Mauritanie – Deux ans après l’accord sur les prix du ciment pourquoi la polémique est-elle revenue ?

Saharamedias  – La polémique autour du monopole du marché du ciment en Mauritanie, détenu par un nombre restreint d’entreprises locales, est revenue sur le devant de la scène ces derniers jours, après qu’un homme d’affaires ait dénoncé la saisie par les douanes d’une cargaison de ciment qu’il avait importée de l’étranger, une affaire qui a remis en lumière la nature de la réglementation de ce secteur et son importance économique dans le pays.

L’homme d’affaires Sidi Ethmane Ould Cheikh Maa El-Aïnin a accusé ce qu’il a qualifié de « lobby du ciment » d’avoir fait pression sur les douanes pour qu’elles imposent des droits de douane dans le but de l’empêcher de leur faire concurrence.

Ould Cheikh Maa El-Aïnin a souligné qu’il ne renoncerait pas à « son droit d’importer conformément à la loi et de briser le monopole du ciment, et « nous n’accepterons pas que quiconque m’exclue du marché du ciment selon son bon vouloir », a-t-il déclaré.

Un certain nombre de militants et d’hommes politiques ont réagi aux propos de l’homme d’affaires, dénonçant ce qu’ils ont qualifié de « complicité du gouvernement avec les cimenteries », qui monopolisent la fabrication et la vente du ciment dans le pays depuis des décennies.

Le prix de la tonne de ciment s’élève à environ 65 000 ouguiyas, et celui du fer à 420 000 MRO la tonne.

Le coût de la construction en Mauritanie a enregistré une hausse au cours du premier trimestre 2026, sous l’effet de l’augmentation des prix des matériaux de construction et de la location de matériel, ce qui témoigne de la persistance des pressions pesant sur le secteur du bâtiment, malgré un ralentissement de certaines composantes de la structure des prix

Indice du coût de la construction

Les données de l’Agence nationale des statistiques et de l’analyse démographique et économique ont montré que l’indice du coût de la construction a augmenté de 1 % en glissement trimestriel, pour atteindre 149,4 points au cours du premier trimestre de cette année, contre 148 points au dernier trimestre de l’année 2025.

Cette hausse s’explique principalement par une augmentation de 1,1 % des prix des matériaux de construction, ainsi que par une hausse de 7 % du coût de location des équipements de chantier et une légère augmentation de 0,1 % du coût de la main-d’œuvre.

En glissement annuel, la croissance de l’indice des coûts de construction s’est accélérée pour atteindre 7 % au premier trimestre 2026, contre une hausse annuelle de 5,7 % au trimestre précédent, ce qui reflète la poursuite de la hausse des coûts de construction à un rythme croissant.

Les données relatives aux prix moyens des matériaux de construction pour la période allant d’octobre 2025 à mars 2026 montrent des évolutions contrastées entre les différents segments du marché : les prix de certains matériaux de base se sont stabilisés à des niveaux élevés, tandis que d’autres ont enregistré de légères baisses.

Le prix de la tonne de ciment de calibre 42,5 s’est maintenu à un niveau relativement stable au cours des derniers mois, s’établissant à 5 950 ouguiyas en mars 2026, contre 5 944 ouguiyas en octobre 2025.

Une domination absolue

Certains acteurs du secteur de la construction estiment que la hausse des prix des matériaux de construction, en particulier du ciment, est liée à des facteurs inhérents à la structure du marché local et aux mécanismes de concurrence qui y règnent.

Dans ce contexte, l’entrepreneur Ismaël Ould Taki affirme que le marché du ciment en Mauritanie est désormais soumis, selon ses propres termes, à la domination d’un nombre restreint d’entreprises locales, qui tirent profit d’un cadre réglementaire datant des années 1980, imposant des droits de douane élevés sur les importations et limitant l’entrée de concurrents étrangers.

Il ajoute que ce cadre, qui visait à soutenir l’industrie locale, a en réalité contribué à réduire les choix offerts au marché, après le retrait d’un certain nombre de fournisseurs étrangers en raison de leur incapacité à rivaliser sur les prix.

Ould Taki souligne que cette situation aurait dû se répercuter positivement sur les prix au profit du consommateur, mais que le marché a, selon lui, connu au contraire des hausses successives des prix du ciment sans lien évident avec les coûts de production.

Il affirme également que les prix du ciment sont aujourd’hui soumis, selon ses propres termes, à des fluctuations injustifiées de la part de certaines entreprises locales, qui profitent de ce cadre réglementaire pour augmenter périodiquement leurs prix, ce qui a contribué à une hausse notable du coût des matériaux de construction sur le marché local.

L’accord de 2024

En 2024, le gouvernement mauritanien s’était mis d’accord avec les producteurs de ciment du pays pour réduire les prix de ce matériau de base, lors d’une réunion organisée par le Premier ministre Mokhtar Ould Diay avec les responsables des unités de production.

En vertu de cet accord, les unités de production de ciment s’engagent à fixer un prix plafond de 5 500 MRU par tonne pour la catégorie 42,5 et de 5 200 MRU par tonne pour la catégorie 32,5.

Au cours de la réunion, le Premier ministre avait qualifié la hausse des prix du ciment d’injustifiée, appelant les responsables des unités de production à revoir les tarifs en vigueur.

Ould Diay a souligné que le gouvernement comprenait les contraintes auxquelles ces unités sont confrontées, tout en exprimant la volonté des autorités de les accompagner dans la gestion des différents défis liés à l’activité de production.

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une coopération entre le gouvernement et les acteurs du secteur afin de réduire les prix du ciment, considéré comme un matériau stratégique lié au secteur du bâtiment et de la construction.

Il a également souligné la volonté du gouvernement de trouver des solutions aux problèmes rencontrés par les unités de production, tout en demandant aux ministères concernés de se coordonner avec ces unités afin de répondre à l’évolution de la demande dans le domaine de la construction et de l’urbanisme.

Le retour de la polémique

Cependant, deux ans après cet accord, un certain nombre de Mauritaniens estiment que le marché du ciment reste dominé par un nombre restreint d’acteurs, sur fond d’accusations de maintien d’un monopole, ce qui a conduit à un maintien des prix à des niveaux élevés par rapport aux pays voisins.

La députée Mouna mint Dey a critiqué les pratiques des cimenteries du pays, estimant que le marché est le théâtre de pratiques monopolistiques qui affectent les prix et la qualité du produit.

La députée a déclaré que le secteur du ciment était soumis à un monopole exercé par un nombre restreint d’entreprises, ce qui a entraîné, selon elle, une hausse considérable des prix et une baisse du niveau de la qualité.

Elle a appelé à la libéralisation du marché du ciment, estimant qu’il s’agissait là de la solution la plus appropriée pour remédier aux déséquilibres de prix et améliorer la concurrence au sein du secteur.

L’activiste Sayed Al-Khayr Amr a déclaré que de nombreux pays autorisent l’importation de ciment parallèlement à la production locale, alors que le marché mauritanien reste, selon lui, quasi-monopolistique, soulignant que ce qui existe localement se limite à une mise en sac plutôt qu’une production usinière intégrée.

Il a ajouté que les arguments qui militent en faveur de la protection du produit local servent, selon lui, de prétexte à la mainmise de lobbies économiques sur le secteur, limitant la concurrence et influant considérablement sur les prix.

Source : Saharamedias (Mauritanie) – Le 28 juin 2026

 

 

 

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