
Agence Ecofin – Après deux années marquées par la révélation de dettes jusque-là non déclarées, la dégradation de la note souveraine et un recours accru au marché régional, le Sénégal cherche à stabiliser ses finances publiques. Le retour du FMI intervient alors que le pays fait face à d’importantes échéances de remboursement.
🇸🇳💰 SÉNÉGAL–FMI : ACCORD POUR UN NOUVEAU PROGRAMME DE 2,2 MILLIARDS $
Le Sénégal et le FMI sont parvenus à un accord au niveau des services pour un programme de 36 mois, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars.
Point majeur : le Sénégal prévoit également de solliciter… pic.twitter.com/IFwdIHasga
— Momar Assane (@Noo_IDcard) September 1, 2026
Le Sénégal a franchi mardi 1er septembre, une étape longtemps attendue en trouvant avec les services du Fonds monétaire international (FMI) un accord sur un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Mais l’autre annonce importante de la journée concerne la dette : Dakar a indiqué qu’il allait demander le traitement d’une partie de son endettement.
Ce que change réellement l’accord avec le FMI
L’accord porte sur une Facilité élargie de crédit de 36 mois pour 1,537 milliard de droits de tirage spéciaux, soit environ 2,2 milliards de dollars et 475 % de la quote-part du Sénégal au FMI. Il reste soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du Fonds.
Le Sénégal doit également mettre en œuvre des mesures correctives liées aux anciennes déclarations erronées de dette et obtenir les assurances de financement nécessaires de ses partenaires. Le FMI estime en outre que le programme devrait permettre de mobiliser des ressources supplémentaires auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres bailleurs de fonds.
Au taux de change du 1er septembre, les 2,2 milliards de dollars représentent environ 1 244 milliards FCFA. Une enveloppe importante, mais à mettre en perspective avec les besoins de financement inscrits au budget 2026, qui atteignent 6 075 milliards FCFA.
Les deux montants ne sont cependant pas directement comparables : les ressources du FMI doivent être décaissées sur trois ans et non versées intégralement en 2026. L’intérêt du programme est donc moins de couvrir à lui seul les besoins immédiats de Dakar que de remplacer une partie des financements coûteux par des ressources concessionnelles et de rouvrir l’accès à d’autres bailleurs.
L’enveloppe est également supérieure à celle du précédent programme. En 2023, le FMI avait approuvé environ 1,53 milliard de dollars dans le cadre de deux facilités, auxquels s’ajoutaient quelque 327 millions de dollars au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité, soit environ 1,85 milliard au total. Le nouveau dispositif est ainsi près de 19 % plus important, même si sa structure diffère.
L’accord répond directement à l’un des risques signalés quelques jours plus tôt par Moody’s. En abaissant le 28 août la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, l’agence avait estimé que l’absence prolongée de programme avec le FMI avait accru la dépendance de Dakar au marché régional pour couvrir des besoins bruts de financement équivalents à environ 25 % du PIB, augmentant à la fois les coûts d’intérêt et le risque de refinancement.
Le retour du FMI réduit donc une partie de cette pression. Il ne règle toutefois pas le problème de fond : Moody’s situe la dette publique autour de 100 % du PIB sur son périmètre de référence et estime qu’elle devrait rester proche de ce niveau jusqu’en 2028. Les intérêts absorbent désormais 23,7 % des recettes de l’État, contre 16,1 % en 2023.
Le périmètre du traitement reste à définir
Dans un communiqué séparé, le gouvernement a annoncé le lancement de son Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) et informé ses créanciers officiels de son intention de recourir à une version qu’il souhaite améliorée du Cadre commun du G20.
Une limite importante a déjà été fixée : la dette libellée en francs CFA est exclue du traitement. Dakar entend ainsi préserver le marché régional, devenu l’une de ses principales sources de financement depuis que l’accès aux marchés internationaux s’est fortement renchéri.
Le périmètre exact de l’opération reste toutefois inconnu. Le gouvernement n’a encore précisé ni les créances concernées, ni le montant visé, ni les modalités envisagées.
La stratégie officielle de dette évaluait à fin 2024 la dette extérieure à 16 160,5 milliards FCFA, soit 81,2 % du PIB selon ce périmètre. Environ 51 % de cet encours était concessionnel ou semi-concessionnel et 49 % commercial, les euro-obligations représentant 18,3 % de la dette extérieure.
Ces chiffres ne permettent cependant pas de déduire le montant qui sera effectivement concerné par le PTDS. Un traitement peut aller d’un simple allongement des échéances à une opération entraînant une perte économique plus importante pour les créanciers.
Ce que les créanciers risquent réellement de perdre
Pour les investisseurs internationaux, l’annonce du 1er septembre n’est pas entièrement une surprise. Les obligations sénégalaises s’étaient nettement dégradées avant même que le gouvernement ne confirme son intention de traiter une partie de la dette. À la mi-juillet, la plupart des obligations internationales du Sénégal s’échangeaient déjà entre 52 et 58 cents pour un dollar de valeur nominale, des niveaux caractéristiques d’une dette en difficulté.
Le 1er septembre, quelques heures avant la publication de l’accord avec le FMI, l’obligation en dollars arrivant à échéance en 2031 a encore perdu 1,2 cent pour tomber à 50,4 cents, son plus bas historique selon des données Tradeweb citées par Reuters. Les autres euro-obligations sénégalaises reculaient également, les investisseurs anticipant qu’une restructuration pourrait être annoncée.
Le marché avait donc déjà intégré une partie du risque. La question est désormais de savoir quelle perte économique les créanciers pourraient devoir supporter.
Dans un scénario où le traitement viserait principalement à réduire les tensions de liquidité, Moody’s associe la notation actuelle du Sénégal à une perte en cas de défaut de l’ordre de 10 % à 20 % pour les créanciers privés.
Il ne s’agirait pas nécessairement d’une réduction équivalente du principal. La perte économique peut aussi résulter d’un allongement des échéances, d’une baisse des taux d’intérêt ou d’autres modifications des flux de remboursement futurs. L’agence prévient toutefois que les pertes pourraient être nettement plus importantes si le Sénégal devait recourir à une restructuration plus profonde.
La publication des modalités du PTDS sera donc déterminante. Une opération concentrée sur l’allongement des échéances et la réduction du service annuel de la dette n’aurait pas les mêmes conséquences pour les détenteurs d’euro-obligations qu’une réduction importante du principal.
Idriss Linge
Source : Agence Ecofin



