En RD Congo, Félix Tshisekedi de plus en plus sous pression

Changement de Constitution, partisans de l’ancien régime traqués, manifestations réprimées, corruption... La gouvernance de Félix Tshisekedi est de plus en plus soumise aux critiques tandis que la situation dans l’Est ne progresse pas, au contraire de l’épidémie d’Ebola, devenue incontrôlable.

Afrique XXI  – En marquant un but de dernière minute contre le Portugal, les Léopards de la République démocratique du Congo (RD Congo), déployés dans le stade de Houston le 17 juin, ont offert quelques moments de bonheur à leurs compatriotes qui suivaient avec passion la Coupe du monde de football (11 juin-19 juillet). De Kinshasa à Goma en passant par Lubumbashi, Bruxelles ou Paris, le drapeau de la RD Congo a flotté haut1, pour la première fois depuis cinquante-deux ans, l’époque de Mobutu Sese Seko (au pouvoir de 1965 à 1997).

Installé dans la tribune d’honneur de Houston, le président congolais, Félix Tshisekedi, n’a pas boudé son plaisir. Aucun de ses compatriotes ne lui a reproché d’avoir préféré le suspense du foot à une réunion convoquée à New York, au même moment, par l’OMS, exclusivement consacrée à la lutte contre l’épidémie d’Ebola. La variante dite de Bundibugyo, née dans l’Ituri, le « grand Nord » de la RD Congo, progresse implacablement, entraînant des centaines de victimes. Dans un contexte régional marqué par la guerre, les exodes et l’insécurité, les populations n’appliquent guère les consignes données par un pouvoir rebelle, celui du M23, considéré comme une force d’occupation.

L’inquiétude suscitée par la propagation du fléau a d’ailleurs failli faire échouer le déplacement présidentiel, car les États-Unis, soucieux d’empêcher une éventuelle contagion, avaient drastiquement réduit l’accès à leur territoire aux ressortissants de la RD Congo, y compris à l’escorte du chef de l’État.

Mais à peine Tshisekedi avait-il quitté le Texas que la réalité de son pays se rappelait à lui : ses propos tenus à Houston, en marge du Mondial, où il a qualifié de « chien » son prédécesseur Joseph Kabila, lui ont été vivement reprochés. L’ancien président est désormais désigné comme l’ennemi numéro 1 du régime.

Un désaveu des Églises sur le changement de Constitution

Sur un autre registre, la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), qui rassemble les évêques de toutes les provinces, a publié une sentence sans appel – avec cependant l’abstention de deux évêques du Kasaï – sur les projets de changement de Constitution du président. Les prélats congolais ont assuré avec fermeté qu’« ils ne voyaient ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de modifier la Constitution ».

Un désaveu alors que cette modification doit lui permettre de briguer un troisième mandat. En exprimant leur veto, les prélats catholiques ont fait preuve de constance : nul n’a oublié les nombreuses manifestations inspirées par les Églises en 2018 et visant à dissuader le président sortant Joseph Kabila de se représenter au terme de son deuxième mandat, qui, selon la Constitution, devait être le dernier. À l’époque, sous la pression de la rue, mais aussi face à la réprobation internationale et aux menaces de sanctions, Joseph Kabila s’était incliné, non sans regrets.

Fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, qui a longtemps vécu à Bruxelles, où la famille s’était réfugiée, Félix Tshisekedi, désigné vainqueur contre Martin Fayulu en dépit de la probable victoire de ce dernier, avait été jugé plus conciliant, voire plus malléable, que Joseph Kabila par les Européens et les Belges. Ces derniers n’ont jamais pardonné à l’ancien président d’avoir cédé aux Chinois les mines du Katanga.

La répression des manifestations

Sur le plan intérieur, mais aussi à Bruxelles, Félix Tshisekedi, une fois président, s’est appuyé sur une importante communauté d’origine kasaïenne, la province d’origine de la famille Tshisekedi. Cette dernière dispose de relais anciens dans le monde politique bruxellois, dont plusieurs élus d’origine congolaise ayant acquis la nationalité belge. Ces amitiés de longue date pourraient expliquer la relative tolérance dont Bruxelles fait preuve à l’égard du régime actuel. L’actuel ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prevôt (démocrate-chrétien), fut cependant le seul dirigeant européen à protester contre la répression des dernières manifestations de l’opposition à Kinshasa, en juin, au cours desquelles des leaders comme Martin Fayulu ou Delly Sesanga furent frappés et blessés tandis que les jeunes militants des « Forces de progrès » ont été dénoncés comme étant une véritable milice au service du pouvoir.

La relative bienveillance dont Bruxelles continue de faire preuve à l’égard de Kinshasa contraste fortement avec les blâmes adressés au Rwanda pour le soutien apporté aux rebelles du M23. Ces critiques ont entraîné la rupture des relations diplomatiques entre Kigali et Bruxelles tandis que le président Kagame a droit à tous les honneurs en France et est désormais reçu en ami par le président, Emmanuel Macron.

En réalité, si Félix Tshisekedi désigne volontiers la Belgique comme son « deuxième Congo », c’est-à-dire sa « deuxième patrie », c’est sur Washington qu’il s’appuie réellement. Il a ouvert la voie aux entreprises états-uniennes qui lorgnent sur le coltan de Rubaya (Nord-Kivu), le lithium de Manono (Maniéma) et l’or de l’Ituri. Les États-Unis souhaitent également ouvrir des corridors économiques pour ramener vers les ports atlantiques, dont celui de Lobito, en Angola, les ressources minières de l’est du pays. Félix Tshisekedi a déjà réussi à provoquer de fortes pressions états-uniennes sur le Rwanda de Paul Kagame. Au lendemain des accords signés à Washington le 4 décembre 2025, les rebelles du M23 et leurs alliés rwandais ont interrompu leur descente vers le sud, en se retirant d’Uvira, la capitale du Sud Kivu.

Une guerre qui coûte des milliards de dollars

Malgré tout, les combats se poursuivent sur les haut plateaux du Sud-Kivu : des soldats rwandais appuient les rebelles du M23 pour tenter de protéger des communautés tutsies, mais ils visent surtout les Forces démocratiques pour la défense du Rwanda (FDLR), fondées par des Hutus rwandais ayant participé au génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Ils sont de mieux en mieux introduits à Kinshasa (Jean-Luc Habyarimana, fils du président rwandais tué en 1994, a été reçu par le chef de l’État), et la réalité de leur présence militaire sur le terrain confirme les accusations du président Kagame selon lesquelles les FDLR restent une menace pour le Rwanda sans que Kinshasa s’en préoccupe.

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Colette Braeckman

Reporter au service International du quotidien belge le « Soir », Colette Braeckman est spécialiste de l’Afrique centrale et des Grands lacs, en particulier du Rwanda, du Burundi et de la RD Congo

 

 

Source : Afrique XXI

 

 

 

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