Courrier international – Le raid s’est déroulé dimanche 28 juin, à 1 heure du matin, heure locale. Muhoozi Kainerugaba, le chef de l’armée ougandaise a ordonné la fermeture du Daily Monitor, le plus grand quotidien indépendant du pays, et de NTV Uganda, l’une des plus grandes chaînes de télévision privées, qui appartiennent tous deux au principal groupe de médias indépendants d’Afrique de l’Est et centrale, le Nation Media Group (NMG) Uganda.
Depuis, “NMG est resté sous siège militaire tout au long du dimanche, avec plusieurs militaires déployés à son siège de Namuwongo (dans la capitale, Kampala) et dans ses centres de diffusion […] près d’un jour après une opération nocturne qui a forcé NTV Uganda et Spark TV à cesser d’émettre”, relate ainsi le Daily Monitor, ce lundi 29 juin au matin.
Dans un communiqué publié dimanche, NMG a déclaré que ses bureaux étaient devenus inaccessibles, et que l’opération “avait entraîné une coupure d’électricité et perturbé le fonctionnement normal de ses plateformes de télévision, de radio et de presse écrite”, poursuit le Daily Monitor.
Une répression débridée
Muhoozi Kainerugaba, le fils et successeur attendu du président Yoweri Museveni, âgé de 81 ans, a renforcé sa mainmise sur le pouvoir ougandais après avoir arrêté des militants et des responsables politiques et appelé au meurtre de l’opposant politique Bobi Wine. Il franchit une nouvelle étape en ordonnant cette fois la fermeture des médias indépendants du pays.
Yoweri Museveni est déjà connu pour sa défiance vis-à-vis de la liberté de la presse, qualifiant à plusieurs reprises le Daily Monitor de “journal ennemi et maléfique”, rappelle The East African.
En mai 2013, sous les ordres de son gouvernement, “la police a perquisitionné les locaux du Daily Monitor et de Dembe FM à la suite de la publication d’une lettre liant prétendument de hauts responsables gouvernementaux à un plan de succession baptisé ‘Projet Muhoozi’”, précise The East African. Les locaux étaient alors restés scellés pendant plus d’une semaine.
“Les mauvaises nouvelles devront être validées”
Son fils confirme et approfondit cette défiance envers les médias et cette tendance à la répression. Connu pour ses propos controversés sur X, Kainerugaba a déclaré : “En Ouganda, je ne crois pas à la liberté de la presse !” Avant d’ajouter : “Désormais, toutes les mauvaises nouvelles concernant l’Ouganda devront être validées par mon bureau avant publication !” comme le rapporte Al-Jazeera. Des mots qui “marquent une escalade des menaces proférées au cours de la semaine écoulée, durant laquelle le général Muhoozi a répété à plusieurs reprises qu’il attendait l’autorisation de son père, le président Museveni, avant d’entreprendre des actions contre le groupe de presse”, souligne le Daily Monitor.
Le Conseil de la presse d’Afrique de l’Est (EAPC) a exhorté les gouvernements de toute la région “à cesser les hostilités envers les médias, affirmant que la fermeture des activités de NMG en Ouganda, ainsi que les récents échanges publics entre le président kényan, William Ruto, et le Standard Group Media reflétaient une pression croissante sur le journalisme indépendant”, ajoute le quotidien ougandais.
Pour rappel, l’Ouganda est classé à la 143e place sur 180 pays dans le classement de la liberté de la presse dans le monde 2025, établi par l’ONG Reporters sans frontières (RSF).
Source : Courrier international (France)
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