Sy pour leur formation spirituelle.

”Beaucoup d’entre eux ont composé de nombreux poèmes en son honneur, pour le louer”, indique M. Diagne, ajoutant que ces relations avec des érudits mauritaniens se sont poursuivies avec sa descendance comme Serigne Babacar Sy, Mame Seydi El Hadj Mansour, Mame El Hadj Abdou Aziz Sy Dabakh, Mame El Hadj Habib Sy, jusqu’à leurs descendants actuels.

Chacun d’eux entretient des liens particuliers avec la Mauritanie, selon Mansour Diagne.

5- Saint-Louis : la naissance de Serigne Babacar Sy et le Gamou de Ndar

 C’est en 1876 qu’El Hadji Malick Sy (1855-1922) s’est installé à Saint-Louis.

Dans cette ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), Maodo rencontra sa première épouse, Sokhna Rokhaya Ndiaye, qui lui donnera des enfants comme Sokhna Fatou Sy (1879, sa fille ainée), Serigne Sidy Ahmed Sy (1882, son fils ainé) et Serigne Babacar Sy (1885-1957), le premier khalife général des tidjianes.

Le ”Gamou de Ndar” est d’ailleurs célébré chaque année en l’honneur de Serigne Babacar Sy, qui, à son tour, s’est résolument inscrit dans la poursuite de la propagation de l’islam et de la confrérie tidjane.

Saint-Louis reste une ville où la tijaniya est bien implantée. La preuve par la construction de la zawiya en 1892.

C’est dans un contexte de fortes pressions des autorités coloniales, déterminées à endiguer la propagation de l’islam qu’El Hadj Malick Sy a choisi de se retirer avec sa famille et ses principaux disciples dans le village de Ndiarndé, d’après Sebastiano D’Angelo, auteur de ”Politique et marabouts au Sénégal : 1854-2012”, publié aux éditions Academia.

Ce chercheur en sciences politiques et sociales à l’université catholique de Louvain, en Belgique, ajoute que Maodo est resté à Ndiarndé pendant sept ans à former des érudits à même de poursuivre l’œuvre de dissémination de l’islam et de la tarikha tijaniya.

6- Ndjarndé : l’école des muqaddams pour la dissémination de l’islam et de la tijaniyya

La localité de Ndiarndé a servi de base de lancement à partir de laquelle El Hadj Malick Sy a entrepris son travail de propagation de l’islam et de la tijanya.

Situé dans l’actuel département de Tivaouane, à 25 km à l’est de Kelle et à 10 km de Pékesse, Ndiarndé a accueilli Maodo qui y a peaufiné sa stratégie de formation des formateurs. C’est ainsi qu’il y a formé 999 muqaddams, tous des érudits, qu’il a disséminés partout au Sénégal et dans la sous-région pour répandre l’islam et la tijanya, assurent ses biographes.

Dans le livre ”Le travail au Sénégal au XXe siècle” de Babacar Fall, El Hadji Rawane Mbaye rapporte des témoignages selon lesquels El Hadj Malick Sy ”a préféré courtoisement décliner les offres d’hospitalité pour aller s’établir à Ndiarndé (…)”. Ce n’est qu’en 1902 qu’El Hadj Malick Sy a décidé de quitter Ndiarndé pour s’installer à Tivaouane, oû il séjournait régulièrement pour des séances d’explication (tafsir) du Coran.

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Source : Agence de Presse Sénégalaise – (APS)

 

 

 

Suggestion Kassataya.com :

Être apte à contempler le Réel durant le Mawlid

 

 

 

 

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