Le 360.ma – Déjà concurrencée par la farine de poisson qui consomme 60% des captures, l’industrie de la pêche n’en finit pas d’enregistrer des pertes dues à la coupure d’électricité provoquée par l’incendie de deux transformateurs en août dernier à Nouakchott. Cependant, le rétablissement du courant est contrarié par des délestages pouvant durer jusqu’à 18 heures. La menace de faillite plane sur de nombreuses unités industrielles de congélation de poisson.
L’incendie de deux transformateurs, qui s’était déclaré fin août, a privé d’électricité pendant plusieurs jours six communes sur les neuf que compte la capitale.
Une panne qui a gravement impacté une cinquantaine d’usines de traitement et de congélation de poissons implantées sur la plage des pêcheurs de Nouakchott. Les pertes ont atteint un tel niveau, disent ces industriels, que la faillite menace plusieurs dizaines d’opérateurs.
Une situation face à laquelle le Comité des Usiniers de la Fédération Nationale des Pêches (FNP) Section Sud, a décidé de réagir et saisi le président de la République, le premier Ministre, le ministre de la Pêche et des Infrastructures maritimes, celui de l’Energie et le directeur général de la Société Mauritanienne d’Électricité (SOMELEC). Un véritable cri d’alarme.
Dans leurs courriers, les affiliés à FNP font état «de pertes considérables de stocks de poissons et une importante dégradation de la qualité des produits. Plusieurs usines ne disposant pas de groupes électrogènes ont subi des détériorations et même perdu une partie des produits« .
Cependant, le rétablissement progressif du courant électrique est contrarié par des coupures intempestives pouvant durer 18 heures.
Béchir Hassena, responsable du Comité des Usiniers, note «un retour à la normale au à Nouakchott mais cela n’est pas suffisant, car ce retour est marqué par des délestages, qui durent parfois jusqu’à 15 heures. Ce qui est impossible à supporter pour nous, car, nous travaillons dans une industrie très particulière, avec des denrées hautement périssables et un fort besoin d’énergie. Des tunnels et chambres de stockage dont l’approvisionnement ne peut pas être assuré par un seul groupe électrogène».
Abidine Sidati, usinier, parle d’une situation critique qui nécessite une intervention des plus hautes autorités pour sauver les industries de pêche et éviter la perte de plusieurs milliers d’emplois, directs et indirects.
Enfin, Mohamed Abdallah, vendeur de poissons venu de Nouadhibou avec 1000 cartons de poissons a été durement touché par la longue coupure d’électricité. Il explique avoir perdu 700 cartons de poissons.
Le sous-secteur était déjà sous pression, avec le problème de la farine de poissons. La production d’un kilogramme de farine de poisson nécessite entre 6 et 7 kg de poisson frais. En Mauritanie, les quantités transformées en farine représentent plus de 60% de la capture totale de petits pélagiques.
D’après Greenpeace, la Mauritanie, dotée de 700 kilomètres de côte, est le premier exportateur de farine et d’huile de poisson, et le principal fournisseur du marché européen. Le pays produit plus de 110.000 tonnes de farine de poisson, dont 18% sont exportées vers l’UE, mais aussi près de 35.000 tonnes d’huile de poisson, dont plus de 70% sont destinées à l’UE.
La pêche représente 10% du PIB de la Mauritanie et le deuxième produit d’exportation après le minerai de fer.
Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)
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