
Le 27 octobre 2026 dernier Thiam Tijani, nouveau directeur général de la SOMELEC, signe une note administrative en arabe. Un acte de gestion qui aurait pu rester ce qu’il était une décision concernant l’organisation interne de l’entreprise. Mais, dès le lendemain, le site arabophone Tahdith présente l’utilisation de cette langue comme une première dans l’histoire de la société. Une affirmation spectaculaire, qui aurait mérité une vérification avant publication.
Dans les réactions, les lectures identitaires ont rapidement pris le dessus. Certains défenseurs d’une arabisation à outrance auraient salué une victoire historique. À l’inverse, dans certains milieux attachés au français, le même document a suscité incompréhension et critiques contre le nouveau directeur général, jusque dans son identité de Négro-Mauritanien comment pouvait-il, lui, « imposer l’arabe » ?
Ces deux lectures opposées reposent pourtant sur une même prémisse : Thiam Tijani aurait introduit une pratique jusque-là inconnue à la SOMELEC. Or, les archives contredisent cette présentation.
Le 16 mars 2020, le journal Mourassiloun publiait déjà, photographie à l’appui, une circulaire interne en arabe émanant de la direction générale de la SOMELEC, alors dirigée par Mohamed Aly Ould Sidi Mohamed. Consacrée à la prévention du coronavirus, elle adressait des instructions aux travailleurs lavage des mains, interdiction de préparer et de distribuer du thé et du café dans les locaux, limitation des réunions. Le document portait une signature et le cachet de la direction générale. Il ne s’agissait donc ni d’une traduction journalistique ni d’un simple message destiné aux usagers. C’était bien une instruction interne rédigée en arabe, plus de six ans avant la note aujourd’hui présentée comme historique.
Le français était lui aussi employé dans les documents internes. Une note de service du 10 mai 2023, signée par le directeur général Cheikh Abdallahi Ould Bedda et consacrée à l’évolution des carrières du personnel, en fournit un exemple vérifiable. Sa reproduction accompagne un article publié par Atlas Info le 22 mai 2023. Il y a l’usage des deux langues dans les instructions internes de l’entreprise, bien avant l’arrivée de Thiam.
Voilà comment une décision ordinaire peut devenir le support d’une bataille symbolique , une « première historique » est annoncée sans précédent documentaire sérieusement examiné, puis chacun y projette ses convictions, ses inquiétudes ou ses revendications. On peut défendre l’arabe, être attaché au français et discuter de la place des langues nationales dans nos institutions. Ce débat mérite mieux qu’une affirmation démentie par une archive accessible. De même, l’identité d’un directeur général ne devrait jamais lui assigner une langue ni déterminer à l’avance le sens de chacun de ses actes.
Quant à Thiam cette seule note ne suffit à faire de lui ni le pionnier de l’arabisation de la SOMELEC ni l’instigateur d’une rupture linguistique. Son action devra être appréciée sur des décisions et des résultats , qualité du service, continuité de l’électricité, transparence et gestion de l’entreprise. Avant de célébrer une révolution ou de dénoncer une trahison, encore faut-il vérifier qu’un changement a réellement eu lieu. Ici, une circulaire de 2020 suffit à faire tomber le récit de la nouveauté historique.



Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur
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