
Seneplus – Le Monde Diplomatique, dans son édition de ce mois de juillet 2026, revient sur les traumatismes non refermés et les fractures socio-économiques de la Namibie contemporaine, un siècle après le premier génocide du XXe siècle. En centrant son récit sur les commémorations et les débats parlementaires d’avril 2026, la journaliste Clotilde Revel met en lumière le sentiment d’abandon des minorités Héréros et Namas, doublement marginalisées par l’ancienne puissance coloniale allemande et par le pouvoir politique namibien actuel.
L’article s’ouvre sur un vif face-à-face à l’Assemblée nationale namibienne, où l’opposition interpelle la cheffe de l’État sur la disproportion flagrante entre les réparations versées par l’Allemagne aux rescapés de la Shoah et l’aide au développement dérisoire proposée à la Namibie. Entre 1904 et 1908, les troupes impériales allemandes ont exterminé environ 80 % des Héréros et 60 % des Namas à la suite de révoltes contre la spoliation de leurs terres. Les méthodes comprenaient des massacres directs, l’empoisonnement des points d’eau dans le désert et l’internement dans des camps de concentration, notamment celui de Shark Island à Lüderitz.
Le Monde Diplomatique revient sur la persistance de ce passé colonial dans l’espace public et économique. À Shark Island, les stèles à la mémoire des bourreaux allemands côtoient encore des aires de camping, une situation jugée impensable dans les camps de la mort européens. Plus grave encore, la déclaration conjointe de 2021 entre Berlin et Windhoek, qui prévoit une enveloppe de 1,1 milliard d’euros sur trente ans sous forme d’aide humanitaire, est rejetée en bloc par les autorités traditionnelles autochtones. Ces dernières dénoncent l’absence des mots « réparations » ou « compensations » et le refus de traiter la question cruciale de la redistribution des terres. Aujourd’hui, près de 70 % des terres arables du pays restent la propriété de fermiers blancs descendants de colons, tandis que les Héréros et les Namas survivent grâce à l’élevage communal ou à des emplois subalternes.
À cette paupérisation historique s’ajoute une nouvelle forme d’exclusion face aux grands bouleversements industriels de la Namibie. Le pays s’apprête à accueillir de gigantesques projets d’hydrogène vert financés par l’Europe et à exploiter de gisements de pétrole offshore. Or, les Namas assistent impuissants à l’octroi de concessions à des entreprises à capitaux allemands sur leurs terres ancestrales confisquées, craignant que l’extension des ports industriels ne défigure leurs sites sacrés.
Clotilde Revel décrypte ainsi une fracture politique interne. Le gouvernement namibien, dominé depuis l’indépendance de 1990 par la communauté majoritaire Ovambo via le parti Swapo, privilégie une rhétorique d’unité nationale (« Une Namibie, une nation ») pour éviter les lignes de faille ethniques. Ce choix politique a pour conséquence de reléguer au second plan les demandes spécifiques des peuples victimes du génocide. Même l’instauration récente en 2025 d’une journée de commémoration nationale est contestée par les chefs traditionnels, qui la jugent imposée sans concertation.
Malgré ce sentiment d’injustice face à un État accusé de ne pas défendre leurs intérêts, les leaders autochtones trouvent un second souffle dans la diplomatie continentale. Le 15 février 2026, l’Union africaine a adopté une résolution historique qualifiant le colonialisme et les déportations de crimes contre l’humanité. Un levier politique international qui renforce la détermination des Héréros et des Namas à poursuivre un combat judiciaire de longue haleine pour obtenir une justice directe et équitable.
Source : Seneplus (Sénégal)
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