Jeune Afrique – Les faits. Après le premier « straw poll » tenu à New York, ce 30 juillet, dans le cadre du processus de désignation du prochain secrétaire général de l’ONU, les résultats du « vote indicatif » à huis clos au sein du Conseil de sécurité ont aussitôt fuité, comme il est de coutume. Lors de cette partie de poker élective en plusieurs manches successives, dont Jeune Afrique a déjà détaillé le fonctionnement atypique, les quinze États représentés ont dessiné les premières tendances au bénéfice ou au préjudice de chacun des sept candidats en lice.
Ce premier tour de scrutin s’est révélé favorable à la candidate costaricienne Rebeca Grynspan Mayufis, qui a engrangé dix bulletins « encourage », un seul bulletin « décourage » et un bulletin « sans opinion ». Elle devance de peu la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett (respectivement neuf, deux et quatre) et l’Argentin Rafael Grossi (sept, deux et six).
L’avenir s’annonce nettement moins radieux pour l’ex-président sénégalais Macky Sall, qui doit se contenter d’un solde négatif : six bulletins « encourage », sept bulletins « décourage » et deux « sans opinion ». Candidat de dernière minute, l’Ougandais Olara Otunnu est le moins bien loti du groupe avec seulement deux encouragements et cinq découragements.
Le contexte. Cette première étape des votes indicatifs à bulletin secret devrait se prolonger jusqu’à la fin du mois de septembre, à raison d’environ un tour de scrutin par mois. Si les tendances actuelles se confirment, les candidats accumulant trop de « découragements » pour espérer atteindre l’objectif requis d’au moins neuf voix sur quinze auront la possibilité de se retirer de la course, même s’ils n’y sont pas pour autant contraints.
Au cours de la seconde phase du processus de sélection, l’écrémage se fera plus radical, puisque les cinq membres permanents (P5) pourront faire usage de bulletins d’une couleur différente. Un « décourage » venant de l’un d’eux équivaudrait alors à la menace, pour le candidat concerné, d’un veto pur et simple lors du vote final.
Ce que ça change. Si le suspense demeure, trois candidats, dont Macky Sall, se heurtent dès à présent à un taux de « découragement » problématique. Plus le nombre de ces bulletins est important, plus la probabilité qu’un P5 fasse partie des votants manifestant leur défiance est en effet élevée.
Outre les deux candidats africains, la Chilienne Michèle Bachelet, qui en totalise cinq, se retrouve, elle aussi, sur la sellette. Mais à raison de 36 bulletins « sans opinion » lors de ce premier vote, soit une moyenne d’environ cinq par candidat, le processus de désignation est encore trop parcellaire pour qu’il soit permis de spéculer sur son issue.
Les réactions. La principale est venue du candidat sénégalais, qui avait mené une campagne dynamique lui permettant d’espérer mieux. « À ce stade, les consultations témoignent d’une compétition ouverte, aucun résultat n’étant définitif et le processus devant se poursuivre. Ce premier vote-test semble indiquer une certaine orientation en faveur d’une candidature féminine issue de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Cette tendance reste toutefois provisoire jusqu’à ce qu’un consensus se dégage à l’issue d’un vote formel du Conseil de sécurité », a ainsi fait savoir, dans la soirée du 30 juillet, l’équipe de campagne de l’ancien chef d’État.
L’analyse. Cela n’est pas une découverte. Depuis le premier jour, deux tendances de fond président au processus de sélection de celui ou celle qui succédera, le 1er janvier 2027, au Portugais António Guterres. D’un côté, un principe non écrit de rotation géographique censé favoriser cette année l’Amérique latine et les Caraïbes.
De l’autre, l’espoir de parvenir enfin à dépasser ce constat affligeant : jamais, depuis la création de l’ONU, en 1945, une femme n’a eu à occuper le secrétariat général de l’organisation. Sur le papier, un homme originaire du continent africain part donc avec un handicap certain. Les subtilités du consensus géostratégique requis au sein du cercle fermé des dix membres élus et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité permettront-elles à Macky Sall de le convertir en atout ?
Source : Jeune Afrique
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