
SenePlus – Dans la seconde et dernière partie de l’entretien exclusif accordé à Impact.sn et publié ce 9 août 2026, l’essayiste Boubacar Boris Diop élargit son analyse de la crise sénégalaise au combat plus large mené par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) contre des puissances étrangères qu’il accuse de vouloir déstabiliser la région.
Interrogé sur les critiques qu’il pourrait adresser à Ousmane Sonko, Boris Diop se montre globalement élogieux, tout en pointant deux maladresses : sa boutade sur les origines africaines de joueurs de l’équipe de France, jugée « très imprudente », et son rapprochement passager avec Jean-Luc Mélenchon, qu’il juge peu fiable sur la question de la Françafrique : « Je le vois comme le fils spirituel du machiavélique Mitterrand […] il serait pire que Macron et Hollande parce qu’infiniment plus déterminé qu’eux. » Il reconnaît toutefois que Sonko a peut-être « sous-estimé les ravages de la petite corruption », illustrant son propos par une anecdote personnelle de racket routier vécue à la veille de la Tabaski 2025.
Malgré ces réserves, l’essayiste n’hésite pas à comparer Sonko aux grandes figures de l’émancipation sénégalaise : « Sonko peut être tenu pour l’héritier de Cheikh Anta Diop, de Mamadou Dia et de tous ceux qui […] se sont battus pour la libération, encore inachevée, de notre pays. »
Sur l’avenir du projet souverainiste porté par Pastef, Boris Diop se montre pessimiste, estimant qu’il existe désormais « un avant et un après » sur les questions idéologiques majeures depuis la rupture entre Diomaye Faye et Sonko. Il cite en exemple le franc CFA, dont le nouveau Premier ministre serait un « fervent partisan », et conclut sans détour : « L’idéal souverainiste sera la première victime de la crise. »
L’essayiste relie longuement cette dynamique sénégalaise au bras de fer plus large opposant la France aux pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger). Revenant sur le sommet de Pau en 2019, il rappelle en substance les propos qu’il attribue à Emmanuel Macron face aux chefs d’État sahéliens : « La France envoie ses enfants verser leur sang pour vous protéger et pourtant vous continuez à alimenter en secret le sentiment anti-français […] vous n’aurez que vos yeux pour pleurer. » Un discours qui, selon lui, a paradoxalement précipité la naissance de l’AES : « Macron […] était juste en train de porter l’AES sur les fonts baptismaux ! »
Pour Boris Diop, la France s’accrocherait aujourd’hui « avec l’énergie du désespoir » à ses dernières zones d’influence, le Sénégal représentant selon lui l’un des terrains où la Françafrique a le plus de chances de résister, en raison de l’attachement culturel de ses élites, une « République des évolués », selon une formule d’un universitaire qu’il cite, vaincue politiquement par Pastef mais dont « le cadavre bouge encore ».
L’entretien se referme sur une défense appuyée des régimes militaires de l’AES, que l’essayiste présente comme les cibles d’une véritable offensive occidentale déguisée : « L’Occident s’est lancé à la reconquête de ces pays avec la France comme porte-étendard et il s’y heurte à une farouche résistance populaire. » Il résume ainsi l’enjeu de la région : « Dans le Sahel, l’enjeu ce n’est pas la lutte pour la démocratie mais le combat contre des forces impérialistes d’autant plus décidées à semer le chaos qu’elles se savent en train de jouer leur dernière carte en Afrique. »
L’entretien complet est à lire ici
Source : SenePlus (Sénégal) – (Le 09 août 2026)
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