
Agence de Presse Africaine – Le renforcement des contrôles migratoires au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal contribue à déplacer vers le sud les points de départ des migrants ouest-africains qui tentent de rejoindre l’Europe. La Gambie s’affirme dans cette recomposition des itinéraires vers les îles Canaries, tandis que les opérations de sauvetage et les naufrages témoignent des risques associés à ces traversées, a constaté APA.
Selon des données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) publiées le 14 octobre 2026, les arrivées en Europe de migrants originaires d’Afrique de l’Ouest ont diminué de 59 % au premier semestre 2026, par rapport à la même période de 2025, pour s’établir à 4 566 personnes. Cette baisse concerne notamment les ressortissants du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de la Gambie.
Cette diminution des arrivées s’accompagne d’une évolution des itinéraires. Les ressortissants ouest-africains représentent désormais 21,9 % des arrivées sur la route de la Méditerranée occidentale, contre 15,6 % auparavant. Sur la route atlantique vers les Canaries, les arrivées ont reculé de 62 % entre 2024 et 2025, mais le nombre de morts et de disparus est passé de 1 172 à 1 215.
L’OIM souligne que le renforcement des contrôles migratoires au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal contribue au déplacement des points de départ vers le sud. Certaines traversées se sont ainsi allongées d’environ 750 kilomètres, pour atteindre quelque 2 200 kilomètres, augmentant l’exposition des passagers aux pannes, au manque de vivres et d’eau, ainsi qu’aux naufrages.
La Gambie illustre cette évolution. Le 3 septembre 2026, une pirogue partie des côtes gambiennes a été secourue au sud des Canaries après 26 à 27 jours de dérive. Selon la plateforme « Sur les traces du migrant », 128 personnes avaient embarqué au départ, mais seuls 45 passagers ont survécu. Plus de 80 personnes, dont un nourrisson, ont péri au cours de cette traversée.
Les départs depuis la Gambie concernent également des ressortissants de plusieurs pays de la sous-région. Le 31 mai 2026, les garde-côtes mauritaniens ont intercepté une embarcation en provenance de Gambie transportant 223 candidats à l’émigration irrégulière. Les passagers étaient originaires notamment du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée, du Burkina Faso, du Nigéria et de la Côte d’Ivoire.
Le 20 octobre, 171 migrants ont également été secourus après l’échouement de leur pirogue à Pilote Bar, dans la commune de Gandiol, au nord du Sénégal. Le groupe comprenait 114 Gambiens, 37 Sénégalais et un ressortissant guinéen. Les premiers éléments de l’enquête indiquaient que l’embarcation avait quitté les côtes gambiennes le 15 octobre à destination de l’Espagne.
La recomposition des itinéraires s’accompagne d’une activité de réseaux présumés de trafic de migrants opérant à travers plusieurs pays. Dans une affaire révélée le 1er octobre, un réseau transnational entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau a été démantelé. Selon l’enquête menée par la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées, quelque 190 candidats au voyage auraient été recensés pour une traversée clandestine vers les Canaries. Près de 140 d’entre eux auraient été regroupés dans un appartement à Bara, en Gambie, avant leur transfert prévu vers le Sénégal.
Les risques ne se limitent pas aux embarcations parties de Gambie. Le 2 janvier 2026, un naufrage au large des côtes gambiennes avait fait au moins sept morts. Quatre-vingt-seize candidats à l’émigration avaient été secourus par la marine gambienne, tandis que d’autres passagers étaient portés disparus. L’embarcation avait quitté le village de Jinack, dans la région de la North Bank, pour une traversée irrégulière vers l’Europe.
Ces événements montrent que la baisse des arrivées en Europe ne signifie pas nécessairement une diminution des dangers encourus sur les routes migratoires. Le déplacement des points de départ, l’allongement des distances et la précarité des embarcations continuent d’exposer les migrants à des risques majeurs.
La réponse régionale reste confrontée à un double défi : renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs et protéger les personnes en déplacement. La directrice générale de l’OIM, Amy Pope, a appelé à une coopération accrue entre les États et au développement de voies migratoires sûres, estimant qu’aucun pays ne pouvait résoudre seul cette situation.
La mobilité ouest-africaine ne se résume toutefois pas aux départs vers l’Europe. Selon des données de l’OIM, plus de 77 % des 11,3 millions de migrants vivant en Afrique de l’Ouest et du Centre sont originaires de cette même région. La recherche d’emploi, les échanges économiques, les liens familiaux et les contraintes environnementales alimentent ces déplacements. Le défi pour les États demeure donc de concilier la gestion des frontières, la libre circulation régionale, la protection des migrants et la création de perspectives économiques durables.
Source : Agence de Presse Africaine (APA)
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