Services consulaires et restructuration des communautés, c’est l’une des thématiques déclinées à la première édition du Forum des Diasporas mauritaniennes (octobre 2026).
D’emblée, le Collectif des cadres mauritaniens expatriés (CCME) salue cette initiative et part du constat que les réformes qui ont précédé le Forum et qui s’inscrivent dans le sens du renforcement du lien entre la Mauritanie et ses ressortissants à travers le monde.
La possibilité de conserver sa nationalité mauritanienne en cas d’acquisition d’une autre, la représentation des communautés à l’Assemblée nationale, l’application Houweyti et depuis juillet 2026, le bouquet de services numériques du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Mauritaniens de l’extérieur (MAECA ME) sont autant de mesures salutaires et encourageantes. Le CCME s’est engagé à y contribuer dans une démarche constructive, bâtie sur l’expertise de ses membres et l’expérience des usagers.
L’ambition du CCME est d’accompagner l’Etat à consolider les acquis pour des services consulaires accessibles et protecteurs, des communautés organisées, informées et associées au dialogue et une action publique en faveur de la Diaspora appuyée sur des données fiables. La vision du CCME prône une politique nationale dédiée aux Mauritaniens de l’extérieur, dotée d’objectifs, de ressources et d’un suivi effectif.
Des acquis à rendre tangibles pour chaque usager
Le dispositif mis en place repose sur une plateforme consulaire dotée de 9 services, dont l’inscription au registre pour accès à la carte consulaire, les prises de rendez-vous, etc. Houweyti permet, depuis 2023, de demander des documents d’état civil à distance. Ces outils constituent une base solide de réponse aux besoins des usagers de l’état civil et des documents administratifs. L’objectif visé est d’assurer qu’ils soient des services utilisables et réellement efficaces, car une démarche en ligne n’a de valeur que si elle aboutit, dans un délai raisonnable et préalablement communiqué à l’usager.
Une attention spécifique doit être portée aux mauritaniens éloignés d’un poste consulaire notamment ceux disposant de capacités limitées en numérique, élargie aux personnes confrontées à des difficultés d’enrôlement à l’image des migrants en situation instable ou irrégulière.
Pour ce faire, le CCME recommande de passer de ces mesures à un engagement réel, qui requiert à la fois le renforcement du rôle des missions consulaires ainsi que la prise en considération des retours d’expérience émanant des communautés. Le CCME propose l’établissement pour chaque poste consulaire d’une ligne d’orientation et d’urgence par WhatsApp, outil déjà largement utilisée par les communautés mauritaniennes. L’égalité d’accès de tous les citoyens à l’état civil et aux documents administratifs, sans distinction, demeure sans doute fondamentale pour la confiance.
Des Données fiables sur les Mauritaniens de l’Extérieur
Devant le Comité des Nations Unies pour la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille (décembre 2025), la délégation mauritanienne a indiqué que les autorités s’efforcent encore à déterminer le nombre exact de mauritaniens vivant à l’étranger.
Pour autant, le projet de registre consulaire numérique unifié, annoncé par les autorités, offre l’occasion de combler, en partie, cette lacune.
Le CCME préconise un programme de recensement, conduit avec les services statistiques nationaux et soutenu par les partenaires techniques et financiers, qui fournira des données désagrégées par pays de résidence, sexe, âge et situation migratoire.
Un réseau consulaire accessible, protecteur et efficace
La Convention de Vienne de 1963 et la Convention pour la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille (article 23) placent l’assistance aux ressortissants au cœur de la fonction consulaire. Dans ces observations finales (CMW/C/MRT/CO/2), le Comité recommande à la Mauritanie de faciliter l’assistance consulaire, notamment en cas de détention et d’expulsion et de veiller à ce que ses services consulaires remplissent mieux leur mission de protection.
Le CCME propose de poster un référent « protection et assistance » dans chaque mission et l’adoption d’un protocole commun d’urgence, dans la foulée des réformes du MAECAME. Une attention particulière doit être portée aux ressortissants détenus, aux femmes et mineurs, ainsi qu’aux personnes en situation migratoire irrégulière.
Restructuration pour des communautés organisées et associées
La Diaspora dispose d’un tissu associatif vivant avec des contributions appréciées au développement selon les observations (à travers les transferts de fond, la construction d’infrastructure de base, dans certains villages, etc.), mais peu fédéré et différemment structuré d’un pays à l’autre. Or la structuration conditionne la relation avec l’Etat car une communauté organisée accède plus rapidement à l’information consulaire, et la relaye. De plus elle oriente ses membres et fait remonter les difficultés. La plateforme du MAECAME dédiée à la Diaspora, Jaliyat prévoit déjà l’enregistrement des associations. Nous soutenons l’idée d’un partenariat à envisager entre la MAECAME et les associations de la Diaspora, dans ce sens.
En outre, le CCME encourage la mise en place de modèle de référence de Conseil Consultatif de la Diaspora Mauritanienne, élaboré par le MAECAME avec les missions et les associations. Ce modèle sera testé dans quelques pays, puis ouvert à toutes les communautés de mauritaniens de l’extérieur. Ses principes seront à minima l’ouverture, dans le but de permettre la participation de toutes les composantes, en partenariat avec la mission diplomatique et consulaire ; la neutralité et la délimitation de son rôle qui ne devrait empiéter sur les missions étatiques.
Un Suivi concret : après le Forum, transformer les recommandations en résultats
Le Forum ne devrait pas être l’aboutissement, mais le point de départ d’un engagement concret entre l’Etat et ses ressortissants. LE CCME propose que les conclusions retenues fassent l’objet d’un plan d’action adopté par les plus hautes autorités, assorti d’un calendrier et d’indicateurs de résultats.
Ce suivi porté par la Direction des Mauritaniens de l’extérieur du MAECAME, devrait s’accompagner de la mise sur pied immédiatement d’un Comité interministériel de suivi des conclusions du Forum de 2026 et associer les missions diplomatiques et consulaires, les représentants des communautés de la Diaspora, les partenaires techniques et financiers. Aussi nous recommandons de pérenniser cet élan par l’établissement d’une Institution nationale de soutien à la Diaspora chargé de rapprocher durablement ses communautés des institutions de la nation.
Le CCME réitère son engagement pour contribuer à ces objectifs, dans la perspective d’un renforcement durable des capacités nationales à agir au service des Mauritaniens de l’extérieur.
Madina ATHIE
Point Focal Europe du CCME
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