
Le HuffPost – En 2024, quelques semaines avant son retour à la Maison Blanche, la fortune de Donald Trump s’élevait à 2,3 milliards de dollars. Aujourd’hui, elle est de 7,6 milliards, d’après l’agence Bloomberg. Depuis qu’il a entamé son second mandat, il est devenu le président des États-Unis qui s’est le plus enrichi en occupant la fonction.
Pour tenter de comprendre à quoi est dûe cette spectaculaire accumulation de richesses, le Bureau américain de l’éthique gouvernementale a rendu publique la déclaration financière annuelle de Donald Trump. Longue de 927 pages, truffée de toutes petites lignes, elle permet de retracer le fil du parcours économique du président américain.
Son amour pour la cryptomonnaie
Le 17 janvier 2025, à quelques heures de son investiture, Donald Trump dévoile à la surprise générale une cryptomonnaie à son effigie, le $TRUMP. Il lance l’émission d’un milliard de jetons virtuels, une opération qui lui permet d’engranger 635 millions de dollars.
Ce mouvement illustre la relation privilégiée entre le président des États-Unis et cet univers. Donald Trump, qui souhaite « faire des États-Unis la capitale mondiale de la cryptomonnaie », a massivement investi dans les monnaies électroniques, et il a travaillé depuis le Bureau ovale à déréguler l’écosystème.
Au 29 juin, il possède 288 millions de dollars de cryptomonnaies, dont 150 millions en Ethereum et 33 millions en Bitcoin, les deux monnaies virtuelles les plus connues. Et surtout, il a érigé au cœur de son système une entreprise : World Liberty Financial. Donald Trump a créé cette société en 2024, en compagnie de son cercle très privé : ses fils Eric et Donald Jr, et Zach et Alex Witkoff, la progéniture de son proche collaborateur et ami Steve Witkoff.
Ensemble, ils ont fait en sorte de maximiser leurs profits, tout en investissant très peu. Comment ? Grâce à un montage financier. World Liberty Financial a lancé sa propre cryptomonnaie, le WLFI, qui a rapporté 550 millions de dollars à son démarrage. Sur cette somme, 75 % revient à une autre compagnie, DT Marks DeFi LLC, entièrement détenue par la famille Trump. Une opération qui a rapporté à cette dernière plus de 410 millions de dollars.
En 2025, Donald Trump a, au total, engrangé environ 1,4 milliard de dollars avec les monnaies virtuelles. Mais il l’a fait au détriment d’autres personnes : celles ayant investi dans les produits poussés par le président étatsunien. La valeur des différents jetons virtuels a chuté depuis leur lancement. Les investisseurs dans le WLFI ont perdu environ 674 millions de dollars, selon une enquête de Reuters. Et le $TRUMP a fait perdre 3,8 milliards de dollars à un million de personnes.
Immobilier, produits dérivés, et délit d’initié
En parallèle, Donald Trump continue d’engranger d’importants revenus avec son premier amour : l’immobilier. D’après le Wall Street Journal, ses placements lui ont rapporté plus de 575 millions de dollars.
Son club privé de Mar-A-Lago en Floride a généré 77,5 millions de dollars, son golf à Miami 122 millions, ou bien un autre golf dans le New Jersey plus de 35 millions. Ses revenus liés à l’exploitation de son sport préféré, générés par les personnes qui viennent jouer dans ses différents clubs, s’élèvent d’ailleurs à près de 250 millions de dollars.
Autre élément qui rapporte beaucoup d’argent à Donald Trump : son nom, accolé à divers complexes hôteliers à travers le monde. Le président des États-Unis a empoché 5 millions de dollars grâce au naming d’un hôtel à Abu Dhabi, 5 millions à Bucarest, et 10 millions à Dubaï.
Il vend également des produits dérivés en tout genre, comme des montres, des livres, et mêmes des bibles. Des ventes qui lui ont rapporté 8,5 millions de dollars.
Donald Trump a même compris que sa parole valait cher. En juillet, il a lancé un accès payant à ses annonces sur son réseau Truth Social. Avec un abonnement entre 60 000 et 100 000 dollars par mois, les investisseurs s’offrent la possibilité d’anticiper les réactions des marchés aux annonces du président américain, et de faire du profit en vendant ou en achetant des actions ou des matières premières.
Une entreprise familiale
Absolument tout, pendant la présidence de Donald Trump est un moyen de faire de l’argent. Interrogé sur le sujet, il explique pourtant qu’il « ne (s)’implique pas dans (ses) finances personnelles », et a recours à des fonds pour les gérer.
Il concède également laisser ses enfants « faire ce qu’ils veulent », sans les consulter au préalable. Pourtant, la famille s’est montrée extrêmement chanceuse en affaires depuis son retour à la Maison Blanche. Chaque membre a fait preuve d’une capacité à gérer des deals parfois spectaculaires, et souvent lucratifs.
Très discrète, Melania, la femme du président, tire profit de son image. Elle a perçu 10,7 millions de dollars pour les droits du documentaire sur sa personne, produit et diffusé par Amazon.
Eric et Donald Jr, qui gèrent la Trump Organization, font, eux, affaire en profitant des décisions politiques de leur père. Par exemple, quand l’administration Trump envisage d’accorder jusqu’à 1,6 milliard de dollars de financement pour un projet minier au Kazakhstan, les fils du président américain font partie des investisseurs qui bénéficient d’une partie de cette somme.
Le gendre du président américain, Jared Kushner, a lui aussi son mot à dire. Second plus gros portefeuille du clan Trump, avec une fortune estimée à plus d’un milliard de dollars, il mélange la diplomatie et les affaires. Conseiller officieux de Donald Trump dans les zones de conflit, il profite de sa position privilégiée pour jouer ses cartes personnelles. Comme lorsqu’il boucle le rachat de l’éditeur de jeux vidéo Electronic Arts avec le fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite pour 55 milliards de dollars, pays essentiel dans les négociations concernant la bande de Gaza et qui souhaite investir massivement aux Etats-Unis.
Accusations de conflits d’intérêt
En janvier dernier, Donald Trump déclarait au New York Times qu’il « a découvert que tout le monde se fichait » de ses finances. Mais, ce n’est pas le cas, bien au contraire. De nombreux élus démocrates dénoncent les agissements de l’homme d’affaires au pouvoir, et réclament des enquêtes.
Le 3 juin, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren s’attardait sur les mouvements financiers du président américain. « Le 6 janviers, Donald Trump a acheté pour un million de dollars d’actions Nvidia. Une semaine plus tard, son administration a changé la législation américaine, et a assoupli les règles de contrôle d’exports pour que Nvidia puisse vendre ses puces à la Chine. Maintenant, le prix des actions Nvidia a explosé », relevait-elle lors d’une audition du secrétaire au Trésor des États-Unis Scott Bessent.
Le 12 août, la sénatrice a publié, conjointement avec le représentant démocrate Robert Garcia, une lettre de 17 pages. Dedans, les élus demandent à Donald Trump de révéler les noms des gestionnaires financiers chargés de ses décisions d’investissement.
Les élus démocrates s’inquiètent « des risques de délit d’initié, de manipulation des marchés et de décisions politiques favorables aux finances » du président étatsunien. Ils ont sommé ce dernier de fournir des réponses à leurs interrogations avant la fin du mois d’août.
Leur travail doit nourrir un projet de loi visant à interdire aux présidents de détenir des actions à titre personnel, ce qui est jusqu’à présent autorisé et devant être déclaré.
Source : Le HuffPost (France)
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