La grâce présidentielle qui vient d’être accordée aux honorables Ghamou Achour Salem et Mariem Cheikh Samba Dieng, sous un prétendu esprit de clémence et de tolérance, est loin de constituer une amnistie, contrairement à l’image que certains cherchent à projeter. Si ces deux mécanismes répondent, chacun à leur manière, à des considérations de justice ou d’intérêt général, leurs effets juridiques sont fondamentalement différents. Cette distinction mérite d’être clairement rappelée.
L’amnistie, qui résulte d’une loi adoptée par le pouvoir législatif, efface l’infraction sur le plan juridique. Elle met fin aux poursuites, efface la condamnation ainsi que ses conséquences et, dans les conditions prévues par la loi, rétablit pleinement les droits de la personne concernée.
La grâce présidentielle, en revanche, est un acte de clémence relevant du chef de l’État. Elle se limite à réduire ou à supprimer tout ou partie de la peine. Contrairement à l’amnistie, elle ne remet nullement en cause l’infraction, la condamnation ou la culpabilité reconnue par la justice. La condamnation demeure donc, en principe, inscrite au casier judiciaire, sauf disposition légale contraire.
Si la grâce présidentielle permet aujourd’hui à Ghamou et Mariem de recouvrer leur liberté, elle est loin de réparer l’injustice flagrante dont elles ont été victimes. Les faits qui leur ont été reprochés apparaissent comme le résultat d’une procédure profondément contestable, dont le caractère politique est difficile à ignorer. L’application de la procédure de flagrant délit, malgré leur immunité parlementaire — soulève à elle seule de sérieuses interrogations sur le respect des garanties fondamentales de l’État de droit.
Certes, le temps qu’elles ont déjà passé en détention est malheureusement irréversible. Toutefois, si l’intention du Président de la République, Mohamed Ould Ghazouani, est véritablement de réparer le préjudice injustement subi par ces deux députées, la grâce présidentielle ne devrait être considérée que comme un premier pas : celui qui a permis leur libération immédiate.
Il appartient désormais aux autorités d’accomplir un second acte, plus conforme aux exigences de la justice : l’adoption d’une amnistie — qui effacerait l’infraction, la condamnation et toutes leurs conséquences juridiques, afin que Ghamou et Mariem puissent recouvrer pleinement leurs droits civiques et politiques ainsi que leur honneur. Car, réparer une injustice en partie n’est pas rendre justice ; c’est en faire une parodie. Donc la clémence ne suffit pas.
À défaut d’une telle mesure, beaucoup seront tentés de voir dans cette affaire la confirmation d’une stratégie soigneusement élaborée visant à les neutraliser politiquement en les privant de représenter les citoyens qui les ont démocratiquement élues à l’Assemblée nationale.
J’ose espérer que le Président saisira cette occasion historique pour aller au-delà d’un simple geste de clémence et poser un véritable acte de justice, à la hauteur des principes de l’État de droit et de la réconciliation nationale.
Quelle que soit la décision qui sera finalement prise, une chose demeure certaine : les honorables Ghamou Salem Achour et Mariem Cheikh Samba Dieng poursuivront leur engagement avec encore plus de détermination, de courage et de conviction. Car, pour elles, la défense de la justice, de la dignité humaine et de l’égalité n’est pas un choix de circonstance — mais la mission de toute une vie.
Bakary Tandia, Human Rights Advocate
New York City, July 10, 2026
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