Je pense qu’en Mauritanie, nous avons encore besoin d’apprendre quelque chose d’essentiel : le monde ne fonctionne pas partout selon les mêmes codes, les mêmes habitudes et les mêmes références religieuses et culturelles. Il est bien d’avoir des convictions profondes, être attachés à la religion et vouloir la défendre, mais cela ne signifie pas qu’il faut les transposer de la même manière dans n’importe quelle société.
Il faut apprendre aux enfants, dès l’école, puis à l’université, qu’il existe des différences de culture, de religion, de sensibilité et de manière de vivre. Respecter ces différences ne signifie pas renoncer à sa foi ou à son identité. Cela signifie simplement comprendre que l’autre a lui aussi son histoire, ses règles, ses sensibilités et son espace qu’il faut respecter. Un Mauritanien qui voyage, étudie ou travaille à l’étranger doit être capable de comprendre l’environnement dans lequel il se trouve et d’adapter son comportement au contexte.
C’est particulièrement important lorsqu’on parle de l’espace public. Ce qui peut être parfaitement normal dans une mosquée, dans une maison, dans un cercle religieux ou dans notre propre quartier peut ne pas être perçu de la même façon dans une rue ou sur une place publique d’un pays où les références culturelles et religieuses sont différentes. La séparation de l’Etat (l’espace public en question !) et la religion (souvent instrumentalisée à des fins culturelles, mercantiles, etc.) est la religion. Il faut donc apprendre à distinguer l’espace privé de l’espace public, et surtout à comprendre que l’espace public appartient à tout le monde. Cette éducation devrait faire partie de ce que nous transmettons dans nos écoles et nos universités.
Parce qu’aujourd’hui, le Mauritanien ne peut pas vivre en dehors du reste du monde. Il voyage, émigre, étudie à l’étranger, travaille avec des étrangers et rencontre quotidiennement des personnes qui ne pensent pas comme lui. Nous devons donc lui apprendre non seulement à connaître ou refonder sa propre culture, mais aussi à comprendre celle des autres.
Souleymane Sidibé
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