
SenePlus – Le Sénégal largué par la Guinée (9,3%), la Côte d’Ivoire (6,4%), le Bénin (7%) … et même des pays en guerre comme le Niger (6,7%) et la Burkina (4,6%) Impacts faibles de l’exploitation des hydrocarbures Une légère reprise à 4,3% en 2027
Les prévisions sont glaçantes. Le Sénégal sera le dernier de la classe dans la zone CEDEAO en 2026. Notre pays va connaitre la plus mauvaise croissance de ladite zone attendue à 4,1% selon le rapport Global Economic Prospects de la Banque mondiale publié ce janvier 2026. Ce document révèle un ralentissement marqué de la croissance en 2026, positionnant le Sénégal en queue de peloton de l’Afrique de l’Ouest. Une véritable douche froide qui met en péril toute la volonté affichée de relance de notre économie par les nouvelles autorités et surtout qui interroge sur l’impact de l’exploitation gazière et pétrolière.
Le duo Diomaye/Sonko pouvait s’en passer. Enlisé dans le débat sur la restructuration ou le reprofilage d’une dette estimée à 119% du PIB, le Sénégal qui se positionnait comme la seconde économie de l’Uemoa et un leadership certain au sein de la Cedeao connaitra une chute économique en 2026 malgré une montée en puissance de l’exploitation gazière et pétrolière. La Banque mondiale annonce une mauvaise nouvelle. Selon le rapport Global Economic Prospects de l’institution de Breton Woods, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) du Sénégal devrait chuter à 4,1 % en 2026. Ce chiffre est le résultat d’une révision à la baisse de 1,8 point de pourcentage par rapport aux estimations de juin 2025, la plus forte cor‐ rection négative de toute la région. La Banque mondiale signale ainsi un pessimisme croissant quant à la capacité du pays à maintenir une dynamique de haute croissance à court terme.
Ce ralentissement projeté place le Sénégal loin derrière les champions régionaux de 2026, tels que la Guinée (9,3 %), portée par ses pro‐ jets miniers, le Bénin (7,0 %) ou encore la Côte d’Ivoire (6,4 %), qui continue d’afficher une croissance robuste. Le Sénégal se retrouve même en deçà de la moyenne de la zone UEMOA (5,6 %) et de pays confrontés à des défis sécuritaires majeurs comme le Niger (6,7 %) et le Burkina Faso (4,9 %). Une douche froide qui est en rupture totale avec l’optimisme des dernières années et soulève des questions cruciales sur la résilience et la diversification de l’économie nationale.
Un coup d’arrêt inattendu
On parle alors d’un véritable coup d’arrêt inattendu. Rien qu’au mois de juin 2025, la Banque mondiale malgré le contexte de la dette cachée et de l’endettement massif décrié, le Sénégal était apprécié par l’institution de Breton Woods par la trajectoire de gestion de l’économie par les nouvelles autorités. Surtout que ces dernières avaient hérité d’un tableau économique qui avait réussi sous le régime précédent de résister à des chocs endogènes et exogènes. Le document de la Banque mondiale de mettre en exergue différentes phases de la trajectoire économique du pays notamment :
‐L’ère du Plan Sénégal Émergent (PSE) (2015‐ 2019) : Après des années de croissance modérée, le pays a connu une accélération notable, avec une moyenne supérieure à 6 % par an, grâce à des investissements massifs dans les infrastructures et un climat des affaires amélioré.
‐Le choc de la COVID‐19 et le rebond (2020‐ 2022) : Comme partout dans le monde, la pandémie a provoqué une quasi‐stagnation en 2020 (‐0,7 %), suivie d’un rebond vigoureux en 2021 (6,1 %).
‐L’aube des hydrocarbures (2023‐2025) : L’année 2024 marque un tournant avec le début de l’exploitation des champs gaziers Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et pétroliers de Sangomar. La croissance bondit, atteignant un pic estimé à 6,4 % en 2025, alimentant les espoirs d’une transformation structurelle de l’économie.
Les raisons du ralentissement
Comment alors expliquer les prévisions pessimistes de la Banque mondiale en 2026. Cette dernière évoque divers facteurs de la chute de la croissance à 4,1% en 2026.
D’abord, l’effet de base joue un rôle : après des taux de croissance exceptionnels liés au démarrage de la production, un retour à une croissance plus “normalisée” est mécanique‐ ment attendu. La phase de construction et d’investissements massifs s’achève, et l’économie doit maintenant s’ajuster à la phase d’exploitation.
Ensuite, la Banque mondiale semble pointer des vulnérabilités structurelles que l’euphorie des hydrocarbures aurait pu masquer. La contribution du secteur pétrolier et gazier au PIB, bien que significative, pourrait ne pas suffire à compenser la faiblesse potentielle d’autres secteurs clés de l’économie, comme l’agriculture (soumise aux aléas climatiques), la pêche ou les services. La diversification économique, objectif central du PSE, reste un chantier inachevé.
Enfin, des incertitudes politiques et de gouvernance pourraient également peser. La gestion transparente et efficace des revenus des hydrocarbures est un défi majeur. Tout retard dans les réformes structurelles, la lutte contre la corruption ou l’amélioration de l’environne‐ ment des affaires pourrait freiner l’investisse‐ ment privé, moteur essentiel d’une croissance durable et inclusive. “La forte révision à la baisse pour le Sénégal en 2026 est un signal d’alarme. Elle suggère que les bénéfices attendus des hydrocarbures pourraient être moins importants ou plus lents à se matérialiser dans l’économie réelle que prévu initialement, ou que d’autres secteurs pourraient sous‐perfor‐ mer”, analyse un économiste basé à Dakar.
L’avenir en perspective
Malgré ce ralentissement anticipé, les perspectives à moyen terme pour le Sénégal ne sont pas sombres. La Banque mondiale prévoit une légère reprise à 4,3 % en 2027. Le pays dispose d’atouts considérables : une stabilité politique reconnue, une position géographique stratégique et une main‐d’œuvre jeune.
L’enjeu pour les autorités sénégalaises est donc double. Il s’agit d’une part de maximiser l’impact des revenus des hydrocarbures en les investissant judicieusement dans des secteurs productifs et dans le capital humain. D’autre part, et c’est peut‐être le défi le plus important, il est impératif de relancer et d’accélérer la di‐ versification de l’économie. Sans un secteur privé dynamique et innovant, et sans une agriculture modernisée et résiliente, la manne pétrolière risquerait de n’être qu’une parenthèse enchantée, sans transformer en profondeur le potentiel de développement du pays.
La prévision de 2026 n’est pas une fatalité, mais un avertissement. Elle rappelle au Sénégal que la rente, qu’elle soit pétrolière ou gazière, ne saurait remplacer une stratégie de développement équilibrée, inclusive et durable.
(avec PressAfrik)
Source : SenePlus (Sénégal)
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