Mon épouse Frédérique et moi avons quitté Nouakchott pour un séjour de quelques jours au Sénégal, en passant par le poste frontalier du barrage de Maka-Diama. À l’aller, toutes les formalités administratives – tant du côté mauritanien que sénégalais – s’étaient déroulées sans aucun tracas. En prévision de notre retour, Fréd, qui est d’origine étrangère, avait demandé et obtenu la validation d’un nouveau visa d’entrée en Mauritanie, délivré trois jours après sa demande.
Comme à l’accoutumée au pays de la Teranga, notre escapade à N’Dar (Saint-Louis) puis à Saly la petite côte fut superbe et empli de souvenirs… Pour notre retour, le 14/06/2026, nous étions à la fois heureux et sereins de regagner notre chez-nous à Arafat. Du côté sénégalais, les formalités de passage se sont passées sans encombre, comme une lettre à la poste. Puis, la barrière mauritanienne s’est levée pour se rabattre derrière nous à 17 h 40. Le policier chargé d’ouvrir et fermer ce passage m’a alors prié de faire vite, car la fin de service approchait. Documents en main – ma pièce d’identité nationale de la R.I.M., la carte grise du véhicule et le passeport de mon épouse –, je me suis présenté au guichet à 17 h 45 précises.
Le policier m’a interrogé sur le visa papier de Frédérique. J’ai alors ouvert mon téléphone pour lui montrer la photographie du formulaire reçue sur WhatsApp. C’est là que ce monsieur, vêtu d’un polo et d’un pantalon kaki, et son collègue, en chemise bleue arborant trois V inversés argentés sur les épaulettes, m’ont rétorqué avec désinvolture que quinze *15* minutes ne suffiraient pas pour finaliser nos formalités de passage… J’ai eu beau insister et les supplier de ne pas nous laisser dans cet environnement dépourvu de toute commodité et d’hygiène (aucun hébergement, aucune restauration, pas de toilettes ni de commerces ouverts après 18 h du côté mauritanien, et la ville la plus proche nécessitant une traversée en pirogue motorisée), ces deux agents zélés ont refusé catégoriquement de faire leur travail. Leur motif fallacieux ?
Le temps insuffisant, ajouté à un ordre du Wali de la wilaya du Trarza stipulant que tout s’arrête à 18 h tapantes jusqu’au lendemain. Malgré une connexion instable, j’ai immédiatement contacté mon réseau à Nouakchott. Mon premier interlocuteur, en réunion, m’a demandé de passer le policier en polo kaki. Après les salutations d’usage et une minute de conversation, le téléphone m’a été rendu sans qu’aucune solution n’ait été esquissée. J’ai ensuite joint par WhatsApp un deuxième contact, dont le neveu est gradé dans les services de sécurité : « Ne t’inquiète pas, un policier va te contacter sans tarder », m’a-t-il dit. Hélas, ce haut responsable s’est adressé par erreur au poste du bac de Rosso, alors que nous étions bloqués à l’autre bout, à Maka-Diama.
Dans un élan de dernière chance, j’ai appelé un troisième haut placé, qui m’a répondu, impuissant : « J’ai contacté le Wali, il ne peut rien faire. » Pendant ce temps, mon épouse attendait dans la voiture garée dans l’enceinte administrative, la barrière métallique baissée derrière nous. Apercevant et reconnaissant le chargé de l’état civil…, je me suis présenté à lui et monté la photo du visa de Frédérique sur mon écran. Mais tout semblait bloqué, sans issue. Face à cette situation inédite, j’ai un instant pensé à éclater de colère publiquement pour exprimer mon indignation. Voyant ma détresse, Fréd m’a supplié de rester calme, d’autant que son vol de retour pour la France était prévu pour le 16/06/2026 vers 23 h.
