– C’est la malédiction des fins de mandat présidentiel : quand le pouvoir s’éloigne, quand l’emprise sur les personnes et sur les événements se desserre, alors les langues se délient et les faux-semblants apparaissent. La fin de règne d’Emmanuel Macron n’échappe pas à la règle. Avec Un couple (presque) parfait, de Florian Tardif (Albin Michel, 224 pages, 14,99 euros), en librairie depuis le 13 mai, le voile opaque qui recouvrait l’Elysée depuis 2017 commence à se déchirer.
Journaliste politique à Paris Match, l’auteur suit le couple présidentiel dès ses débuts. Son récit s’appuie sur les témoignages d’une dizaine de personnalités, anciens ministres ou collaborateurs du chef de l’Etat et de son épouse nommément cités, et de fonctionnaires ou de proches ayant souhaité garder l’anonymat.
Première révélation, même si le récit officiel ne dupait plus grand monde : Jupiter n’existe pas. Emmanuel Macron, dont l’incapacité chronique à décider est devenue quasiment proverbiale, est un homme qui, au fond de lui, doute en permanence. Atteint du « syndrome du bon élève », « il lui faut tout savoir, tout comprendre, tout éprouver, avant de se prononcer », relate le journaliste. L’ex-secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler lui-même s’était fait une raison : « Il faut le laisser touiller. »
Mais le doute n’empêche pas l’hubris. Le besoin d’occuper le devant de la scène est omniprésent chez Emmanuel Macron, quand bien même les Français l’ont désavoué dans les urnes. Privé de majorité, contraint de laisser le premier ministre gouverner, le chef de l’Etat se saisit de la moindre crise pour tenter d’exister de nouveau. L’enlèvement du président du Venezuela, Nicolas Maduro, par les Américains, le 3 janvier, le galvanise : « Putain, je revis ! », lance-t-il à son conseiller stratégie, Jonathan Guémas. La chute du premier ministre François Bayrou, le 8 septembre 2025, le ragaillardit, comme le constate le réalisateur ukrainien Mstyslav Chernov, qui a rendez-vous avec lui ce jour-là : « He was excited. » Emmanuel Macron revient enfin au centre du jeu et de l’attention.
L’éloignement qui s’est installé
Il arrive aussi, confronté à l’échec, qu’il s’écroule. Au soir du second tour des élections législatives de 2024, consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale en juin de la même année, la déconfiture de son camp est sans appel. Sur la terrasse de l’Elysée, le président de la République « s’effondre dans les bras de sa femme », « abattu », témoigne un invité, qui a surpris la scène depuis la salle des fêtes de l’Elysée. Et qui verra ensuite Brigitte Macron, tenant son époux par les épaules, le secouer sans ménagement.
L’influence de la première dame sur les affaires du pays appararaît très vite durant le premier quinquennat. Au printemps 2020, alors que la pandémie de Covid-19 a mis la France à l’arrêt, l’ex-enseignante insiste pour que les établissements scolaires rouvrent en premier, contre l’avis de la plupart des experts scientifiques.
C’est elle encore qui dissuade le président de la République, en mai 2025, d’annoncer sur TF1 l’organisation de référendums, comme cela avait été négocié entre les conseillers de l’Elysée et la chaîne. Brigitte Macron, « encore traumatisée par la dissolution de l’année précédente », « a freiné son mari, de crainte que ce retour aux urnes ne dégénère en pugilat », décrypte l’auteur. C’est elle enfin qui éloigne du palais telle stagiaire ou telle conseillère qu’elle pouvait considérer comme un danger pour son couple.
L’autorité de la première dame sur son époux est telle que quiconque cherche à atteindre le chef de l’Etat passe par elle. Les ministres, notamment, n’hésitent pas à la solliciter afin qu’elle appuie l’un de leurs dossiers auprès du président. Ayant mesuré l’entregent de Brigitte Macron lorsque Jean-Michel Blanquer est ministre de l’éducation, Gabriel Attal, secrétaire d’Etat à la jeunesse (2018-2020), se rapproche délibérément de l’épouse du président, multipliant les rendez-vous… jusqu’à sa nomination à Matignon.
« Il faut que Brigitte soit heureuse, confiait en 2017 Emmanuel Macron à Pierre-Olivier Costa, qui sera le directeur de cabinet de la première dame pendant plus de six ans. Si elle s’ennuie, si elle se sent inutile, si, le soir, quand je rentre, elle me dit qu’elle est malheureuse, je ne tiendrai pas. Et je raterai ce quinquennat. » Près de dix ans plus tard, Florian Tardif décrit l’éloignement qui s’est installé, ces derniers temps, au sein du couple, sur fond de rumeurs d’une supposée relation entre le président et une actrice iranienne.
« Pourquoi ne l’avez-vous pas quitté ? », a un jour lancé Donald Trump à la première dame. Le président américain jugeait inconcevable de rester avec un homme qui a renoncé à un poste de banquier d’affaires pour celui de président de la République, plus dangereux et moins rémunérateur.



