– Après avoir examiné plus de 21 000 enfants de moins de 5 ans vivant dans des camps de déplacés du sud-ouest de la Somalie, l’association Médecins sans frontières (MSF) a affirmé, mardi 11 août, que la moitié souffrait de malnutrition aiguë, qu’elle lie à la baisse des financements humanitaires, à la sécheresse et à l’insécurité accrue dans ce pays de la Corne de l’Afrique.
Six millions de personnes sont en état d’insécurité alimentaire en Somalie, soit près du tiers de la population, établissait, à la mi-mai, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), outil mondial utilisé par les acteurs humanitaires pour évaluer la situation alimentaire d’un pays.
Selon une étude réalisée par MSF dans plusieurs camps de déplacés de Baidoa, grande ville de l’Etat somalien du Sud-Ouest, seules 2 % des familles pouvaient se payer trois repas par jour.
« Des décès évitables »
« Une grave urgence humanitaire est en train de se produire à Baidoa », a affirmé, lors d’une conférence de presse à Nairobi, Mitchell Sangma, coordinateur médical de MSF, pointant une « augmentation alarmante du nombre d’enfants mal nourris admis depuis janvier » par l’ONG. Environ 90 % d’entre eux présentent des complications médicales graves, MSF enregistrant « des décès (…) évitables dans [ses] hôpitaux ».
La sécheresse qui sévit en Somalie, l’une des pires depuis des années, a déjà provoqué le déplacement de 62 000 personnes dans seulement cinq districts du pays, affirmait en avril l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), précisant que les déplacements pourraient atteindre 300 000 personnes sur tout le territoire.
Le pays subit aussi la sévère baisse du financement international du secteur humanitaire, ce qui fragilise fortement sa population. « Le plan de réponse humanitaire pour la Somalie a été réduit de 40 % en 2026, et il avait, en juillet, obtenu moins d’un tiers des financements » internationaux, a constaté l’ONG dans son communiqué.
Une situation « désespérée »
« Le monde ne peut pas attendre une déclaration de famine pour agir, s’est indignée l’ONG, l’action est nécessaire maintenant pour empêcher les pertes de vie » humaines.
La Somalie est privée de réelles structures étatiques depuis les années 1990. Elle est aussi minée par les attaques des islamistes Chabab et fragilisée ces dernières années par divers chocs climatiques. Des épisodes de famines, notamment en 1992 et en 2011, ont tué des centaines de milliers de Somaliens.
La guerre au Moyen-Orient a encore aggravé la situation, le renchérissement des prix du carburant impactant l’approvisionnement et le coût de la nourriture et de l’eau. En mai, le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, illustrait ainsi la situation « désespérée » du pays : « Souvent nous sommes contraints de choisir quelles vies sauver. »




