PSG-Arsenal : Luis Enrique, le dogmatique devenu « révolutionnaire » pour porter Paris au pinacle

Le Monde  – PortraitArrivé au Paris Saint-Germain à l’été 2023, l’entraîneur espagnol a su remettre en question ses principes pour façonner un « PSG caméléon », qui défend son titre de champion d’Europe, samedi, en finale de la Ligue des champions.

L’image lui collait à la peau. Quand il est arrivé au Paris Saint-Germain (PSG), à l’été 2023, Luis Enrique passait pour un entraîneur dogmatique. Une étiquette que l’Asturien, sûr de ses préceptes, revendiquait d’ailleurs. « Bien sûr, je peux me tromper. Je n’ai pas la vérité absolue, mais je mourrai avec ma vérité », affirmait-il dans la série consacrée aux coulisses de son aventure au PSG, diffusée en octobre 2024 sur Movistar Plus.

A l’époque, le technicien espagnol ne jurait que par une seule manière de pratiquer le football : le jeu de possession, qu’il a appris au FC Barcelone – comme joueur, d’abord, de 1996 à 2004, puis en tant que coach, de 2014 à 2017 –, fait de redoublements de passes.

Héritée de Johan Cruyff, entraîneur du Barça de 1988 à 1996, cette philosophie offensive repose sur une idée simple : plus une équipe maîtrise le ballon, plus elle augmente ses chances de gagner. Une véritable idéologie, voire une obsession, chez Luis Enrique, lors de sa première saison sur le banc du club de la capitale. « Notre idée de jeu est claire. (…) Mes équipes jouent la possession pour faire courir l’adversaire », affirmait-il en février 2024.

Il venait pourtant de subir un échec avec la sélection espagnole lors de la Coupe du monde 2022 – éliminée dès les huitièmes de finale –, en poussant ce style à son paroxysme. Le plus souvent, les prestations de sa Roja consistaient en une succession d’échanges stériles aux abords de la surface de réparation adverse. « L’Espagne succombe, avec beaucoup de possession pour rien », avait alors titré El Pais.

En dépit de cette contre-performance, le natif de Gijon refusait catégoriquement d’évoluer autrement. Pas question de procéder en contre-attaque. « Sept [joueurs] qui défendent et trois qui courent uniquement devant, ça ne me plaît pas. Je n’ai pas signé [au PSG] pour ça », avait-il théorisé en décembre 2023.

 

Après avoir longtemps assuré qu’il ne dérogerait pas à ses principes, l’Espagnol a finalement infléchi sa doctrine. Fin 2024, alors que le PSG était proche d’une élimination prématurée en Ligue des champions, il a accepté que son équipe joue également en transition. Une stratégie consistant à laisser davantage le ballon à l’adversaire, pour se projeter rapidement vers l’avant à la moindre occasion.

Jeu moins prévisible et plus létal

Ce reniement salvateur a permis au PSG d’exploiter au mieux la vitesse de ses joueurs offensifs – comme Bradley Barcola ou Ousmane Dembélé –, qui se sont alors totalement épanouis dans un jeu d’attaque rapide. Du déclic face à Manchester City (4-2) au Parc des Princes, en janvier 2025, jusqu’à la victoire finale, le 31 mai, face à l’Inter Milan (5-0), les champions d’Europe ont brillé, grâce à un jeu moins prévisible et plus létal.

« Très souvent, les Barcelonais ont une tendance à être un peu trop romantiques. Mais Luis Enrique a eu le mérite de faire preuve de pragmatisme, salue Edouard Cissé, ancien milieu du PSG (1997-2007). Il a compris qu’il avait parfois intérêt à procéder en contre – d’autant qu’il a les armes pour –, et d’autres fois à faire tourner le ballon dans le camp adverse avant de trouver la faille. »

L’entraîneur parisien a poursuivi cette évolution tactique cette saison, ajoutant au logiciel initial de ses joueurs la capacité à subir et à tenir le choc lorsqu’ils sont dominés… avant de piquer en contre-attaque. Un schéma suivi avec succès, lors de deux rudes batailles : lors du quart de finale retour de Ligue des champions, à Liverpool (2-0), puis de la demi-finale retour, à Munich (1-1). Ce soir-là, le tenant du titre a adopté avec brio une posture résolument défensive (seulement 38 % de possession du ballon). Un coup gagnant à l’Allianz Arena, qui a permis au PSG de se qualifier pour sa deuxième finale d’affilée en Ligue des champions, qui se jouera samedi 30 mai, à Budapest, face à Arsenal.

