
Entre difficultés financières, barrières linguistiques et crainte liée à leur situation administrative, certaines femmes migrantes rencontrent des obstacles dans l’accès aux soins en Mauritanie. Face à ces difficultés, les centres de santé communautaires peuvent constituer une alternative de proximité, tandis que des dispositifs de couverture sanitaire tentent de faciliter leur prise en charge.
Par Hawa Bâ
Installée à Nouakchott depuis cinq ans, Fatou Gningue, Sénégalaise de 35 ans, est vendeuse de poisson. Pour elle, accéder aux soins ne consiste pas seulement à trouver un établissement de santé : il faut aussi pouvoir payer la consultation, se faire comprendre du personnel et se sentir en confiance.
« Il est plus facile d’accéder à la santé dans les centres privés que dans les centres étatiques », témoigne-t-elle. Elle dit avoir parfois le sentiment d’être considérée avant tout comme une étrangère lorsqu’elle se présente dans certaines structures publiques.
Selon son récit, ces difficultés se traduisent par des dépenses qu’elle juge élevées, un sentiment de négligence et des problèmes de communication avec certains prestataires. Elle évoque également la crainte que sa situation administrative soit signalée aux autorités migratoires, une inquiétude susceptible de la dissuader de consulter.
« Souvent, on préfère ne pas y aller », confie-t-elle.
Son témoignage met en lumière un dilemme auquel certaines femmes migrantes peuvent être confrontées : chercher à se faire soigner malgré les obstacles ou renoncer aux soins par peur, faute de moyens ou en raison de difficultés de communication.

Ces préoccupations rejoignent les obstacles identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans l’accès des migrants aux services de santé, notamment les difficultés financières, administratives et linguistiques, ainsi que la crainte des autorités migratoires.
Les centres communautaires, un recours de proximité
Pour certaines femmes migrantes, les centres de santé communautaires peuvent offrir une réponse plus accessible, notamment grâce à leur proximité avec les populations et à leur approche de l’accueil.
Haoussa N’Diaye, ancienne professionnelle de la santé communautaire et ex-responsable d’un tel centre, se souvient d’une pratique axée sur la prise en charge des personnes disposant de faibles ressources.
« À mon époque, il n’y avait pas de procédure ou de protocole particulier. Je laissais les étrangers comme les Mauritaniennes accéder aux services de notre centre comme il se devait », explique-t-elle.
À ses yeux, la nationalité ne devait pas constituer un obstacle à l’accès aux services de santé.
Les demandes qu’elle recevait concernaient principalement la santé reproductive, notamment les consultations prénatales et gynécologiques ainsi que la planification familiale. D’autres patientes sollicitaient des consultations de médecine générale ou des conseils en matière de santé.
Cette expérience souligne le rôle que peuvent jouer les structures de proximité dans l’information, la prévention et l’orientation des patientes. Elle ne permet toutefois pas d’affirmer que l’ensemble des centres communautaires offrent systématiquement de meilleures conditions d’accès que les établissements publics.
Entre droit aux soins et réalités du terrain
L’accès aux soins des femmes migrantes doit également être examiné à la lumière des engagements et des dispositions en vigueur en Mauritanie.
Dans des réponses communiquées aux Nations unies, les autorités mauritaniennes ont indiqué que les soins médicaux, y compris les soins d’urgence, doivent être dispensés sans discrimination fondée notamment sur la nationalité ou le statut migratoire. Elles ont également mentionné l’arrêté ministériel n° 1042/MS du 16 avril 2003 relatif à la prise en charge des personnes indigentes.
Toutefois, l’existence d’un cadre officiel ne garantit pas, à elle seule, que toutes les patientes bénéficient des mêmes conditions d’accueil, de tarification et de prise en charge.
Le témoignage de Fatou Gningue pose ainsi la question de l’application effective des dispositions en vigueur et de l’écart qui peut exister entre les principes affichés et l’expérience vécue par les femmes migrantes.
Au-delà du droit formel, l’enjeu est donc de rendre les services de santé financièrement accessibles, compréhensibles et suffisamment rassurants pour que les patientes puissent y recourir sans crainte.
Source : Initiatives News – (Mauritanie)
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