[Tribune] Mauritanie : un nouveau souffle ?

Rudolph Granier, directeur régional Sahel de l’Institut républicain international, analyse les défis qui attentent le nouveau président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani.

 

Un vent calme souffle en Mauritanie. De ce même calme qui se dégage du visage de Mohamed Ould Ghazouani. De celui qui a régné sur la campagne présidentielle. La période des pluies s’annonce. Sera-t-elle aussi importante qu’il le faudrait pour le pays ? Aussi importante que la vague réformiste espérée ? Dans les deux cas, une seule et même forte attente. La victoire du candidat du parti majoritaire évidemment adoubé par le président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz, ne faisait aucun doute. Les conditions de son accession à la présidence furent si peu contestées que les chancelleries reconnurent son élection dans des délais records.

la Mauritanie porte aujourd’hui les germes d’un espoir puissant

Le respect de la Constitution mauritanienne par Mohamed Ould Abdel Aziz offre un passage de relais démocratique entre deux hommes dont le respect mutuel prend sa source dans un parcours commun et dans une estime réciproque rare. Pourtant, la Mauritanie porte aujourd’hui les germes d’un espoir puissant : celui d’un accroissement des libertés. Et Mohamed Ould Ghazouani incarne cet espoir. Mais entre coupure d’internet et manifestations durement encadrées, les quelques jours qui ont suivi le scrutin n’ont malheureusement pas donné de premiers signes tangibles de changement.

Accroissement des libertés nécessaire

 

Le défi identitaire, déjà relevé par Moktar Ould Daddah il y a plus de quarante ans (La Mauritanie contre vents et marées) en décrivant « l’union des âmes », a été érigé en priorité par le candidat Ghazouani. En mettant en avant l’éducation au cours de sa campagne, Mohamed Ould Ghazouani comprend la demande croissante des Mauritaniens en matière de développement social et d’unité nationale. Le levier inter­ethnique remis au goût du jour par certains candidats pendant la campagne et son appropriation par une large part de la jeunesse, alors même qu’elle n’a jamais connu ces conflits, indiquent qu’il reste beaucoup de freins à lever. Ce qui ne pourra se faire qu’avec un accroissement des libertés.

Devant exister par lui-même, le nouveau président a toutes les cartes en main pour libérer et diversifier l’économie d’un pays sous la dépendance d’extractions minières prometteuses. La signature du protocole d’accord entre les ministres mauritanien et sénégalais chargés de la pêche ouvre la voie à une coopération régionale profitable pour les deux pays. Les nouvelles exploitations pétrolières et gazières sauront amener une manne financière au service du développement.

Le rôle de la Mauritanie dans le fragile équilibre régional actuel pourra être un marqueur de rupture

Enfin, au moment où le voisin marocain se tourne de plus en plus vers son sud, la République islamique de Mauritanie est amenée à jouer un rôle de premier plan dans la continuité de sa position historique de liaison entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le rôle de la Mauritanie dans le fragile équilibre régional actuel pourra être un marqueur de rupture entre Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazouani.

Le défi du terrorisme

Souffrant d’un jihadisme tentaculaire, la bande sahélo-saharienne manque d’une unité politique d’envergure, que le G5 Sahel, structure néanmoins idoine, peine à incarner. Une acceptation et une compréhension régionales du terrorisme existent, mais ne se concrétisent pas sur le terrain. Les partenaires internationaux aimeraient pouvoir constater des évolutions notables, notamment sur le plan sécuritaire. Mais la seule externalisation nationale des problématiques terroristes ne saurait en effet constituer une solution sur le long terme. Cette réponse conjoncturelle n’est pas tenable à l’échelle régionale.

La Mauritanie reste seule capable d’impulser un nouvel élan, même si le volontarisme du général Hanena Ould Sidi n’a pas suffi à mobiliser les acteurs régionaux. Le bilan sécuritaire du président sortant est positif et le président élu bénéficie d’un niveau de légitimité élevé dans ce domaine. Au Mali, de plus en plus de voix s’élèvent pour ouvrir des discussions avec les jihadistes dont l’extension dans le centre du pays démontre l’urgence à agir. La Mauritanie, qui s’ouvre à nouveau au tourisme, peut une fois encore servir d’exemple. Le bilan de plus de dix années de stabilité sécuritaire parle pour le Sahel, et personne n’a assisté à la dislocation de la Mauritanie.

Rouvrir le débat sur les origines ethniques du nouveau président reviendrait à nier la fonction présidentielle en tant que telle. Mohamed Ould Ghazouani est devenu le président de tous les Mauritaniens, et là sera le changement le plus notable. Alors soufflera un vent nouveau en République islamique de Mauritanie.

Rudolph Granier

Directeur régional Sahel de l’Institut républicain international.

Source : Jeune Afrique (Le 08 août 2019)

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