Algérie : un écrivain face à une salle vide, le malaise du livre au grand jour

La mésaventure attribuée au romancier Hamed Yassine, venu présenter son livre devant une salle sans public à Bir El Ater, dans la wilaya de Tébessa, relance le débat sur la place du livre en Algérie. Au-delà de l’émotion, cet épisode interroge la diffusion des œuvres, la promotion des auteurs et les politiques publiques de la lecture.

Le Matin d’Algérie – La scène a de quoi interpeller. Selon plusieurs médias, l’écrivain algérien Hamed Yassine aurait été confronté à une salle vide lors d’une séance de dédicace organisée à Bir El Ater, dans la wilaya de Tébessa. L’auteur, venu à la rencontre de ses lecteurs, n’aurait trouvé personne pour l’accueillir. L’épisode, relayé sur les réseaux sociaux, a suscité des réactions autour de la solitude des écrivains et de la désaffection supposée du public pour le livre.

Les comptes rendus disponibles associent notamment cette rencontre à Safira min al-Rif (سفيرة من الريف, « Ambassadrice de la campagne »). Les circonstances précises de la séance et les détails de son organisation restent toutefois à vérifier auprès de l’auteur ou des organisateurs.

Une chose est certaine : cette histoire, aussi pénible soit-elle pour celui qui la vit, dépasse le seul cas d’un écrivain déçu. Elle pose une question que le monde du livre algérien ne peut éluder : comment rapprocher les auteurs de leurs lecteurs ?

Le livre ne vit pas seulement de sa publication

Publier un roman ne suffit pas à lui assurer une existence publique. Encore faut-il qu’il soit distribué, exposé en librairie, présenté dans les médias et défendu par une véritable stratégie de promotion. Trop souvent, la rencontre entre l’auteur et son public dépend d’initiatives ponctuelles, sans relais suffisamment solide pour attirer les lecteurs.

Une séance de dédicace ne s’improvise pas. Elle suppose une communication en amont, un lieu accessible, des partenaires mobilisés et un public informé. Lorsque ces conditions font défaut, l’absence de lecteurs ne peut être imputée automatiquement à un désintérêt général pour la littérature.

La responsabilité est donc collective. Elle concerne les éditeurs, les libraires, les organisateurs de manifestations culturelles, les médias et les institutions chargées de soutenir la création. Elle engage également les établissements scolaires et universitaires, où le rapport au livre se construit bien avant l’âge adulte.

Le SILA ne peut pas être l’arbre qui cache la forêt

Chaque année, le Salon international du livre d’Alger (SILA) attire une foule de visiteurs. Cette affluence témoigne d’un intérêt réel pour les livres, mais elle ne suffit pas à mesurer les habitudes de lecture sur la durée. Fréquenter un salon, acheter un ouvrage et le lire sont trois démarches différentes.

Le véritable enjeu consiste à faire vivre le livre au-delà des grands rendez-vous. Que deviennent les ouvrages une fois les stands démontés ? Quels moyens sont consacrés à leur diffusion dans les différentes régions du pays ? Les bibliothèques disposent-elles de fonds régulièrement renouvelés ? Les auteurs bénéficient-ils d’un accompagnement pour rencontrer leur public ?

Ces questions méritent des réponses documentées. Elles permettraient de dépasser les constats désabusés et les comparaisons faciles avec les habitudes observées dans d’autres pays.

 

 

Mourad Benyahia

 

 

Source : Le Matin d’Algérie – (Le 23 octobre 2026)

 

 

 

Suggestion  Kassataya.com :

 

 

Il y a un écrivain qui m’a fait mal. Hamed Yacine est algérien. Il a fondu en larmes quand il est rentré dans la salle où il devait présenter son dernier roman. Personne. Il n’y avait que ses livres bien rangés les uns sur les autres ou celui qui devait présider au débat.

Les chaises, bien disposées étaient vides. Je crois qu’il ne pleurait pas sur lui-même mais sur l’état de la lecture dans nos pays et le règne de l’ignorance. Il doit avoir sué, rêvé́, imaginé corrigé des mois durant pour se retrouver devant une salle vide. C’est que lui n’est soutenu ni par un grand éditeur ni par un lobby ni par l’IA.

Yassine, nous tous pleurons la littérature, l’art, et les belles choses qui meurent chez nous.

 

Mbarek Ould Beyrouk

Facebook – Le 23 octobre 2026

 

 

 

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