Afrik.com – La région mauritanienne du Hodh Ech-Chargui accueille désormais près de 290 000 réfugiés maliens, un total en forte progression depuis 2023. Dans des témoignages publiés ce 15 septembre, Amnesty International documente le calvaire des populations poussées à quitter leurs villages par les groupes jihadistes, tout en étant soupçonnées de complicité par les forces armées maliennes.
Le camp de Mbera, situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière malienne, a ouvert en janvier 2012 pour accueillir les premiers réfugiés fuyant l’offensive des groupes armés dans le nord du Mali. Une bonne partie de sa population y vit depuis cette date.
Quinze ans de crise
La situation s’est aggravée ces dernières années. Le HCR a enregistré plus de 112 000 arrivées maliennes en Mauritanie sur la seule année 2024. Mbera, prévu pour environ 70 000 personnes, en héberge aujourd’hui près de 120 000. Le camp a cessé d’être l’unique point de chute et des dizaines de milliers de réfugiés se sont installés dans plus de 70 villages et localités du Hodh Ech-Chargui.
En juillet 2026, le HCR recensait environ 290 000 réfugiés maliens dans cette région, selon des chiffres cités par Amnesty International. L’arrivée continue de nouvelles familles pèse sur l’accès à l’eau, à la nourriture, aux soins et à l’éducation dans une des zones les plus pauvres du pays. Le HCR estime les perspectives de retour massif au Mali très faibles pour l’instant.
Des villages vidés sous la contrainte
Recueillis en 2025 et 2026, les témoignages d’Amnesty International montrent une évolution dans la nature de cet exode. L’organisation décrit des habitants pris entre les exigences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), de l’État islamique au Sahel, et les opérations menées par les forces maliennes et leurs alliés.
Husseini, ancien éleveur originaire de la région de Ségou, a fui vers la Mauritanie en octobre 2024. Il raconte comment son village a d’abord été soumis aux règles imposées par les jihadistes avec le paiement de la zakat, restrictions vestimentaires pour les femmes, pression sur les familles, vols de bétail. Cette cohabitation forcée a ensuite éveillé les soupçons de l’armée malienne et de Wagner. « C’est cette soumission que nous a reprochée ensuite l’armée et Wagner », témoigne-t-il auprès d’Amnesty. Les jihadistes ont fini par ordonner aux habitants de partir. « Aujourd’hui, on n’a plus rien », résume-t-il.
D’autres récits évoquent de véritables ultimatums. Ahmadou, originaire de la région de Tombouctou, raconte que des hommes du GSIM ont donné 24 heures aux habitants de son village pour quitter les lieux. Quatorze personnes auraient été tuées en tentant de fuir, selon son témoignage recueilli par Amnesty. Le village est aujourd’hui déserté : « Il n’y a plus personne à part les oiseaux. »
De nouvelles arrivées depuis fin 2025
Le mouvement se poursuit. Une nouvelle vague d’arrivées a démarré le 24 octobre 2025. Au 21 mai 2026, le HCR avait identifié plus de 14 400 nouveaux réfugiés dans le Hodh Ech-Chargui depuis le début de cette vague, soit plus du double du total enregistré quelques mois plus tôt. L’organisation signale aussi que l’insécurité et les restrictions de circulation empêchent certaines familles d’atteindre la frontière.
Les témoignages recueillis par Amnesty donnent un sens à ces chiffres. Dans plusieurs régions du Mali, des communautés entières décrivent un départ forcé, loin de leurs terres, de leur bétail et de leurs moyens de subsistance.
La Mauritanie a maintenu jusqu’ici une politique d’accueil ouverte. Elle doit désormais penser l’intégration de plusieurs centaines de milliers de réfugiés maliens, alors que leur retour paraît chaque année plus incertain.
Source : Afrik.com
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