« Pas qu’un chemin pour gagner »

Le coach de 56 ans a su adapter son jeu de possession pour façonner un « PSG caméléon », disposant désormais d’une large palette. « On est prêts pour n’importe quel type de match. (…) S’il faut défendre en bloc bas la majeure partie du match, on peut le faire. On aime jouer du beau football, mais on aime aussi la lutte, “les galères et les combats”, comme dit la chanson [un chant des supporteurs du club] », avait-il analysé après la rencontre à Munich, le 6 mai.

Cette évolution tactique ne l’empêche pas d’avoir gardé certains fondamentaux, comme la volonté d’exercer un pressing intense – héritage de son ex-coach au Barça, Louis van Gaal (1997-2000 puis 2002-2003) – ou l’importance du mouvement, avec des joueurs capables de permuter en permanence. « L’arrière droit en position d’ailier gauche, le 9 en arrière central… On ne voit pas cela souvent. Il y a des éléments de son jeu qui rendent le PSG spécial », juge l’entraîneur de Liverpool, Arne Slot.

Luis Enrique, entraîneur du Paris Saint-Germain, lors d’un entraînement au Campus PSG de Poissy (Yvelines), le 20 mai 2026.

Depuis trois ans, Luis Enrique a également réalisé des choix sportifs osés, et le plus souvent fructueux. C’est lui qui a permis à Ousmane Dembélé de se muer en redoutable finisseur, à partir du moment où il l’a repositionné au poste d’avant-centre, fin 2024. Lui encore qui a installé Vitinha dans un rôle de sentinelle au milieu de terrain, où celui-ci a pris, de son propre aveu, « une autre dimension ». Les expériences réussies de Warren Zaïre-Emery en latéral droit, de Lucas Beraldo en milieu axial, ou encore la décision judicieuse de titulariser le gardien de but Matveï Safonov à la place de Lucas Chevalier, alors même que ce dernier venait d’être recruté à Lille pour un total de 55 millions d’euros, c’est encore lui.

Avec le conseiller sportif Luis Campos et le président, Nasser Al-Khelaïfi, Luis Enrique a surtout transformé un club auparavant construit autour des stars (Lionel Messi, Neymar et Kylian Mbappé) en un pur collectif, où « tout le monde attaque et tout le monde défend », comme le résume le Ballon d’or Ousmane Dembélé. « Son grand mérite » est d’avoir « montré (…) que le plus important n’est pas les joueurs, mais l’équipe », applaudit l’entraîneur de l’Olympique lyonnais, Paulo Fonseca.

Le technicien asturien a également insufflé une confiance à toute épreuve à ses troupes, jusqu’à les convaincre qu’elles pouvaient enfin gagner la Ligue des champions, après tant d’années d’échecs. Une révolution des mentalités que le stratège espagnol a poursuivie cette saison, en fixant l’objectif de réussir un doublé, après avoir « marqué l’histoire », en 2025, avec le premier sacre du club dans la principale compétition européenne. « Cette année, il a amené la constance, la persistance du haut niveau, observe Edouard Cissé. Il a inculqué à ses joueurs sa soif de vaincre, sans forcément jouer de la même façon, et pas avec les mêmes onze de départ. »

Autant de décisions qui ont modifié radicalement le visage du PSG. « Il a été révolutionnaire pour le club. Ce n’est pas facile de changer tant de choses en si peu de temps », a fait valoir le coach du Bayern, Vincent Kompany, en novembre 2025. « A Paris, le projet était différent. C’est un projet de construction, il a fallu inventer », racontait Luis Enrique avant le sacre européen. Quitte, parfois, à se réinventer lui-même. « Si l’équipe a besoin de changer des choses, on change tout. Il n’y a pas qu’un chemin pour gagner », reconnaissait-il le 16 mai. S’il a tout changé à Paris, l’ex-dogmatique a lui aussi évolué, lors de ses trois années dans la capitale.

Source : Le Monde

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page