Nous étions toujours pris au piège dans cet « enclos ». C’est alors que le policier zélé s’est approché, faussement gentil : « Je vais essayer de trouver une solution, mais en attendant la réponse de ma hiérarchie, faites sortir votre voiture de l’enceinte. » Sans déceler la fourberie de cet énergumène, j’ai obtempéré et garé mon véhicule à 30 centimètres de la barrière, côté zone neutre. Quelques minutes plus tard, il est revenu, m’a dévisagé et a lâché : « Désolé, je n’ai rien pu faire. » Le sang n’a fait qu’un tour. Je lui ai dit fermement : « La pire des situations pour un citoyen mauritanien est d’avoir affaire à un compatriote qui détient une once d’autorité dans l’administration de notre pays. »
Pointant un doigt accusateur vers moi, il a répliqué : « Tu me manques de respect ! » Ce à quoi j’ai répondu, d’un ton plus haut : « Tu n’es pas digne de respect, et encore moins de servir notre pays… Ahkam eydak (retiens ta main) ! » Frédérique continuait de me prier de garder mon calme. Pour parer au plus pressé et affronter la nuit qui s’annonçait, mon vieil instinct de galérien-baroudeur a repris le dessus. Juste avant la fermeture des rares boutiques, j’ai acheté une grande moustiquaire de trois places et deux matelas fins. J’ai improvisé un couchage avec des oreillers de fortune, utilisant mon boubou et des serviettes de bain en guise de couvertures. Nous nous sommes installés pour une nuit bruyante, froide et infestée de moustiques qu’aucune protection ne parvenait à arrêter. Une nuit inconfortable, déplorable et mémorable, causée par le seul excès de zèle de ces fonctionnaires.
Quelle ironie du sort ! J’ai eu l’honneur et le grand privilège de faire partie des ouvriers employés par la Société Générale d’Entreprise (S.G.E) 1981/1982 , qui ont construit ce barrage de Maka-Diama, à une époque où l’endroit n’était que marécages boueux envahis par les plantes et les serpents. Ce barrage, nous, Mauritaniens, Sénégalais et Maliens, ont édifié cet ouvrage par notre savoir être et notre savoir faire avec ferveur et enthousiasme, pour le bien-être de nos peuples… Au cœur de cette terrible épreuve nocturne, une lueur d’humanité est apparue : un policier en boubou m’a aidé à recharger nos téléphones en nous prêtant son propre équipement. Le lendemain matin, il était en tenue impeccable et a dit avec bienveillance : « Surtout, veille sur notre belle-fille pour qu’elle garde une bonne image de sa belle-mère, la Mauritanie. » Cette délicate attention a pansé une partie de mon amertume. Le lendemain, à 7 h 30, le poste s’est animé et l’administration a ouvert ses portes. Pour notre couple, les formalités ont duré à peine vingt minutes chrono. Ce léger retard était d’ailleurs dû à un câble de connexion défectueux de l’agent de l’état civil ; j’ai dû aller chercher dans ma voiture mon propre câble pour rétablir le lien entre son téléphone et son ordinateur ! Une fois les documents en règle, nous avons repris la route, empruntant les dédales d’une piste de 18 km vers le port de N’Diago, avant de retrouver le bitume en direction de Keur Macène et Nouakchott.
Cette expérience scandaleuse n’étonnera aucun des voyageurs, nationaux ou étrangers, qui empruntent ces points de passage et se heurtent parfois à l’arrogance de certains fonctionnaires. En racontant cette mésaventure à un ami, celui-ci s’est étonné : « Depuis quand es-tu si obéissant ? » Il faut dire que la présence de mon épouse, qui devait prendre son avion le soir même, alliée à mon âge avancé, m’a assagi. Une altercation plus grave aurait pu bloquer la situation et aggraver l’inconfort de Frédérique, après ces merveilleuses vacances ALHAMDOULILAH ! Le 15/06/2026, aux environs de 13 h 30, nous sommes arrivés sains et saufs à Nouakchott, l’esprit libéré de l’amertume, mais marqués à jamais par le souvenir de cette nuit épouvantable. Frédérique est bien arrivée à Paris, ce matin 17/06/2026. Mais ce témoignage reste que ce dysfonctionnement mérite d’être dénoncé.

La moustiquaire de cette nuit d’épouvante
Baba Ould JIDDOU
17/06/2026
(Reçu à Kassataya.com le 18 juin 2026)
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