
So Foot – Arrivé aux États-Unis avec humilité et ambition, Didier Deschamps est parvenu à souder un groupe renouvelé et à qualifier l’équipe de France pour une troisième demi-finale de Coupe du monde d’affilée. Comme en 2018 et 2022 ? En plus plaisant.
Il a bien quelques détracteurs. Quelques apôtres qui critiquent son football, qui rappellent que « finalement, il n’a gagné qu’une Coupe du monde comme sélectionneur », qu’on « ne retiendra rien de son jeu » et qu’« avec ce vivier, gagner-c’est-la-moindre-des-choses ». Eux, ce sont les critiques de Didier Deschamps. En forme olympique après la défaite en Croatie, il y a un an, chauds après le nul en Islande, en octobre, seulement, et même revigorés par la défaite amicale face à la Côte d’Ivoire début juin, ils se font discrets cet été. Penauds, ils constatent que les Bleus gagnent, encore et encore. Pour la troisième fois d’affilée, la bande de DD file en demi-finales de Coupe du monde après sa victoire plutôt aisée contre le Maroc (2-0). Cette prouesse seulement accomplie par l’Allemagne entre 2002 et 2014. Les détracteurs se font discrets. Certains éprouveraient même du plaisir. Signe que Didier Deschamps a changé ? Ou que ses Bleus n’ont jamais aussi bien joué.
Festin offensif
Quoiqu’il – comme disent les jeunes –, DD achèvera son long mandat par 187 matchs avec les Bleus. Les deux derniers matchs raconteront plus de choses que la victoire française contre le Maroc, mais ce jeudi soir, la France a franchi sans être inquiétée les quarts de finale de la Coupe du monde, ce passage à niveau qui distingue une compétition correcte d’une bonne compétition. Surtout, c’est la notion de bonheur qui transparaît dans ses dernières prises de parole. Endeuillé par la perte de sa mère à la fin du mois de juin, le Basque semble revigoré par l’énergie qui se dégage de son groupe : « Je suis heureux d’un point de vue personnel, mais aussi très heureux de les voir prendre du plaisir. L’aventure humaine est aussi importante et être au quotidien avec ces hommes-là, c’est un bonheur. »
Fabriquer les émotions et les partager.
Cet été, cette grandeur est magnifiée par la puissance offensive des Bleus. Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, enfin avec les Bleus, Michael Olise, mais aussi Désiré Doué et Bradley Barcola sont tous à la hauteur de leur statut. Michael Olise et ses potes ont généré 3,24, 1,45 et 3,05 xG lors des trois matchs à élimination directe, statistiques qui racontent plus le feu dans leurs guiboles que la relative faiblesse défensive de leurs adversaires.

Cette impression de puissance offensive n’a pas été observée lors des précédents Mondiaux, hormis lors de l’incroyable France-Argentine en 2018. Si le nombre de buts bruts inscrits par compétition devrait le confirmer (10 buts en 2014, avec deux matchs en moins, 14 en 2018, 16 en 2022, et 16 cet été série en cours), ces Bleus transmettent plus d’émotions que durant les précédents mondiaux de DD. « On a l’habitude d’être très solide défensivement avec Deschamps, mais là, on a cette force offensive, donc il faut accepter certains déséquilibres. On a tellement de talent », confirmait après les quatre buts inscrits contre la Norvège Grégory Poirier, l’ancien entraîneur du Red Star, qui débriefe pour So Foot tous les matchs des Bleus.
Par rapport à 2022, où l’impression générale de froideur et de distance avait été sauvée par la finale mythique, l’impression dégagée par ces Bleus est également de meilleure facture. « C’est la particularité du football, de fabriquer les émotions et de les partager, a ambitionné Didier Deschamps jeudi soir. J’imagine qu’il y a beaucoup de ferveur et de passion en France. Ici, on est dans notre bulle, mais les joueurs ont ce devoir-là de tout faire pour aller le plus haut possible. » Bref, tout roule.
Comme en 2018 et 2022, les résultats confortent le patron dans ses choix : avoir la maîtrise du jeu, installer Lucas Digne titulaire, débuter avec quatre attaquants… « Je sais que le mérite passe par les joueurs, mais je ne dois pas trop mal faire les choses quand même. Ces hommes, c’est moi qui les ai choisis », développait-il à Boston. Ainsi, pour sa dernière grande compétition, Didier Deschamps et son groupe sont confrontés à moins de critiques. Celles autour du pragmatisme à outrance du chef, de Moussa Sissoko et Blaise Matuidi ailiers et du rôle trop défensif des attaquants ont disparu. D’aucuns auraient affirmé que dès que la route allait s’élever cet été, Adrien Rabiot allait jouer ailier gauche. Que nenni.
A-t-on déjà vu les Bleus jouer aussi bien ?
Reste à Kylian Mbappé et ses gars à poursuivre le travail. Le capitaine des Bleus, seul joueur à être impliqué sur dix buts lors de deux Mondiaux consécutifs, est bien déterminé à porter cette équipe qui transmet aussi des émotions en dehors des terrains, des vidéos de Rayan Cherki cuistot à l’esprit de corps après le huitième face au Paraguay. « On est conscients qu’il n’y a qu’une seule manière de se relâcher, c’est de gagner, affirmait Mbappé à la fin du quart de finale. Ce qui nous attend est encore plus dur, mais on est prêts. »
Il manque encore un affrontement d’anthologie pour que ce joli parcours devienne un magnifique succès. Une revanche contre l’Espagne ou une fête des voisins contre la Belgique un jour de fête nationale en sont l’occasion parfaite. En septembre, déjà, Kylian Mbappé affirmait rêver à la finale de la Coupe du monde « matin, midi et soir. La date est cochée. On a une super équipe, j’espère qu’on va y aller. » En fonction de ses deux derniers matchs, il se pourrait que même si elle ne va pas au bout, cette équipe ait dégagé quelque chose. Et fait changer d’avis quelques contempteurs.
Ulysse Llamas
Source : So Foot (France)
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