
Agence Ecofin – Le minerai de fer et l’or sont les deux principaux produits miniers exploités en Mauritanie. Malgré un potentiel estimé à près de 800 tonnes, la quasi-totalité de la production industrielle d’or provient encore d’une seule mine, qui traverse depuis 2025 une phase de baisse de régime.
Montage Gold a annoncé le mardi 14 avril l’obtention de cinq permis d’exploration aurifère couvrant 2103 km² dans le nord de la Mauritanie. Alors que la grande mine d’or du pays, Tasiast, traverse une phase de baisse structurelle de sa production, l’arrivée de cette compagnie canadienne illustre les efforts en cours à Nouakchott pour mieux exploiter le potentiel aurifère national.
Les permis obtenus se répartissent en deux ensembles géologiques distincts : quatre sont liés à la zone de cisaillement Sfariat et le dernier dénommé Zednes est positionné dans une configuration réputée favorable aux gisements d’or orogénique. Montage détiendra 100 % des permis Sfariat, directement attribués par les autorités mauritaniennes. Pour le permis Zednes, la compagnie a conclu un accord avec son titulaire, la société mauritanienne SOCIEX pour acquérir 80 % des droits, sous réserve des approbations habituelles.
Montage s’engage en contrepartie à financer l’intégralité des travaux d’exploration jusqu’à l’attribution d’un permis d’exploitation, à l’issue duquel SOCIEX pourra choisir de contribuer à sa quote-part ou de convertir sa participation en une redevance nette sur fonderie de 1 %. Pour 2026, un budget initial de 2 millions USD est prévu pour des travaux de cartographie géologique, de géophysique et d’échantillonnage de sols. Environ 15 000 mètres de forages sont par ailleurs prévus au quatrième trimestre.
L’or mauritanien, otage d’une seule mine
Selon Montage Gold, les permis qu’elle vient d’obtenir en Mauritanie sont délivrés à l’issue d’un appel d’offres compétitif. Sans préjuger de l’attribution de permis d’exploration à d’autres compagnies d’envergure internationale dans les mois à venir, cet appel d’offres souligne la volonté du gouvernement mauritanien d’attirer de nouveaux investissements dans le secteur aurifère. Une stratégie qui peut se justifier par la dépendance actuelle du pays à un seul acteur.
La Mauritanie a produit plus de 25 tonnes d’or en 2023, incluant la production semi-industrielle et l’orpaillage. Sur ce total, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) estime que la mine d’or Tasiast a représenté 77,09 %, contre 3,24 % pour la mine de Guelb Moghrein (MCM). Seule autre mine industrielle du pays à extraire le métal jaune, le site exploité par le canadien First Quantum Minerals n’en livre que comme sous-produit du cuivre.

Tasiast a par ailleurs représenté 28,73 % des paiements effectués par les opérateurs miniers en 2023, une part moindre que son poids dans la production, mais qui en fait néanmoins le deuxième contributeur fiscal du secteur extractif, derrière la SNIM (minerai de fer). Cette position hégémonique coïncide aujourd’hui avec une inflexion de sa trajectoire d’exploitation.
Après avoir atteint 622 394 onces en 2024, la production de la mine a reculé de 23 % en 2025, en raison d’une transition vers le traitement de minerais à plus faibles teneurs en or. Pour 2026, Kinross prévoit une production stable autour de 500 000 onces, sans retour attendu au-dessus des 600 000 onces avant 2028. Les ventes totales du site en 2025 ont aussi reculé de 20 % en glissement annuel, en pleine envolée du cours de l’or sur la période.
En attendant les mines de demain…
Selon le gouvernement mauritanien, le potentiel aurifère national dépasse 25 millions d’onces, soit plus de 777 tonnes. Du côté de Tasiast, son propriétaire canadien Kinross Gold indique des réserves prouvées et probables de 4,4 millions d’onces au 31 décembre 2025. La Mauritanie dispose donc encore d’importantes réserves aurifères inexploitées, qui devraient continuer d’attirer des investisseurs, sur fond de hausse des prix et de la demande mondiale d’or.
Pour autant, réduire la dépendance de la production d’or en Mauritanie à la mine Tasiast prendra du temps. Entre les premiers travaux d’exploration, et la découverte éventuelle de ressources justifiant la construction et l’ouverture d’une mine, il s’écoule généralement plusieurs années, voire plus d’une décennie.
En attendant, le pays peut compter sur l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE). La filière a officiellement livré 14,7 tonnes d’or entre 2020 et août 2024, soutenue par les efforts de MAADEN Mauritanie, une agence créée en 2020 pour assurer la formalisation de l’activité. Les autorités doivent néanmoins affiner cette stratégie car une partie de la production échappe encore aux circuits officiels.
« Selon les calculs effectués par SWISSAID sur la base des chiffres officiels mauritaniens et des estimations de la production d’or de l’EMAPE, il est possible qu’une quantité d’or proche de 30 tonnes au total ait quitté la Mauritanie clandestinement entre 2016 et 2022, soit à partir du début de la ruée vers l’or », indique un rapport de l’organisation helvétique publié en octobre 2024.
Emiliano Tossou
Source : Agence Ecofin
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com



