Ils arrivent méchants

So Foot Froide comme l’étaient certaines grandes nations dominatrices avant elle, l’équipe de France se profile, tour après tour de ce Mondial 2026, comme le dernier grand squale du foot de sélection. Et si c’était nous, les méchants ?

C’est une expression devenue publique au soir d’une démonstration contre la Suède (3-0), il y a dix jours déjà, peut-être il y a mille ans, un temps où la France commençait à peine à rassurer sur l’état de sa défense et la complémentarité de sa ligne d’attaque. « On arrive méchants…🤨 », donc, mots choisis par Kylian Mbappé pour illustrer la désormais traditionnelle « story avion » qui accompagne chaque retour français à la maison – Boston, en l’espèce – pas par hasard, on l’a compris plus tard. Le slogan s’est imposé dans l’équipe depuis le stage d’avant-compétition à Clairefontaine, comme des expressions prennent parfois dans un groupe, et sans doute traduit-il un état d’esprit interne tout autant que ce que le monde peut s’en dire. En enchaînant un titre mondial, une finale et, en attendant plus, une troisième demie consécutive (seule la Mannschaft a fait mieux entre 2002 et 2014), les Bleus des années 2020 sont l’Allemagne des uns ou le Brésil des autres : des grands méchants à abattre. Rajoutez-y le titre de 1998, l’édition 2006 ou les Euros 2000, 2016 et 2024, et vous obtenez un cauchemar pur et simple pour les gamins de cette planète, petits supporters pleins d’espoirs effrayés par Sully dans Monstres & Compagnie.

« On sent qu’ils veulent aller au bout  »

Cette impression vient des attitudes : des joueurs sûrs de leur force, sereins comme l’était le Real qui savait, de tout match de Ligue des champions, qu’il allait marquer à un moment. En conférence de presse d’après-match, ce fut d’ailleurs un point abordé par Mohammed Ouahbi, que l’on n’avait jamais entendu chez les autres avant lui : « On sent qu’il y a très peu d’énervement sur le terrain de leur côté, on peut entendre qu’ils s’encouragent beaucoup. On sent qu’ils veulent aller au bout. » Un sentiment, le genre de choses qui vous pénètre sous la peau bien plus profondément que des mots – qu’ils prononcent, par ailleurs, on le reprocha suffisamment à Rayan Cherki. C’est aussi sûrement la force d’un effectif où évoluent cinq double champions d’Europe, accomplissement qui vous fait forcément aborder les choses avec une tranquillité certaine. Ainsi, tout comme les adversaires de Paris commençaient leurs matchs à 0-1 dans leurs têtes, ceux de l’équipe de France arrivent désormais le dos courbé. L’occasion de dire que Mbappé mis à part, seuls des Parisiens ont marqué pour les Bleus dans la compétition, pour tirer le fil jusqu’au bout.

Un Deschamps heureux, quelque part dans le ventre du Gillette Stadium : « Peut-être que le fait de voir notre équipe et ce qu’on est capables de faire conditionne l’adversaire à s’adapter à nous. Il sait qu’on est dangereux dans beaucoup de domaines, donc il fait en sorte de limiter les dangers, mais le danger vient de partout. Et quand on n’a pas le ballon, on défend de mieux en mieux. »Détestable équipe qui ne panique jamais, même quand on lui impose un défi physique et mental pipé à faire dérailler le Shinkansen (Paraguay), horrible collectif qui vous roule dessus sans un mot d’excuse (Irak), ignoble défense qui vous musèle au corps à corps (Sénégal), foutu milieu à deux qui fait le travail pour trois (Suède), foutus attaquants qui attaquent (Norvège). « Ils ont rarement eu autant de talents, glissa Ouahbi, je ne sais pas si je peux le dire, mais “qui courent”. Le plus important quand vous avez des talents, c’est de les faire courir. » Le plus grand d’entre eux – dans ce Mondial – est surnommé Mobutu, si ça, c’est pas un truc de grand méchant…

Bientôt, la détestation

La France serait-elle devenue l’épouvantail du foot de sélections ? Pour sûr, même s’il faut se pincer pour y croire, mais autre chose qu’une victoire le 14 juillet prochain, face à l’Espagne ou la Belgique, puis le 19 juillet à New York, passerait pour une contre-performance, preuve que les Bleus sont passés dans une autre dimension. Celle du monde froid de la gagne, sans euphorie ni contentement à chaque palier franchi, Deschamps et ses hommes ne cessant de parler « d’étapes » et de « mission », comme des GI parachutés au Vietnam. Avec ceci viendra un inévitable : bientôt, l’équipe de France sera détestée. Elle l’est probablement déjà, quand même ses arabesques la préserve encore de la haine propre aux gagne-petits. C’est l’apanage des grands de ce monde, de tout temps et de tous sports. Regardez Tadej Pogacar : dans la montée du Tourmalet, ce jeudi après-midi, on aurait presque voulu souffler dans le dos de Jonas Vingegaard, tout ça pour un peu de suspense.

 

 

 

Théo Denmat,

au Gillette Stadium de Foxborough

 

 

 

 

Source : So Foot (France)

 

 

 

 

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