Espagne-Argentine : Lionel Messi, l’homme invisible de la finale de Coupe du monde de football

Le génie argentin, sevré de ballons, a eu une influence quasi nulle sur la rencontre. A 39 ans, celui qui est considéré comme le meilleur footballeur de la planète a sûrement disputé son dernier match international.

Le Monde – L’émotion est manifestement trop forte. Alors qu’il vient de recevoir sa médaille d’argent, Lionel Messi, 39 ans, fond en larmes et apparaît en pleurs sur l’écran géant du MetLife Stadium, près de New York. La plupart des 80 000 spectateurs l’applaudissent alors, avec respect. Comme si chacun avait conscience d’assister à sa révérence.

Le génie argentin a traversé comme un fantôme la finale de la Coupe du monde de football 2026, perdue par son équipe face à l’Espagne (0-1), dimanche 19 juillet. Sevré de ballon tout au long d’une rencontre que les Ibériques ont dominée, le joueur de l’Inter Miami a eu une influence quasi nulle. Fidèle à son habitude, il a marché la majorité du temps, à l’affût de la moindre occasion, sans rien avoir à se mettre sous la dent.

Quasiment invisible lors du temps réglementaire, il a commencé à s’animer à partir du moment où sa formation a été menée, pendant la prolongation, à la 106e. Mais il était trop tard. Le verdict est cruel : alors qu’elle a porté sa sélection tout au long du tournoi planétaire, l’idole de tout un peuple a manqué sa sortie. « Leo » n’a pas mené l’Argentine à un second titre mondial d’affilée, après celui acquis au Qatar en 2022 – un doublé qu’aucune sélection n’a réalisé depuis le Brésil, en 1958 et 1962.

Lionel Messi n’aura cette fois pas réussi à sauver les siens, comme il l’avait fait lors des précédents matchs de l’Albiceleste. Après un triplé d’entrée face à l’Algérie (3-0), un doublé face à l’Autriche (2-0), puis un coup franc direct contre la Jordanie (3-1), le numéro 10 avait ouvert le score contre le Cap-Vert (3-2 a.p.), inscrit le but de l’égalisation contre l’Egypte (3-2), puis encore joué le rôle de héros, en distillant deux passes décisives contre l’Angleterre, en demi-finales (2-1).

Equipe dépendante de ses prestations

Jusqu’au bout, la « Pulga » (la « puce ») aura inspiré la crainte. « Quand tu as Messi dans l’équipe adverse, c’est toujours un risque de séisme », a souligné le buteur espagnol, Ferran Torres, à la fin de la rencontre. Mais quand l’ex-joueur du FC Barcelone est inoffensif, son équipe l’est souvent aussi, tant elle est dépendante de ses prestations.

Alors que l’Espagne a brillé par sa force collective, l’Argentine, elle, misait tout ou presque sur son capitaine, autour duquel la sélection a été construite. Avec dix éléments chargés de mener une rude bataille à l’adversaire, avant de miser sur un éclair de son talentueux meneur de jeu en attaque. « Il est notre équilibre, notre guide, notre leader », avait lâché l’attaquant argentin Lautaro Martinez, après la qualification haletante face aux Egyptiens. Avant de lancer : « Nous allons continuer à tout donner pour lui. »

Face à l’Espagne, Lionel Messi n’a pas seulement perdu la finale du Mondial. En restant muet, le prodige a laissé filer le titre de meilleur buteur de cette édition 2026, au profit de Kylian Mbappé. Alors qu’il a longtemps été en tête du classement, l’Argentin, avec ses huit réalisations, finit à deux longueurs du Français, qui le coiffe sur le fil grâce à son doublé face à l’Angleterre (4-6), lors de la « petite finale » samedi 18 juillet.

L’Argentin se fait également devancer par le capitaine des Bleus pour le titre de meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde : Kylian Mbappé en a inscrit 22 en trois éditions, juste devant la « Pulga », qui en compte 21, en six participations. Inespéré pour le premier, qui était persuadé que son ex-coéquipier du Paris Saint-Germain allait réussir à faire trembler les filets et à reprendre l’avantage. « Leo marque tout le temps », avait lancé Kylian Mbappé, samedi.

Si sa sélection avait remporté le titre suprême, Messi aurait également pu faire figure de candidat crédible pour un neuvième Ballon d’or, trophée consacrant le meilleur joueur de l’année, qui sera décerné à l’automne. Mais ses chances paraissent minces, désormais.

« Histoire inoubliable »

Lionel Messi a sûrement disputé son dernier match avec le maillot de l’Argentine. La veille de la rencontre face à l’Espagne, il avait signé un petit texte sur son compte Instagram, qui ressemblait à une sorte d’au revoir. « Quoi qu’il arrive demain, ce groupe a déjà écrit une histoire inoubliable, une histoire que personne ne pourra effacer », a-t-il écrit, remerciant ses coéquipiers, l’équipe technique et « tous ceux qui œuvrent chaque jour pour que cette équipe nationale reste une famille ».

Son sélectionneur, Lionel Scaloni, a assuré n’avoir pas discuté avec lui, après le match, pour évoquer son avenir en équipe nationale. « J’ai toujours dit qu’il jouera tant qu’il le voudra », a-t-il déclaré au sujet de celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur footballeur de la planète. Un statut qu’il doit à sa longévité et à sa constance au plus haut niveau.

Avec 125 buts en 207 sélections, Lionel Messi « a marqué une époque », estime l’ancien international argentin Omar da Fonseca. « Deux choses impressionnent chez lui : ses performances et, surtout, sa régularité. Certains joueurs comme [les Brésiliens] Ronaldinho ou Neymar ont des qualités, mais leurs performances ne suivent pas dans la durée. Lui a 39 ans et il est stratosphérique depuis plus de vingt ans. C’est incroyable », s’émerveille-t-il, en jugeant que le gaucher « est le plus grand, devant tous les autres ».

S’il a terminé sur une fausse note, le chef d’orchestre de l’Albiceleste a toutefois joué une magnifique partition lors de ce Mondial, en empilant les buts et les passes décisives. Cela lui permet de quitter la scène avec un statut de légende préservé et même un peu plus confirmé.

 (East Rutherford [New Jersey], envoyé spécial)

Source :  Le Monde

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